NOUVELLES
23/10/2012 03:25 EDT | Actualisé 23/12/2012 05:12 EST

À deux semaines du vote, le contrôle du Sénat dépend d'une dizaine d'états

WASHINGTON - Les États-Unis renouvelleront un tiers du Sénat le 6 novembre prochain, en même temps qu'ils désigneront leur président. Le contrôle de la chambre haute du Congrès pourrait se jouer dans une poignée d'États où les partisans des candidats démocrate et républicain Barack Obama et Mitt Romney sont susceptibles de choisir leur sénateur dans le camp adverse.

C'est le cas dans le Massachusetts et le Connecticut, deux bastions démocrates, ainsi que dans l'Indiana et l'Arizona, d'abord considérés comme gagnés d'avance par les républicains. Les sondages y laissent entrevoir la possibilité d'un résultat différent entre la présidentielle et la sénatoriale, transformant ce qui devait être une élection de routine en un scrutin compliqué.

Le calcul est — relativement — simple: les démocrates possèdent une courte majorité au Sénat sortant, avec 51 sièges, en plus de pouvoir compter sur le vote de deux indépendants. Les républicains ont quant à eux 47 votes. Avec le renouvellement de 33 sièges, le camp Obama doit en défendre 23 et celui de Romney, 10. Sachant que le vice-président dispose d'une voix au Sénat pour trancher en cas de blocage, les républicains, s'ils veulent s'emparer du Sénat, devront remporter quatre états pour obtenir la majorité advenant une victoire du ticket Obama-Biden. Ils auront en revanche besoin de trois états si Mitt Romney et son colistier Paul Ryan sont choisis.

À deux semaines du scrutin, le site Real Clear Politics (RCP), qui établit une moyenne de tous les sondages, accorde aux démocrates une légère avance sur les républicains, avec 46 sièges contre 43, mais rien n'est joué. Pourtant, initialement, «personne n'aurait parié un kopeck sur le maintien de la majorité démocrate», note Guy Cecil, directeur du Comité de la campagne sénatoriale démocrate, qui a désigné les candidats.

Le Connecticut pourrait constituer la plus grosse surprise de la campagne et l'occasion la plus tangible pour le camp républicain de l'emporter sur les démocrates. Dans cet état plutôt démocrate du nord-est des États-Unis, la candidate républicaine Linda McMahon, riche ex-dirigeante du milieu de la lutte professionnelle, se présente pour la deuxième fois et affronte le représentant démocrate Chris Murphy.

Mais comme Mme McMahon puise dans sa fortune pour financer ses publicités de campagne, le camp démocrate a été forcé de dépenser 2 millions de dollars pour soutenir son candidat dans cet état pourtant solidement acquis au président Obama. Dans ses publicités, la candidate républicaine s'efforce de faire passer l'idée qu'elle ne sera «sous l'emprise d'aucun camp», ni républicain ni démocrate, afin de séduire les électeurs d'Obama.

Au Massachussetts, les sondages donnent M. Obama largement gagnant sur M. Romney, l'ancien gouverneur de cet État (54,7 pour cent contre 39,7 pour cent, selon RCP). Ils annoncent paradoxalement une bataille serrée pour les sénatoriales entre la candidate démocrate Elizabeth Warren et le sortant républicain Scott Brown (48 pour cent contre 46,3 pour cent, selon RCP).

Du coup, M. Brown tente de courtiser les quelque 700 000 ou 800 000 nouveaux électeurs plutôt démocrates ou indépendants de l'état avec un discours non partisan. «Pour moi, créer des emplois est plus important que d'appartenir à tel ou tel parti. C'est d'ailleurs pour cela que l'un de mes premiers votes en tant que sénateur a été pour soutenir une loi démocrate sur l'emploi», souligne-t-il dans une publicité électorale.

Bien que M. Obama ait remporté l'État de l'Indiana en 2008, l'élection semble serrée cette année. Le représentant démocrate Joe Donelly y affronte Richard Mourdock, membre du mouvement ultraconservateur du Tea Party, qui a évincé le républicain modéré Richard Lugar, pourtant fort de six mandats, aux primaires du mois de mai.

M. Donelly courtise les ex-électeurs de Lugar en rappelant qu'il a travaillé avec lui et s'est montré modéré dans ses votes, contrairement à M. Mourdock, qui avait déclaré après sa victoire sur Lugar qu'il «ferait triompher son opinion sur toutes les autres». Quant à Richard Lugar, il ne s'épuise pas à soutenir M. Mourdock.

L'Indiana «est un État conservateur mais un État qui veut des résultats par un guerre partisane, dans la tradition de Richard Lugar», assure M. Donelly.

Le fief républicain qu'est l'Arizona est le pendant démocrate du Connecticut. Là-bas, le démocrate Richard Carmona, ancien médecin-chef des armées sous la présidence de George W. Bush, a surpris le camp adverse en devenant un compétiteur sérieux pour le républicain Jeff Flake, qui siège à la Chambre des représentant depuis onze ans.

L'équipe de M. Flake a injecté plus de 130 000 $ dans des publicités électorales pour défendre cette place forte républicaine alors que cet investissement aurait paru invraisemblable il y a deux mois.

Au Nouveau-Mexique, à Hawaï, au Nevada, au Nebraska, en Virginie, au Montana et dans le Dakota du Nord, la lutte est également serrée.

Les républicains ont vu leurs espoirs s'évanouir au Nouveau-Mexique et à Hawaï, mais ils comptent bien reprendre le dessus dans les États du Nevada et du Nebraska, aujourd'hui partagés entre les deux camps malgré un effort concerté des démocrates pour garder leurs sièges. Un vent d'optimisme souffle également chez les candidats républicains en Virginie, dans le Montana et le Dakota du Nord, où ils espèrent arracher la victoire aux démocrates actuellement au pouvoir.

Dans le Maine, les républicains et leurs alliés ont uni leurs forces contre l'ancien gouverneur indépendant Angus King, considéré comme un allié des démocrates. Les démocrates, de leur côté, sortent le chéquier pour financer des publicités contre le candidat républicain, Charlie Summers. Quant à la candidate démocrate, Cynthia Dill, elle est soutenue par son camp à l'échelon de l'état, mais elle s'est guère distinguée au niveau national.

Bien malin qui peut prédire l'issue de la sénatoriale dans l'État du Missouri. La démocrate, Claire McCaskill, initialement considérée comme la sortante la plus vulnérable du 6 novembre, a été relancée par les déclarations du représentant républicain Todd Akin sur le «viol légitime». Son propre camp, y compris Mitt Romney, lui a demandé de se retirer, mais il s'est maintenu, soutenu par les anciens candidats aux primaires Newt Gingrich et Rick Santorum, des républicains régionaux et des dirigeants religieux.

PLUS:pc