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Paris: La Sorbonne au secours de l'intégrité du sport

22/10/2012 05:52 EDT | Actualisé 22/12/2012 05:12 EST

Une équipe de chercheurs de la prestigieuse université de la Sorbonne planche depuis six mois sur la possibilité d'harmoniser les législations internationales en matière de lutte contre la manipulation des résultats sportifs, notamment liée aux paris illégaux.

Spécialistes de droit des affaires, de droit privé, internationalistes, économistes... les plus éminents professeurs de Paris I étudient à la loupe le tentaculaire phénomène des matches truqués sous la direction de Laurent Vidal, maître de conférences en droit public et directeur de la chaire sur l'intégrité du sport.

"L'objectif est d'avoir identifié les solutions juridiques, économiques, même philosophiques à apporter au problème à l'heure où le conseil de l'Europe rédigera sa convention" prévue pour mi-2014, explique M. Vidal.

Loin de concurrencer les travaux en cours (Union Européenne, Conseil de l'Europe, Comité international olympique), les universitaires de la Sorbonne travaillent en effet en parallèle en intégrant à leurs travaux, via leur comité de pilotage, des experts de toutes ces institutions et d'au delà.

Au total, une quarantaine de personnes de tous pays se retrouvent régulièrement pour faire avancer le puzzle, de Denis Oswald, membre et juriste du CIO, à Joseph Chaoul, ancien ministre de la justice libanais et spécialiste du droit du sport, en passant par Etienne Marit, patron de l'autorité de régulation des jeux belges ou Chris Eaton, ex-Monsieur sécurité de la Fifa.

"Notre but est d'abord d'établir une cartographie des régulations en la matière", explique M. Vidal et partant, d'"analyser grâce aux internationalistes si une régulation est envisageable sur le plan international", au delà des pays du Conseil de l'Europe, "en prenant en compte les aspirations des Européens, partisans d'une réglementation dure, et des Anglo-saxons, favorables à une moindre régulation" deux philosophies qui s'équilibrent au sein du comité de pilotage.

Pour avancer, la Sorbonne s'appuie également sur des connaisseurs du terrain, familiers des sites interlopes basés dans la province philippine du Cagayan ou la réserve du Kahnawake au Québec, comme Christian Kalb, un ancien expert de la Française des Jeux devenu consultant indépendant, et fin connaisseur des réseaux de jeux asiatiques.

Parce que cette recherche a un coût que l'enseignement supérieur français n'a pas vocation à financer, la Sorbonne a conclu un accord avec l'ICSS, une fondation de droit qatarie à but non lucratif, pour monter une chaire d'entreprise.

Farouchement attachés à leur indépendance, les universitaires ont été très clairs, et assez vite rassurés par les Qataris. "J'ai des comptes à rendre au conseil scientifique de l'université en matière de qualité de recherche", explique Laurent Vidal. "L'ICSS ne va pas nous dire, +nous, on veut telle solution+. Ils n'ont aucun intérêt à produire un rapport creux".

En liaison permanente avec des organismes de terrain comme Interpol, les chercheurs de la Sorbonne se voient comme un outil neutre et rassurant. "Finalement, nous sommes les rares à ne pas avoir d'a priori", note M. Vidal.

cha/jr

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