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Au Darfour, un poêle peut alléger le fardeau des femmes

19/10/2012 07:38 EDT | Actualisé 19/12/2012 05:12 EST

Ramasser du bois pour le feu de cuisson est une mission à haut risque pour les femmes au Darfour, région soudanaise ravagée par la guerre et la pauvreté -- mais un simple poêle a simplifié la vie de milliers d'entre elles.

Dans le cadre d'un programme lancé par le Programme alimentaire mondial il y a deux ans, le PAM et ses partenaires locaux apprennent aux femmes à fabriquer un poêle, qui leur permet de passer moins de temps à la recherche de bois, tout en protégeant l'environnement et en développant leurs revenus.

"Notre vie sociale s'est beaucoup améliorée grâce à ce projet", estime Nadia Ibrahim, directrice d'un centre de formation desservant les hameaux de Chagra, à des ambassadeurs européens en visite jeudi.

Ce projet revigore la communauté rurale fragilisée par la destruction de villages entiers durant les années de conflits, et la sèvre progressivement de l'aide alimentaire directe, car les participants reçoivent de la nourriture en échange d'un travail, soulignent les dirigeants du PAM.

Les dégâts de la guerre et la fuite de nombreuses familles hors de leur domicile ont obligé les femmes à s'aventurer toujours plus loin à la recherche de bois, alors que ces déplacements leur font courir le risque d'être violées.

"On parle là de marcher 10 à 15 km et de rester trois à quatre jours loin de leurs enfants", souligne Cesar Arroyo, chef de la mission du PAM à El-Facher, le chef-lieu du Darfour-Nord.

Les combats ont commencé au Darfour il y a presque une décennie, lorsque des rebelles issus de tribus non-arabes se sont soulevés contre le gouvernement soudanais, dominé par des Arabes. Le régime avait réagi en envoyant des milices Janjawids, entraînant une guerre civile dévastatrice.

Bien que les violences aient beaucoup régressé, les heurts entre rebelles et troupes gouvernementales, braquages et autres incidents armés entre tribus restent fréquents.

Des sources humanitaires attribuent la majorité des violences à des groupes arabes pro-gouvernementaux, qui sont accusés de la plupart des viols et des agressions dans les camps où vivent 1,7 million de déplacés au Darfour.

Selon le PAM, le projet concerne 14.000 personnes à Chagra, à l'ouest d'El-Facher.

Devant la délégation européenne arrivée à Chagra sous bonne protection, une femme fait la démonstration: elle forme rapidement quelques rouleaux d'une matière ressemblant à de l'argile, et les empile de façon à former un foyer rond. Une fois durci, on peut y mettre le combustible et poser au-dessus la nourriture à cuire.

La cuisson au poêle requiert beaucoup moins de bois que le traditionnel feu à foyer ouvert, surtout si on utilise des briquettes d'excréments animaux mélangés à de la paille, que les femmes apprennent également à fabriquer dans le cadre du programme.

Le temps passé à chercher du bois diminue ainsi de moitié et des arbres, qui poussent avec difficulté au Darfour, sont préservés.

Les femmes fabriquent des poêles pour les utiliser mais aussi pour les vendre, selon Mme Ibrahim.

"C'est une source de revenus pour nous", dit-elle, par le truchement d'un traducteur. "Nos bénéfices augmentent et nous les utilisons pour développer nos activités", notamment des formations en diététique et des gardes d'enfants.

A travers le Darfour, 200.000 femmes ont reçu la formation dans l'un des 33 centres du programme.

Près de celui de Charga, la communauté exploite dans le cadre du même projet une forêt de quatre hectares, source de revenus et de bois.

L'Union européenne envisage de transformer ses distributions d'aide d'urgence au Darfour en soutien au développement de ce type.

Le PAM va distribuer de l'aide alimentaire à 3,3 millions de personnes au Darfour cette année --dont un million dans le cadre d'un programme de type "nourriture contre développement".

it/cnp/sbh

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