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Un an après, les frustrations de l'échange de Shalit affleurent à Gaza

18/10/2012 12:29 EDT | Actualisé 18/12/2012 05:12 EST

Derrière les célébrations par le Hamas à Gaza de l'anniversaire de l'échange d'un millier de détenus palestiniens contre le soldat israélien Gilad Shalit perce la frustration laissée par le bannissement de 200 d'entre eux et l'omission des prisonniers les plus emblématiques, toujours en Israël.

Consciente des lacunes de ce succès pour le Hamas, au pouvoir à Gaza, sa branche armée, les Brigades Ezzedine al-Qassam, s'est engagée jeudi à ce qu'aucun futur échange n'ait lieu "sans la libération de ceux que l'ennemi a refusé de relâcher lors de l'échange" de Gilad Shalit contre 1.027 prisonniers palestiniens.

Des festivités se déroulaient dans la bande de Gaza pour cet anniversaire, avec un défilé de centaines de combattants du Hamas armés et masqués.

La chaîne du Hamas, Al-Aqsa, a diffusé en début de soirée un documentaire produit par les Brigades al-Qassam sur la capture de Gilad Shalit, comportant des images authentiques de sa remise aux médiateurs égyptiens à Rafah (sud) le 18 octobre 2011.

Un rassemblement s'est tenu dans l'après-midi à Gaza en présence de hauts responsables.

"Beaucoup de délégations et d'émissaires sont venus nous proposer un accord pour rendre Shalit en échange de la levée du siège de Gaza et l'ouverture de tous les terminaux et notre réponse a été claire et catégorique: pas de compromis sur la liberté de nos prisonniers", a déclaré le chef du gouvernement du Hamas Ismaïl Haniyeh à l'intention des prisonniers libérés.

Les portraits des chefs palestiniens encore détenus par Israël, dont Marwane Barghouthi, un des dirigeants de la deuxième Intifada, et Ahmad Saadat, secrétaire général du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP, gauche radicale), étaient affichés à la tribune.

L'échange a été critiqué en raison des conditions imposées par Israël et acceptées par le Hamas, parce qu'il n'incluait pas les prisonniers les plus importants, en particulier MM. Barghouthi et Saadat, et prévoyait le bannissement de plus de 200 d'entre eux, originaires de Cisjordanie et de Jérusalem-Est: 40 à l'étranger, les autres à Gaza.

"Notre joie est incomplète parce que nous sommes éloignés de nos familles qui nous manquent", confie ainsi Atta Filna, un ex-prisonnier de 46 ans du Jihad islamique, originaire de Ramallah (Cisjordanie) et rejoint par sa femme à Gaza.

Depuis, sa fille et son fils leur ont rendu visite pendant près d'un mois: "Ma fille est retournée chez son mari, mon fils n'a pas réussi à s'adapter à la vie ici et il est reparti", raconte l'homme, emprisonné 19 années.

Il déplore aussi d'avoir dû déménager plusieurs fois. "Passer de maison en maison ramène le sentiment de passer d'une prison à l'autre".

Hilal Jaradat, 46 ans, originaire de Jénine, se dit également "frustré".

"Je m'attendais à un soutien financier plus important pour les prisonniers", regrette cet homme qui a passé 27 ans dans les prisons israéliennes.

"Je touche un salaire de l'Autorité palestinienne mais cela ne suffit pas pour commencer dans la vie", poursuit-il, alors que sa femme, une habitante de Gaza, est enceinte.

Ce membre du Fatah, parti au pouvoir en Cisjordanie gouvernée par l'Autorité palestinienne, attend du "gouvernement du Hamas qu'il accorde aux prisonniers du Fatah et d'autres mouvements une part dans les projets de logements qu'il parraine".

Une récente mésaventure avec la police du Hamas a d'ailleurs attisé son amertume. M. Jaradat a saisi des organisations de défense des droits de l'Homme, certificat médical à l'appui, après avoir été malmené selon lui par des policiers.

Le soldat Shalit avait été capturé le 25 juin 2006 en territoire israélien à la lisière de la bande de Gaza par trois groupes armés palestiniens, dont les Brigades al-Qassam.

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