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Tunisie: un mort dans le Sud lors de violences entre adversaires politiques

18/10/2012 11:37 EDT | Actualisé 18/12/2012 05:12 EST

Un responsable du parti d'opposition Nidaa Tounès à Tataouine (sud) est mort en marge d'affrontements jeudi entre ses partisans et des manifestants proches des islamistes au pouvoir en Tunisie, où les tensions politiques et sociales dégénèrent régulièrement en violences.

Selon Nidaa Tounès, Lotfi Naguedh, coordinateur local du parti, est mort après avoir été passé à tabac lors d'une attaque de manifestants favorables au pouvoir contre le siège du syndicat Union régionale de l'agriculture et de la pêche (URAP) qu'il dirigeait.

Le porte-parole du ministère de l'Intérieur, Khaled Tarrouche, a confirmé les violences en marge d'une manifestation pour "l'épuration des cadres de l'ancien régime", mais a assuré que la victime avait été terrassée par "une crise cardiaque", une version rejetée par les partisans de Nidaa Tounès.

"Des renforts policiers ont été envoyés et ont séparé les deux groupes", a déclaré à l'AFP M. Tarrouche, ajoutant que les forces de l'ordre n'avaient pas fait usage de gaz lacrymogène pour les disperser.

"La situation est calme maintenant" à Tataouine, une ville de 60.000 habitants, a-t-il ajouté.

Nidaa Tounès a réagi avec virulence à la mort de Lofti Naguedh, un haut responsable du parti, Lazhar Lakremi, dénonçant un meurtre commis par la "main lâche de la trahison et du terrorisme", semblant faire référence aux militants favorables aux islamistes d'Ennahda.

"Nous ne craignons pas la mort et nous sommes prêts à être des martyrs", a-t-il affirmé dans une vidéo publiée sur la page Facebook du parti.

Mi-septembre, ce responsable du Nidaa Tounès avait accusé un membre du gouvernement non identifié de vouloir orchestrer l'assassinat du chef du parti, Béji Caïd Essebsi.

Ce dernier a été le deuxième Premier ministre de transition après la révolution de 2011. Il a fondé son parti cet été et selon des sondages, il connaît une popularité croissante.

M. Essebsi s'exprimera sur les évènement de Tataouine vendredi à 09H00 GMT lors d'une conférence de presse.

La coalition au pouvoir, plus particulièrement les islamistes d'Ennahda, accuse Nidaa Tounès de rassembler les tenants du président déchu Zine El Abidine Ben Ali.

"Ils étaient des pièces maîtresses de l'ancien régime. Aujourd'hui les médias présentent ce parti comme le rival d'Ennahda pour lui donner plus d'importance", a déclaré dans un entretien au quotidien Le Monde Rached Ghannouchi, chef du parti islamiste.

Des militants islamistes et de Nidaa Tounès s'accusent régulièrement les uns les autres de provoquer des attaques, mais c'est la première fois qu'un décès est recensé.

La manifestation de Tataouine avait été organisée par la Ligue de protection de la révolution, considérée comme proche des islamistes qui dirigent le gouvernement.

Le défilé a dégénéré devant le siège du syndicat URAP et les deux camps se sont affrontés à coups de cocktails Molotov et de pierres, selon le ministère de l'Intérieur.

Nidaa Tounès a assuré que les violences étaient uniquement le fait des manifestants composés notamment "d'éléments d'Ennahda et de criminels notoires".

La Ligue de protection de la révolution avait publié le 13 octobre un communiqué incendiaire dans lequel il promettait aux "ennemis de la révolution et aux caciques de l'ancien régime" de leur faire "regretter de ne pas s'être suicidés", affirmant préparer "des surprises de gros calibre pour les exterminer tous".

Les manifestations dégénèrent régulièrement en affrontements en Tunisie qui peine à se stabiliser depuis la révolution de 2011. L'incident le plus grave a été l'attaque le 14 septembre de l'ambassade des Etats-Unis par des militants islamistes intégristes. Quatre manifestants avaient été tués.

L'état d'urgence est en vigueur en Tunisie depuis janvier 2011 et la fuite de Ben Ali en Arabie saoudite.

alf/cco

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