L'accès aux chantiers du Plan Nord est-il réservé aux électriciens du syndicat affilié à la FTQ? C'est ce que croient les représentants d'un syndicat rival, qui peinent à y faire travailler leurs membres.

Sur les chantiers du Plan Nord, à Fermont, les électriciens de la FIPOE, affiliés à la FTQ, sont partout. Jean-Philippe Rhatté, du local 568 de l'International, un syndicat rival, s'est vite rendu compte qu'il n'était pas le bienvenu.

« Je ne travaillais même pas avec mon casque de l'International parce que je rencontrais des représentants syndicaux et ils me disaient que je n'avais pas d'affaire là, donc je me cachais », affirme-t-il à Radio-Canada.

Il raconte que lorsque la FIPOE a découvert sa présence dans le nord, il n'a jamais pu y retourner.

« J'ai reçu environ quatre appels de représentants de la FIPOE. Ils m'ont questionné, m'ont demandé ce que je faisais là-bas. Ensuite, je devais remonter là-bas, mais je n'ai jamais remonté là-bas », dit-il.

Avec ses salaires alléchants et ses primes d'éloignement, le Plan Nord attire de nombreux électriciens, mais peu proviennent du local 568.

« [Des appels de même] on peut en avoir 2-3 par jour. Des gars intéressés, ils entendent parler du Plan Nord et disent :''hey, on vas-tu être bons pour y aller?'' », dit Guy Fournier, le représentant syndical.

Les projets des régions de la Baie-James, du Nunavut et de la Côte-Nord font travailler 14 électriciens de l'International, selon le syndicat. La liste d'attente du local 568 compte environ 50 électriciens.

« Si tu n'es pas FIPOE, tu n'iras pas dans le Nord », poursuit M. Fournier.

Les entrepreneurs interviewés par Radio-Canada embauchent majoritairement des électriciens de la FIPOE. Un autre entrepreneur, qui veut garder l'anonymat, dénonce l'injustice parce qu'il veut embaucher qui il veut.

« Si on fait entrer d'autres personnes, ça risque de foutre le bordel sur le chantier [...] Ils vont ralentir le rythme de travail, augmenter les coûts de construction. Moi, je ne ferai pas d'argent. Ça va être ma punition pour avoir pris des gens d'une autre allégeance syndicale. »

La Commission de la Construction du Québec (CCQ) ne peut pas confirmer les allégations du syndicat et de l'entrepreneur anonyme.

« Le nombre de plaintes à cet égard-là est assez limité », affirme Louis-Pascal Cyr, de la CCQ

En 2011, la CCQ a jugé que la preuve pour 12 des 19 plaintes était insuffisante. Une seule a conduit à une poursuite.

Joint au téléphone, le directeur provincial des régions, à la FTQ-Construction, Daniel Girard, affirme qu'aucune pression n'est exercée auprès d'entrepreneurs et rappelle que la FIPOE représente la majorité des électriciens du Québec, soit 82 %. Il ajoute que seulement 10 % sont affiliés à l'International et qu'il est donc normal, selon lui, qu'ils soient moins nombreux sur les chantiers.

Avec un reportage de Maude Montembault