NOUVELLES

Les Pussy Riot bientôt envoyées dans un camp pénitentiaire pour femmes

19/10/2012 12:54 EDT | Actualisé 19/12/2012 05:12 EST

MOSCOU - Les deux membres des Pussy Riot condamnées à deux ans de camp de travail pour avoir chanté une «prière» punk contre Vladimir Poutine dans la principale cathédrale de Moscou doivent être bientôt transférées dans une colonie pénitentiaire pour femmes. On est loin du goulag de Staline, mais le principe reste le même: isoler les prisonnières et les briser par le «travail disciplinaire».

Maria Alekhina et Nadejda Tolokonnikova vont devoir rapidement apprendre les règles de vie en vigueur dans ce type de prison: il faut survivre aux carences alimentaires, au manque de soins médicaux et aux mesures d'intimidation des autres détenues, potentiellement offensées par leur prière punk contre le président russe.

«Tout le monde connaît la règle: ne fais confiance à personne, ne crains rien et ne pardonne jamais», assène Svetlana Bakhmina, une avocate qui a passé trois ans dans un camp pénitentiaire russe. «Vous vous trouvez dans une zone de non-droit. Personne ne vous aide. Vous devez faire attention à tout ce que vous dites et vous devez vous efforcer de rester un être humain.»

Maria Alekhina, 24 ans, Nadejda Tolokonnikova, 22 ans, et Ekaterina Samoutsevitch, 30 ans, ont été condamnées pour hooliganisme et incitation à la haine religieuse en août pour avoir chanté et dansé une prière punk dans la cathédrale du Christ Saint-Sauveur de Moscou. Elles réclamaient le départ de Vladimir Poutine, alors en course pour un troisième mandat présidentiel. Il a retrouvé la tête de l'État en mai après l'avoir occupée de 2000 à 2008, avec un intermède de quatre ans en tant que premier ministre.

Même si les jeunes femmes ont insisté sur le fait que leur manifestation était bel et bien politique, de nombreux croyants se sont dit profondément offensés par le spectacle des cinq femmes s'agitant sur l'autel, affublées de cagoules colorées. Seules trois membres du groupe ont été arrêtées.

Ekatarina Samoutsevitch a été libérée en appel le 10 octobre car elle n'avait pas participé à la performance même, mais les condamnations de ses deux camarades ont été confirmées. «Leur rédemption est possible, mais uniquement en les isolant de la société», a affirmé le juge.

Dans ces camps pénitentiaires pour femmes, les détenues vivent dans des baraquements, à 30 ou 40 par chambrée. Leur journée débute par des exercices obligatoires à l'aube, en plein air, malgré des températures pouvant descendre jusqu'à -30°C en hiver. Après un petit déjeuner frugal, elles passent de sept à huit heures par jour au travail, courbées sur des machines à coudre pour confectionner des uniformes ou d'autres vêtements.

Les femmes moscovites condamnées à ce type de camp ne sont pas forcément envoyées dans celui situé près de la capitale. Elles peuvent se retrouver à des centaines de kilomètres de là, par exemple en Mordovie, une province marécageuse, infestée de moustiques, sur la Volga. Les avocats de la défense ont déclaré que Maria Alekhina et Nadejda Tolokonnikova seraient transférées d'ici deux semaines. Elles ignorent encore leur camp d'affectation.

Si difficiles que soient les conditions de vie dans ces colonies, elles ne sont pas pires que celles des centres de détention provisoire. Là, les prisonnières se retrouvent souvent dans des cellules minuscules et insalubres, dont elles ne sortent qu'une heure par jour. Les trois Pussy Riot sont déjà passées par là.

Le ministre de la Justice lui-même a reconnu que le système pénitentiaire russe était «monstrueusement archaïque». Les tsars de Russie déportaient leurs prisonniers dans des camps de travaux forcés en Sibérie. À l'époque de l'Union soviétique, des millions de prisonniers ont travaillé jusqu'à en mourir au goulag. La Russie compte plus de détenus que tous les autres pays du monde, devant les États-Unis et la Chine, selon le Centre international d'études pénitentiaires.

Sous la présidence de Vladimir Poutine, ces camps ont accueilli un nouveau genre de détenus. Mikhaïl Khodorkovski, le directeur de la société pétrolière Ioukos, purge 14 ans de prison dans un camp de l'est de la Sibérie. L'ex-homme le plus riche de Russie est donc condamné à confectionner des mitaines. Arrêté en 2003, il a été condamné dans deux affaires, mais pour beaucoup d'observateurs, il s'agit d'une sanction politique pour s'être opposé au pouvoir de Vladimir Poutine.

Selon l'avocate Svetlana Bakhmina, ancienne collaboratrice de M. Kodorkovski, les prisonniers disposent de peu de temps libre car les gardiens les obligent souvent à suivre des cours ou à participer à des activités culturelles.

«On n'a pas le temps de s'ennuyer dans ces camps. S'ennuyer est un luxe dans ce type d'établissement pénitentiaire. Vous regrettez seulement le temps qui passe», témoigne Svetlana Bakhima. «Une personne normale ne peut pas imaginer cet environnement, vous devez vous y habituer et les gens doivent s'habituer à vous. Cela prend des mois, peut-être six mois. Tout dépend de la façon dont vous vous comportez.»

PLUS:pc