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L'armée largue des bombes à sous-munitions, Brahimi à Damas

19/10/2012 06:14 EDT | Actualisé 19/12/2012 05:12 EST

L'émissaire international Lakhdar Brahimi est arrivé vendredi à Damas avec la ferme intention d'obtenir un cessez-le feu la semaine prochaine et de briser le cycle de violence qui a fait plus d'un millier de mort en moins d'une semaine.

Mais sur le terrain, l'aviation syrienne a largué vendredi des bombes à sous-munitions contre les rebelles dans le nord du pays, a constaté un journaliste de l'AFP, en dépit d'une accalmie relative sur les fronts de Maaret al-Noomane et d'Alep.

L'artillerie turque a riposté à la chute de deux obus syriens en territoire turc, qui n'ont pas fait de victimes.

"Nous allons parler de la nécessité de diminuer la violence actuelle et si possible de l'arrêter à l'occasion de l'Aïd al-Adha", entre le 26 et le 28 octobre, a déclaré le diplomate algérien aux journalistes à son arrivée.

L'Aïd al-Adha, ou fête du sacrifice, qui coïncide avec le pèlerinage à la Mecque, est l'une des fêtes musulmanes les plus sacrées, au cours de laquelle un mouton est égorgé.

Dès son arrivée, M. Brahimi s'est entretenu avec son représentant à Damas, Moukhtar Lamani, chargé des contacts avec les insurgés. Il doit rencontrer samedi le chef de la diplomatie syrienne Walid Mouallem, et le président Bachar al-Assad à une date non précisée.

Le médiateur, qui peut se targuer du soutien à sa proposition des pays de la région, alliés ou hostiles à Bachar al-Assad, espère que ce cessez-le-feu initie un "processus politique" destiné à trouver une issue au conflit syrien qui dure depuis 19 mois.

Paris, tout en qualifiant la trêve d'objectif louable, a néanmoins estimé que les conditions d'un cessez-le-feu en Syrie n'étaient "pas réunies" pour le moment, au lendemain d'un bombardement meurtrier sur Maaret al-Noomane où un raid a fait jeudi 44 morts, dont 23 enfants.

Les experts ne croient d'ailleurs pas que les armes se tairont bien longtemps. "On peut avoir une trêve de quelques jours à des fins humanitaires, trêve que le régime serait d'autant plus intéressé d'appliquer qu'il est en mauvaise posture sur le plan militaire", a affirmé à l'AFP Thomas Pierret, spécialiste de la Syrie et maître de conférence à l'Université d'Edimbourg.

"Mais pour que le cessez-le-feu dure, il faut l'amorce d'une solution politique. Or, cette dernière me paraît impossible", a-t-il ajouté.

Des chasseurs-bombardiers ont largué deux bombes sur les positions rebelles autour de la base loyaliste de Wadi Deif, assiégée par les insurgés, et deux bombes à sous-munitions qui ont éclaté comme des feux d'artifice au-dessus de Maaret al-Noomane, dans le nord-ouest de la Syrie, a constaté le journaliste de l'AFP.

Les insurgés, l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) et Human Rights Watch (HRW) ont accusé l'armée de Bachar al-Assad de recourir à ces armes internationalement bannies, mais celle-ci a affirmé lundi ne pas en posséder.

Les rebelles, eux, sillonnent en 4X4 la ville, ouvrant le feu brièvement à chaque passage de bombardiers. "Peu importe si nous mourrons, mais nous devons descendre ces avions", a affirmé le tireur d'une mitrailleuse antiarienne.

Profitant de l'accalmie, des commerçants nettoyaient le parvis de leur boutique.

L'électricité a fait sa réapparition dans plusieurs quartiers du centre, mais la nourriture commence à manquer dans la ville, où de rares épiceries sont encore ouvertes.

A la périphérie est de Maaret al-Noomane, les insurgés tentent de s'emparer de la base de Wadi Deif, qui abrite 250 soldats, des chars et d'importants réservoirs de carburants. Selon l'OSDH, "au moins 2.500 insurgés" sont engagés dans la bataille.

Les combats ont baissé en intensité. "Nous attendons des munitions", a expliqué le commandant Mandil.

Vendredi, les violences ont causé la mort de 54 personnes à travers la Syrie, indique un bilan provisoire de l'OSDH.

La brutalité du conflit, qui a fait 34.000 morts en 19 mois selon l'OSDH, a atteint un tel niveau que les manifestations autrefois massives pour appeler au départ de M. Assad sont désormais clairsemées -- mais comme chaque vendredi, des manifestants ont néanmoins défilé.

L'armée syrienne a ouvert le feu et a lancé des bombes lacrymogènes sur des manifestants à Hama, dans le centre de la Syrie, a indiqué l'OSDH.

"Etats-Unis, votre malveillance n'a-t-elle pas fait couler assez de notre sang" ont scandé vendredi les manifestants, selon la page Facebook "Syrian revolution 2011", utilisée par des militants syriens pour définir chaque semaine un slogan unifié.

Les militants syriens ont longtemps appelé à une mobilisation internationale contre le régime de Bachar al-Assad, mais leur déception n'a fait que grandir face à l'inaction de la communauté internationale, paralysée par ses divisions au sujet de la crise syrienne.

Les craintes d'un débordement régional du conflit syrien ont été ravivées par un attentat meurtrier à Beyrouth vendredi. Condamné par Damas comme un acte "terroriste injustifiable", il n'est pas sans rappeler la série d'assassinats de personnalités libanaises hostiles au régime syrien ayant frappé le Liban entre 2005 et 2008.

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