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Après le choc de l'attentat au Liban, le Premier ministre reste à son poste

20/10/2012 10:34 EDT | Actualisé 20/12/2012 05:12 EST

Le Premier ministre libanais a Najib Mikati a choisi samedi de rester pour le moment à son poste dans "l'intérêt national", au lendemain du meurtre d'un chef de la sécurité attribué par les experts et l'opposition au régime syrien.

Alors que l'attentat qui a tué le chef des services de renseignements de la police anti-syrien, Wissam al-Hassan, fait craindre de replonger le Liban dans le chaos, un cheikh a été tué dans des heurts et des routes ont été coupées par des hommes en colère dans le pays, selon des sources de sécurité.

Cet assassinat a créé un séisme politique au Liban, resté pendant 30 ans sous tutelle syrienne. L'opposition a accusé le régime de Bachar al-Assad d'avoir commandité l'attentat et appelé à la démission du gouvernement Mikati, où le Hezbollah chiite, un allié de M. Assad, joue un rôle prédominant.

"J'ai assuré au président que je n'étais pas attaché au poste de chef de gouvernement. (Il) m'a demandé de rester car il ne s'agit pas d'une question personnelle mais de l'intérêt national" et pour éviter un "vide politique", a dit M. Mikati après une réunion d'urgence du conseil des ministres.

Il a fait le lien entre la mort du général Hassan et l'arrestation en août par les services de ce dernier de l'ex-ministre pro-syrien Michel Samaha, accusé d'avoir introduit des explosifs en vue de mener des attentats au Liban à l'instigation du chef des renseignements syriens Ali Mamlouk.

Plus haut responsable de la sécurité libanais à être assassiné depuis la fin de la guerre civile (1975-1990), Wissam al-Hassan a joué un rôle majeur dans l'enquête sur de nombreux attentats au LIban entre 2005 et 2008 et dans lesquels le pouvoir syrien a été pointé du doigt.

Son assassinat, qui a ravivé les années noires de la guerre civile et les précédents attentats, a été condamné par la communauté internationale, de même que par les autorités syriennes.

Mais selon des experts, la Syrie est le suspect numéro un dans ce meurtre qui démontre que même affaibli en raison de la révolte déclenchée en 2011, le pouvoir à Damas a encore les moyens d'agir chez son voisin.

L'attaque à la voiture piégée dans une ruelle du quartier d'Achrafieh a fait huit morts et 86 blessés selon une source gouvernementale, mais la Croix-Rouge a indiqué que ce bilan pourrait être revu à la baisse.

Selon le chef de la police, Achraf Rifi, "la charge explosive était de 60 à 70 de TNT".

Plus d'une dizaine d'enquêteurs des Forces de sécurité intérieure (FSI) étaient à la recherche d'indices samedi sur le lieu de l'attentat, quadrillé par la police. Les carcasses de voitures calcinées étaient encore sur place au milieu des immeubles effondrés.

"Ils nous interdisent de revenir chez nous car selon eux il y a encore des restes humains", affirme à l'AFP Nancy al-Mini, une mère de 33 ans. "Qu'ils aillent au diable, ceux qui en veulent au Liban", lance-t-elle avec colère.

"J'ai vécu la guerre (1975-1990) mais je n'ai jamais vu une chose pareille, tellement l'explosion était puissante", affirme Antoine Madkour, un vieillard de 95 ans.

Le défunt sera enterré dimanche dans le centre de la capitale, aux côtés de la tombe de Rafic Hariri, assassiné lui-même dans un attentat à la voiture piégée à Beyrouth en 2005 et dont la paternité a été attribuée à la Syrie. L'opposition a appelé "à la plus large participation" à ces funérailles.

Le fils de M. Hariri, Saad Hariri, chef de l'opposition, a accusé sans ambages M. Assad --engagé dans un conflit sanglant contre la rébellion dans son pays-- de l'assassinat du général, qui était déjà la bête noire de Damas.

En octobre 2010, la justice syrienne avait émis un mandat d'arrêt contre 33 personnalités libanaises, dont le général Hassan, pour faux témoignages dans ce meurtre.

Selon un leader de l'opposition, Samir Geagea, le général Hassan avait "installé sa femme et ses enfants à Paris car il se savait visé".

Pour la presse libanaise, le pays doit s'attendre au "pire" après l'attentat, le premier du genre au Liban depuis 2008.

L'assassinat a "transporté le Liban d'une rive à une autre, avec tous les dangers qui guettent la stabilité et la sécurité", affirme An-Nahar. "La paix civile en danger", titre as-Safir.

En signe de protestation à l'assassinat, plusieurs routes ont été coupées dans des régions à majorité sunnite par des hommes dont certains étaient armés. Des dizaines de partisans de M. Hariri ont coupé la circulation en brûlant des pneus dans l'est, le nord et le sud. Un cheikh a tué à Tripoli dans des échanges de tirs.

Mais plusieurs analystes interrogés par l'AFP ont écarté le risque que le Liban sombre de nouveau dans le chaos.

En Syrie voisine, le médiateur international Lakhdar Brahimi, qui a mis en garde contre un possible débordement régional du conflit armé en Syrie, a rencontré à Damas le chef de la diplomatie Walid Mouallem pour tenter de faire accepter sa proposition de trêve pour la fête musulmane de l'Adha fin octobre.

Ce cessez-le-feu est censé préparer le terrain à un "dialogue global syrien, seule voie pour sortir (de la crise), loin de toute intervention étrangère", selon les autorités syriennes.

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