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La ville natale de Kadhafi s'estime punie par le nouveau régime

18/10/2012 01:36 EDT | Actualisé 17/12/2012 05:12 EST

Un an après la mort de Mouammar Kadhafi, les habitants de Syrte, sa ville natale dévastée par la guerre, se plaignent toujours d'être les laissés-pour-compte de la révolution libyenne, estimant avoir été punis pour leur soutien au dictateur déchu.

Les deux tunnels d'égouts, où le colonel Kadhafi a été capturé avant d'être tué par les rebelles le 20 octobre 2011, sont couverts de graffitis. Mais un hommage discret au "Guide" est toujours écrit sur un arbre à côté.

"Plus personne ne pense à Mouammar, mais les gens s'attendaient à voir la situation s'améliorer et ils sont déçus", déplore Mohammed Abou Sita, un chef tribal de Syrte.

Un an après la mort du dictateur qui a livré dans sa ville natale sa dernière bataille contre les rebelles et l'Otan, les habitants de Syrte font inévitablement le bilan de ce qu'ils avaient avant la révolution et de ce qu'ils estiment avoir perdu.

"Les gens comparent évidement. Ils (les responsables) n'auraient pas dû nous abandonner après la révolution. Dans un an ou deux, on pourrait assister à une nouvelle révolution", avertit M. Abou Sita.

Alors que plus personne n'ose faire l'éloge en public du colonel Kadhafi, quelques-uns ne mâchent pas leurs mots pour critiquer les nouvelles autorités qui, aux yeux de nombreux habitants, n'ont rien fait pour la ville.

"C'est de la vengeance. La marginalisation de Syrte par les autorités est un acte de vengeance", assure Abou Salah, père de trois enfants.

Longtemps choyée par le régime kadhafiste qui y organisait les plus grands sommets et événements africains, cette ville d'une centaine de milliers d'habitants a été la plus dévastée par la guerre en Libye et offre encore aujourd'hui un spectacle de désolation, en attendant sa reconstruction.

"Les gens font eux-mêmes des travaux dans leurs maisons et dans leurs magasins et payent les réparations de leur poche", affirme Amal Mohammed, femme au foyer, dont la maison a été détruite et qui s'est installée dans une des villas luxueuses autrefois réservées aux invités de haut rang de Moummar Kadhafi.

"Nous gardons l'espoir que les choses iront mieux, mais le nouveau gouvernement ne nous a rien offert", déplore-t-elle, inquiète qu'on la déloge de sa demeure provisoire.

Même si la plupart des bâtiments sont dans un état de délabrement avancé, la vie reprend timidement dans la ville où des dizaines de magasins ont ouvert ou rouvert le long des principales artères commerciales.

"Les gens essaient (...) de reprendre une vie normale, mais le gouvernement ne propose aucune aide", regrette Mohammed Mansour, 40 ans, qui a rouvert sa supérette il y a trois mois. Selon lui, les travaux de rénovation, qui ont duré plus de deux mois, lui ont coûté 7.000 dinars libyens (5.600 dollars).

Avec plus de 11.000 maisons partiellement ou totalement détruites selon les autorités locales, la vente de matériau de construction est aujourd'hui un commerce florissant.

Ali Marj, 22 ans, qui gère un atelier d'aluminium installé sur les décombres d'un bâtiment en ruines, affirme qu'il gagne jusqu'à 1.000 dinars libyens (830 dollars) par jour, mais insiste sur le fait que sa vie était mieux avant la révolution, quand on pouvait marcher dans les rues la nuit sans craindre des affrontements entre milices.

"Tout s'arrête à 22H00", affirme-t-il, faisant référence à un couvre-feu décrété dans la ville en raison d'accrochages récents entre des groupes armées.

"Les choses étaient vraiment mieux avant. Il n'y avait ni armes ni milices. Sous Kadhafi, Syrte était la ville la plus sûre (du pays) et nous pouvions sortir le soir", se lamente Oum Mohammed, qui fait ses courses avec sa fille.

Ali Labbas, chef par intérim du conseil local, reconnaît que Syrte abrite encore quelques partisans purs et durs de l'ancien régime qui sont prêts à profiter de n'importe quelle occasion, comme l'anniversaire de la mort de Kadhafi, pour "semer la sédition", mais il est convaincu que "la raison l'emportera".

"Kadhafi était un dictateur qui est parti, tout comme Hitler et Mussolini", conclut-il

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