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Le pape canonise Jacques Berthieu, à la fois saint français et malgache

19/10/2012 03:27 EDT | Actualisé 18/12/2012 05:12 EST

Le pape doit canoniser dimanche le jésuite français Jacques Berthieu, mort fusillé en 1896 à Madagascar par des rebelles autochtones pour avoir refusé d'abjurer la foi catholique et qui devient le premier saint de la Grande île et de l'Océan indien.

Ce jésuite, né à Polminhac dans le Cantal en 1838, ordonné prêtre en 1864, aura passé 21 ans sur l'île de Madagascar. Il aura été forcé par trois fois à l'exil en raison des lois françaises antireligieuses et des guerres coloniales.

Le jésuite, béatifié déjà en 1965 par le pape Paul VI, y avait ouvert nombre de postes missionnaires et développé l'éducation scolaire, une de ses priorités.

Les Malgaches avaient un moment espéré une visite de Benoît XVI pour cette canonisation.

C'est en 1875 que le jésuite auvergnat de 37 ans, qui demande instamment à partir en mission, est envoyé dans l'Océan indien. Il arrive à La Réunion d'où il passe bientôt sur Sainte-Marie (aujourd'hui Nosy Boraha), une île française au large de la côte nord-ouest du Madagascar, où il mène un travail pastoral jusqu'en mars 1880.

Le 29 mars 1880, les jésuites sont expulsés de tous les territoires français. Cela contraint Berthieu à passer sur la grande île de Madagascar, alors royaume indépendant.

Il vivra la tourmente de deux guerres coloniales franco-malgaches qui se terminent en 1885 par l'imposition d'un protectorat humiliant pour les Malgaches.

En 1896, Berthieu sera pris dans les convulsions de la violente insurrection politico-religieuse - contre le christianisme et le pouvoir français - du mouvement Menalamba opposé à l'accord de 1895 et au protectorat.

L'expansion du christianisme est perçue comme affaiblissant la puissance des fétiches qui soutiennent le pouvoir des autorités traditionnelles.

Le père Berthieu cherche à placer des chrétiens sous la protection des troupes françaises.

Le récit de sa fin en "martyr de la foi" est connu dans le détail. Le 7 juin 1896, le convoi où il se trouve est attaqué par les Menalamba, à quelque 60 km d'Antanarivo. Le lendemain, dans le village d'Ambiatibé, où il avait procédé à des conversions, il s'agenouille devant la porte de l'église où on lui interdit d'entrer. Il embrasse la croix de son rosaire que les rebelles, qui le frappent à coups de crosses, qualifie d'amulette.

"Renonce à ta vilaine religion, n'égare plus le peuple", lui lance le chef des Manalamba, avant de poursuivre: "nous te prendrons pour faire de toi notre chef et notre conseiller, nous ne te tuerons pas". "Je ne puis absolument pas consentir à cela. Je préfère mourir!", aurait-il répondu.

Il est fusillé. Son corps est jeté dans la rivière Mananara, une rivière infestée de crocodiles.

"Même si vous étiez dévorés par un caïman, vous ressusciteriez", avait assuré des années auparavant le jésuite à des fidèles malgaches.

jlv/jh

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