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19/10/2012 03:56 EDT | Actualisé 18/12/2012 05:12 EST

Libye: l'économie reprend grâce au pétrole, mais la reconstruction piétine

La reprise économique a été rapide en Libye après le conflit de 2011 grâce au rétablissement de la production pétrolière, mais la reconstruction du pays et le retour des compagnies étrangères se font toujours attendre en raison de l'insécurité.

L'économie a souffert de la guerre. La production du pétrole qui dépassait les 1,6 million de barils par jour (mbj) est presque tombée à zéro durant l'été 2011, après le départ en masse des compagnies et de la main-d'oeuvre étrangères.

Mais le retour de la production quasiment à son niveau d'avant le conflit en avril 2012 a fait redémarrer une économie dépendante des hydrocarbures, qui représentent plus de 80% du PIB et jusqu'à 97% des exportations du pays.

Avec cette reprise, le Fonds monétaire international (FMI) prédit à la Libye une croissance record de 116,6% en 2012.

"En un an, la moyenne de la production pétrolière a atteint plus de 1,4 mbj et on arrive parfois à 1,6 mbj", a indiqué à l'AFP le ministre libyen du Pétrole et du Gaz, Abdelrahman Ben Yezza, en parlant de la période allant de la chute du régime de Mouammar Kadhafi en octobre 2011 jusqu'à présent.

"Nous avons pu reprendre rapidement la production et dégager des revenus pour le pays", a-t-il ajouté, affirmant que le "pétrole a été et restera quasiment l'unique source de revenus" du pays.

Selon lui, l'objectif de Tripoli pour 2013 est de faire revenir les compagnies internationales et d'inciter les compagnies locales à redémarrer leurs activités.

Plusieurs entreprises étrangères étaient déjà de retour peu après l'annonce de la "libération du pays" du régime de Mouammar Kadhafi, le 23 octobre 2011.

"La reprise de la production a été rendue possible grâce à un retour rapide des grandes compagnies occidentales, comme Total (France), Eni (Italie), Repsol (Espagne), Witershall (Allemagne) et Occidental (USA)", note le représentant d'une institution financière internationale en poste à Tripoli, précisant que ces compagnies assurent leur propre sécurité sur les sites de production.

"Le rendement de l'économie post-conflit est indéniablement positif", a estimé cet économiste qui souhaite conserver l'anonymat, soulignant une baisse progressive du taux d'inflation et une stabilisation du taux de change du dinar libyen.

Le taux d'inflation s'est stabilisé autour de 15%, indique-t-il, après avoir atteint des records en 2011, frôlant les 30% en octobre 2011, selon des chiffres officiels.

Il a toutefois souligné que l'économie présentait des "lacunes persistantes", évoquant en particulier un secteur bancaire "faible".

En l'absence de contrôle de la part des autorités de transition qui peinent à mettre sur pied les institutions de l'Etat, "le secteur informel prend le pas sur le secteur formel. Mais ceci est tout a fait normal en situation post-conflit", a-t-il expliqué.

La levée des restrictions et la baisse des taxes douanières ont stimulé l'activité commerciale et fait exploser les importations qui étaient quasiment à l'arrêt durant le conflit (février-octobre 2011).

"Aujourd'hui, nous avons la liberté de choisir l'activité que l'on veut. Il n'y a plus de restrictions comme c'était le cas avant, quand le marché était monopolisé par quelques personnes", s'est félicité Khaled al-Fallah, un commerçant de Benghazi.

Anas al-Maghrabi, un homme d'affaires, appelle à plus de régulation, estimant que des petits commerçants inondent le marché de leurs marchandises importées et retardent la livraison des commandes, dans les ports débordés depuis plusieurs mois par leur activité.

Avec ses revenus et ses réserves d'hydrocarbures -les plus importantes d'Afrique- la Libye représente un attrait certain pour des compagnies étrangères qui veulent leur part du gâteau dans la reconstruction du pays et par plus de 40 ans de corruption et de mauvaise gestion du régime Kadhafi.

Mais les nouvelles autorités doivent encore convaincre ces sociétés de revenir pour reprendre des chantiers toujours à l'arrêt, en raison de l'insécurité et de l'instabilité politique.

"Avant d'appeler les compagnies étrangères à venir, nous devons d'abord garantir leur sécurité", a confié récemment à l'AFP, le vice-Premier ministre du gouvernement sortant, Moustapha Abou Chagour.

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