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«Skyfall» marque la renaissance du cinquantenaire agent secret James Bond

22/10/2012 11:04 EDT | Actualisé 22/12/2012 05:12 EST

PARIS - Au début du film, on le croit mort. Et bien sûr, il n'en est rien. Il y a quatre ans, avec le très décevant «Quantum of Solace», on croyait la série James Bond sur le déclin. Et là encore, il n'en est rien: avec «Skyfall», qui sort ce vendredi sur les écrans européens — et le 9 novembre au Québec — c'est la renaissance de l'agent 007.

Pour le cinquantième anniversaire du plus célèbre héros de l'histoire du cinéma, apparu en 1962 dans «James Bond 007 contre Dr No», c'est un retour aux sources, un film à l'ancienne, un scénario simple et efficace que propose le réalisateur britannique Sam Mendes avec ce «Skyfall», 23e épisode de la série.

Pour la troisième fois (après «Casino Royale» de Martin Campbell en 2006 et «Quantum of Solace» de Marc Forster en 2008), Daniel Craig est James Bond, cheveux courts, costumes Tom Ford et cravates, barbe de trois jours et oeil aux aguets. Un James Bond sûr de lui mais qui n'hésite plus à reconnaître ses faiblesses.

C'est à Istanbul, à la poursuite d'un criminel qui a volé la liste top-secrète des agents de l'OTAN infiltrés chez les terroristes, que l'agent 007 effectue sa dernière mission. Course-poursuite en voiture dans les ruelles de la ville, puis à moto sur les toits du Grand Bazar, puis à pied (et en pelle mécanique, une première!) sur un train en marche: Bond est touché par une balle, tombe d'un pont, coule à pic dans le fleuve, échoue dans sa mission. Il est porté disparu, considéré comme mort en service commandé.

Tout cela, c'est avant le générique de début — très élaboré et accompagné de la chanson du film interprétée par Adèle. Bien sûr, James Bond n'est pas mort. Il se cache dans un petit village de pêcheurs turcs où il fait des concours de whisky avec un scorpion sur le dos de la main et meuble sa solitude avec quelques jeunes beautés locales.

Quand, dans son bar en bord de mer, il voit sur CNN que les bureaux du MI6 à Londres ont été la cible d'un attentat à la bombe, il rentre au bercail et se remet au service de sa chef, la seule, la vraie: M (Judy Dench). Cette dernière, dont l'ordinateur a été piraté par les terroristes, est sur la sellette: on lui annonce sa mise à la retraite forcée, avec effet d'ici deux mois.

«Je vais trouver qui a fait cela», jure-t-elle, en confiant le dossier à James Bond, le plus fidèle de ses agents, son seul allié de confiance, enfin revenu. À son retour, l'agent 007 a passé de nouveaux tests d'aptitude, physiques et psychologiques, avec difficulté. Il se fait vieux. «Nous sommes usés», glisse-t-il à M, fataliste. Oui mais, si la jeunesse n'est pas éternelle, James Bond, lui, n'a pas encore accumulé tous ses trimestres de cotisation retraite...

C'est dans un casino flottant de Macao qu'apparaîtra la James Bond Girl, la Française Bérénice Marlohe, dans un rôle relativement mineur. Tous deux font davantage connaissance sous la douche de sa cabine, dans le grand voilier où elle le conduit vers le méchant du film, Javier Bardem. Celui-ci, en blond peroxydé, mi-grande folle mi-gros sadique, très cruel parce que très meurtri, restera l'un des méchants les plus marquants de la saga James Bond.

Mais la vraie surprise, qui vole presque la vedette à Bond, est M, interprétée pour la septième fois par Judy Dench. Il n'y en a que pour elle dans cette histoire, c'est la vraie James Bond Girl du film — la première «James Bond Lady» —, avec un rôle important, signe de l'évolution du féminisme depuis qu'Ursula Andress est sortie de la mer en bikini dans «James Bond 007 contre Dr No».

Suspense bien construit, mais aussi esthétisme de l'image et des décors: Sam Mendes, le réalisateur notamment d'«American Beauty» (quatre Oscars en 1999), a particulièrement soigné son film. On le ressent dans les différents endroits du monde où le scénario emmène le spectateur: Istanbul, Shanghai, Macao, le métro de Londres, la lande écossaise (hommage à Sean Connery?) et l'étonnante ville-fantôme surréaliste dans l'île où Daniel Craig vient affronter Javier Bardem.

Surtout, le réalisateur a pris soin de multiplier les clins d'oeil au passé, pour tenter de montrer que les «Jason Bourne» et autres «Mission: Impossible» récents ne surpasseront jamais les James Bond: le traditionnel thème musical, la célèbre réplique «Bond. James Bond» que prononce le héros quand on lui demande son nom, les petits gadgets d'agent secret, et le retour savoureux de la mythique Aston Martin DB5 qui fit ses débuts dans «Goldfinger» en 1964.

Dans une scène symbolique, Daniel Craig se rase avec un blaireau et un rasoir de barbier. «Il y a beaucoup de choses que je fais de manière traditionnelle», dit-il à sa partenaire féminine qui lui caresse la joue. C'est cela, «Skyfall», pour la plus grande joie des fans de 007: une bonne claque au jeunisme ambiant, une allusion explicite au 50e anniversaire dans le générique de fin, un hommage appuyé au passé (avec des révélations sur l'enfance de James Bond).

Et pourquoi ce titre, «Skyfall»? Réponse à la fin de ce 23e film, l'un des plus réussis de la série. Hier ne meurt jamais: Happy Birthday, Mister Bond!

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