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Un attentat à Beyrouth fait craindre un retour aux années noires

19/10/2012 01:38 EDT | Actualisé 19/12/2012 05:12 EST

Une puissante explosion qui a secoué vendredi un quartier populaire de l'est de Beyrouth a fait ressurgir chez les habitants le cauchemar des attentats à la voiture piégée qui ensanglantaient la capitale libanaise jusqu'à un passé récent.

"Nous avons connu cela auparavant. J'ai grandi avec ces attentats", lance Bassam, 34 ans, un employé qui va donner son sang pour sauver les victimes. L'attentat a fait au moins trois morts, dont le chef des renseignements des Forces de sécurité intérieure (police) et près d'une centaine de blessés.

"C'est un vrai choc pour nous et cela prouve que le sang des Libanais n'a pas de valeur", maugrée-t-il.

Bassam a grandi durant les 15 années de la guerre civile qui a pris fin en 1990 avec les accords de Taëf, après que 150.000 personnes eurent été tués et le pays saigné à blanc.

Cette explosion rappelle beaucoup les attentats ciblés contre des dirigeants politiques anti-syriens dont le plus important a été l'assassinat de l'ancien Premier ministre Rafic Hariri en 2005.

"Ce n'est pas la première explosion à laquelle j'échappe", assure pour sa part Imad, qui a été blessé dans l'attentat de vendredi. "J'étais aussi présent quand (le directeur du quotidien An Nahar) Gebrane Tuéni a été tué", par une voiture piégée en décembre en 2005.

"J'ai l'impression d'avoir vu tout cela avant mais aujourd'hui l'explosion était beaucoup plus forte", ajoute cet homme de 50 ans, qui se trouve sur les lieu de l'explosion.

Une voiture chargée de 30 kg d'explosifs a tué Wissam al-Hassan, qui fut au centre des enquêtes sur les assassinats de personnalités politiques libanaises, avec un doigt pointé vers la Syrie.

Sur le lieu de l'attentat, deux immeubles ont été dévastés et les pompiers éteignaient les incendies alors que la rue était jonchée de bris de verre et les volontaires de la Croix-Rouge évacuaient les blessés.

"Si je n'étais pas sortie de chez moi pour acheter des médicaments je serai morte. Ma maison a brûlé. Dieu soit loué je suis en vie. C'est un message à tous les Libanais pour leur dire que personne n'est en sécurité dans ce pays. Qui sait ce qui va se passer dans l'avenir?", confie Nancy, 45 ans.

Pour marquer leur colère, des jeunes ont brûlé vendredi soir des pneus sur la corniche Mazraa, où cohabitent musulmans chiites et sunnites, confession à laquelle appartenait le général de police.

A sa sortie du bloc opératoire où il vient d'opérer une femme blessée au coeur dans l'explosion, le docteur Issa lâche: "Ca me rappelle les années noires".

Le grand nombre de blessés à l'Hotel Dieu le projette à l'époque où il y a une vingtaine d'années, les voitures piégées décimaient les civils dans la rue.

La communauté internationale et les analystes ont exprimé depuis plusieurs mois la crainte d'une contagion au Liban de la guerre civile en Syrie, qui a déjà fait 34.000 morts.

"Peu importe qui est derrière cet attentat, c'est un message pour dire au Liban qu'il ne vivra pas en paix", confie un habitant de 54 ans, qui ne veut pas donner son nom.

Venu sur les lieux de l'attentat, le chef des Forces libanaises, un dirigeant violemment opposé au régime de Damas, pointe son doigt vers la Syrie.

"Ils ont visé Wissam-al Hassan car c'est lui qui a arrêté Michel Samaha (un politicien pro-syrien) et parce qu'il était l'un des seuls chef des services de sécurité qui n'avait peur de rien".

Interrogé par les journalistes à propos d'une responsabilité de la Syrie dans l'attentat, il a répondu: Qui (d'autre) cela peut-il être? Depuis 2005, il y a eu des dizaines d'attentats qui ont visé le 14-Mars", coalition anti-syrienne dirigée par l'ancien Premier ministre Saad Hariri.

ser/sk/feb

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