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Les soupçons se portent sur Damas après le meurtre d'un responsable libanais

20/10/2012 08:55 EDT | Actualisé 20/12/2012 05:12 EST

La Syrie fait figure de principal suspect dans le meurtre du chef des services de renseignements de la police anti-syrien, estiment des experts qui ne croient toutefois pas que cet assassinat plongera le Liban dans le chaos.

L'assassinat vendredi à Beyrouth dans un attentat à la voiture piégée du général Wissam al-Hassan, bête noire du régime de Bachar al-Assad, démontre que même affaiblie la Syrie, ex-puissance tutélaire, a encore les moyens d'agir chez son voisin, selon eux.

"Wissam al-Hassan était la cible d'attaques quotidiennes de la presse libanaise pro-syrienne et Damas l'accusait d'aider les révolutionnaires (syriens) hostiles à Bachar al-Assad", affirme Ghassan al-Azzi, professeur de Sciences politiques à l'Université libanaise de Beyrouth.

"Damas le détestait surtout pour avoir pris en flagrant délit avec des explosifs l'ancien ministre libanais Michel Samaha, le plus pro-syrien des alliés de la Syrie", a-t-il ajouté.

Wissam al-Hassan avait arrêté le 9 août à son domicile M. Samaha et trouvé dans sa voiture des explosifs destinés, selon les enquêteurs, à commettre une série d'attentats dans le nord du Liban pour provoquer le chaos.

C'est surtout la minutie avec laquelle l'attentat a été préparé qui laisse à penser que les meurtriers était des professionnels appartenant à un service de sécurité d'un Etat.

"C'est une guerre au couteau entre les services de sécurité (syriens et libanais), et Wissam al-Hassan était le fer de lance de cette confrontation avec le régime syrien notamment depuis l'assassinat du Premier ministre Rafic Hariri", tué dans un attentat en 2005, relève Fadia Kiwane, directrice de l'Institut des Sciences politiques à l'Université Saint Joseph à Beyrouth.

"Le régime syrien est resté 35 ans au Liban, il a infiltré toutes les administrations, il est présent dans tous les gouvernements. Il y a un noyautage des services", note-t-elle, en référence à la tutelle de la Syrie sur son voisin.

Selon le chef de la police, le général Achraf Rifi, Wissam al-Hassan était rentré la veille au soir de son assassinat. "Personne, même moi, ne savait quand il devait rentrer de Paris", a-t-il confié à la presse. "Je ne lui posais jamais de questions sur ses déplacements car c'est un spécialiste de la sécurité".

Pourtant, s'il circulait dans une voiture banalisée de manière très discrète, ses assassins étaient bien renseignés pour l'attendre dans une ruelle et faire exploser à distance une voiture piégée.

Pour M. Azzi, "les Syriens connaissent tous les méandres de l'Etat et il y a donc un faisceau de soupçons contre eux même si on ne peut pas exclure le rôle d'Israël. "Il avait démantelé plusieurs réseaux d'espionnage au profit de l'Etat hébreu et mis en prison leurs agents", dit-il.

Expert de la Syrie, Fabrice Balanche considère aussi Damas comme le suspect numéro un. Pour lui, les services syriens "démontrent ainsi leur pouvoir de nuisance à l'étranger, en particulier au Liban, car dans une stratégie de contre-insurrection, il faut montrer qu'on peut éliminer les opposants même à l'étranger".

"Bachar al-Assad veut se faire respecter en faisant peur à ses ennemis", assure ce directeur du Groupe de Recherches et d'Etudes sur la Méditerranée et le Moyen-Orient, basé à Lyon en France.

Mais pour les analystes, le Liban ne plongera pas dans le chaos après cet attentat.

"Le pays va continuer à vivre sous tension au rythme de la révolution syrienne", estime M. Azzi. "Ni le Hezbollah, qui a les moyens militaires, ni les adversaires de Damas n'ont la volonté, ni l'intérêt à plonger le pays dans un guerre civile".

"Le tremblement de terre promis dans le passé par Bachar al-Assad n'aura pas lieu", selon lui.

Mme Kiwane est de cet avis. "Les différents protagonistes libanais sont très conscients de la gravité de la situation et vont trouver une solution politique à cet assassinat car personne ne veut une nouvelle guerre civile".

Pour M. Balanche, "Le Liban est l'exutoire naturel du conflit syrien. Cela dégénérera si l'Arabie saoudite et le Qatar (qui soutiennent la rébellion syrienne) utilisent le Liban comme base-arrière pour l'opposition" contre M. Assad.

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