LONDRES - L'ancien baron canadien de la presse Conrad Black a déclaré, lors d'une entrevue musclée sur les ondes de la BBC, qu'il pourrait un jour reprendre son siège à la Chambre des lords.

M. Black a traité le journaliste qui l'interrogeait d'idiot, et s'est vanté de pouvoir endurer une telle entrevue sans se lever pour aller frapper son interlocuteur.

Lors d'une autre entrevue, il a demandé à l'interviewer du réseau Sky News «d'arrêter de faire le crétin».

L'ancien homme d'affaires a affirmé à l'émission «Newsnight» que les accusations américaines qui l'ont envoyé en prison n'étaient que de la foutaise, et qu'il a presque été persécuté à mort.

M. Black, qui est rentré à Toronto plus tôt cette année après avoir été libéré d'une prison de la Floride, a dénoncé le système judiciaire des États-Unis pendant son entrevue, et laissé entendre qu'il compte conserver son siège à la Chambre des lords.

Le ton a toutefois changé quand l'animateur Jeremy Paxman a rappelé que M. Black est un criminel qui a été reconnu coupable. M. Black a réagi en traitant M. Paxman d'Anglais idiot, hautain et crédule.

Malgré cette entrevue difficile, M. Black doit participer vendredi à la comédie «Have I Got News For You», toujours sur les ondes de la BBC.

M. Black a renoncé à sa citoyenneté canadienne en 2001 pour devenir membre de la Chambre des lords britannique. Il a pu rentrer au Canada cette année en vertu d'un permis de séjour temporaire.

Il avait été reconnu coupable, aux États-Unis, de fraude et d'entrave à la justice alors qu'il dirigeait l'empire médiatique Hollinger International. Il a purgé 37 des 42 mois de sa peine, mais prétend avoir été une victime du système judiciaire américain, estimant que la justice canadienne ne l'aurait jamais reconnu coupable.

Pendant son interview à la BBC, il a qualifié les accusations américaines contre lui de «campagne de dénigrement de A à Z».

«Tout ce système n'est que la courroie de transmission frauduleuse et fasciste d'un système pénal corrompu», a-t-il lancé.

M. Black a aussi paru irrité quand M. Paxman a commencé à le questionner au sujet de sa femme, Barbara Amiel, que l'animateur a décrite comme «extravagante».

«Après sept ans, au premier matin de mon retour au Royaume-Uni, c'est comme ça qu'on me traite?», a-t-il rétorqué, avant d'affirmer que son épouse est une femme «merveilleuse» qui le visitait chaque semaine en prison.

M. Black a ajouté qu'il ne voit pas pourquoi il ne pourrait conserver son siège à la Chambre des lords, rappelant que l'accès n'est pas interdit aux criminels. Et quand M. Paxman a insisté sur l'objet de sa condamnation, M. Black s'est emporté.

«Je suis fier d'avoir surmonté l'épreuve d'avoir été injustement accusé, injustement condamné et ultimement presque complètement blanchi sans être devenu fou ou irrationnel, sans cesser d'être un homme raisonnable et plein de remords, capable d'endurer une discussion comme celle-ci sans me lever pour venir vous enfoncer le visage, ce que feraient la plupart des gens s'ils avaient traversé ce que j'ai traversé», a-t-il dit.

«Allez-y», a répliqué M. Paxman.

«Non, je ne crois pas à la violence», a répondu M. Black.