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Les élections à Naplouse révèlent au grand jour les dissensions du Fatah

19/10/2012 10:10 EDT | Actualisé 19/12/2012 05:12 EST

A Naplouse, en Cisjordanie, les élections municipales palestiniennes opposent samedi le candidat du Fatah à un dissident du mouvement du président Mahmoud Abbas, qui craint de voir ce duel fratricide arbitré en sous-main par le Hamas rival.

Le Hamas, vainqueur du dernier scrutin palestinien, les législatives de 2006, et au pouvoir dans la bande de Gaza, boycotte ces élections, qu'il juge illégitimes car contraires à l'accord de réconciliation nationale Fatah-Hamas.

Limité à la Cisjordanie, le scrutin ne s'y déroule que dans 91 des 353 municipalités, les sièges étant déjà pourvus dans 181 localités, où une seule liste était présente, les autres restant à désigner ultérieurement, faute de liste de candidats, a indiqué la Commission électorale centrale (CEC).

La plupart se trouvent dans le nord de la Cisjordanie, comme à Naplouse, 140.000 habitants, où le maire Adli Yaïch, proche du Hamas, ne se représente pas.

Il laisse ainsi le champ libre au choc entre Ghassan Chakaa, ancien maire, membre depuis 1996 de la plus haute instance palestinienne, le Comité exécutif de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), qui conduit une "Liste nationale et indépendante pour Naplouse", contre le candidat investi par le mouvement, Amine Maqboul, membre du Conseil révolutionnaire du Fatah.

Une troisième liste est soutenue par le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP, gauche nationaliste).

Le Fatah a pris des sanctions disciplinaires, en acceptant la démission ou en excluant plusieurs dizaines de ses membres dans toute la Cisjordanie, dont Ghassan Chakaa, pour s'être présentés sur des listes rivales.

"Ce sont des dissidents qui ont un lien ténu avec l'organisation et cherchent seulement des places", affirme à l'AFP Amine Maqboul.

"Ils ont fait passer leur intérêt avant celui du mouvement et ont donc été exclus", accuse-t-il.

Ghassan Chakaa assure à l'AFP qu'il n'a "pas été exclu mais avait déjà démissionné".

"J'ai le Fatah dans le sang et je n'ai pas de divergence avec lui mais avec certaines de ses personnalités", explique-t-il.

"Ma liste coopérera avec les autres listes si elles sont élues au conseil municipal dans l'intérêt des citoyens, et il y a un consensus sur le fait que l'OLP est l'unique référence des trois listes", poursuit-il.

Mais Amine Maqboul craint que cette division "n'affaiblisse le Fatah et n'ait un effet négatif sur les résultats".

Il fait même état d'informations sur un "soutien en coulisses" du Hamas à la liste dissidente.

Ghassan Chakaa rejette "de pures inventions". "Je n'ai eu aucun contact avec le Hamas, qui a décidé de ne pas participer aux élections, contrairement à d'autres groupes, et cela finira par apparaître", réplique-t-il.

Un dirigeant local du Hamas réitère la consigne officielle de boycottage du mouvement mais concède sous le couvert de l'anonymat: "Nous ne pouvons interdire à personne de voter pour telle ou telle tendance".

Faute de réel enjeu, ce responsable du Hamas s'attend à une faible participation.

"Je ne voterai pas parce que je ne suis convaincu par aucun de ces candidats ni par leurs listes", déclare un enseignant de Naplouse, Jaber Ahmad.

D'autres hésitent entre loyauté partisane et adhésion au candidat.

"Je suis pour le Fatah, donc je voterai pour la liste de Maqboul", confie un chauffeur de taxi, qui se présente sous le nom d'Abou Mohammad.

Mais un commerçant souligne que "Ghassan Chakaa est un homme fort qui fait régner la loi", ajoutant sous le couvert de l'anonymat qu'"il a déjà été maire et cette ville a besoin d'une main ferme".

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