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18/10/2012 07:15 EDT | Actualisé 18/12/2012 05:12 EST

Corruption au Québec: un fonctionnaire dit avoir empoché 600.000 dollars

Un fonctionnaire de la ville de Montréal a reconnu mercredi devant une commission d'enquête publique qu'il avait touché environ 600.000 dollars de pots-de-vin pour avoir octroyé des contrats à des entreprises du BTP ayant organisé un cartel mafieux.

Présenté par un précédent témoin comme une pièce clé du stratagème, Gilles Surprenant a expliqué qu'il avait été rémunéré pour son rôle dans l'attribution de marchés publics à des entrepreneurs facturant des travaux de voirie bien au-delà de leurs coûts réels.

Cet ingénieur avait été mis au pied du mur en 1991 lorsqu'un patron du BTP québécois, Frank Catania, l'avait "convoqué" au restaurant pour lui expliquer qu'il devait accepter que des travaux d'égoûts, évalués à 250.000 dollars, soient finalement réalisés pour 500.000 dollars par sa société.

"Il m'a fait une remarque bizarre: +Les gens qui nous empêchent de manger, on les tasse (écarte, ndlr)+", s'est remémoré M. Surprenant, à la retraite depuis 2009. "Ça m'avait intimidé."

Selon l'ex-entrepreneur Lino Zambito, qui s'est livré à un vaste déballage ces derniers jours, M. Surprenant gonflait les évaluations des travaux afin d'augmenter les profits des entreprises du cartel de la métropole québécoise, ce qui lui permettait de toucher 1% sur chaque contrat truqué.

Une autre dîme de 3% allait aux caisses du parti du maire actuel, Gérald Tremblay, et un autre 2,5% revenait à la mafia, toujours selon M. Zambito.

Le rôle central de M. Surprenant lui avait valu le surnom de "M. TPS", en allusion à la taxe fédérale en vigueur au Canada, avait affirmé M. Zambito.

Sur les quelque 600.000 dollars gagnés, l'ingénieur a dit en avoir dépensé une bonne partie au casino: "C'était ma façon à moi de remettre cet argent-là dans les coffres de l'État".

Un large sac contenant près de 123.000 dollars, saisis en août dernier par les enquêteurs de la commission d'enquête, a par ailleurs été présentés jeudi. La métropole québécoise vibre depuis quatre ans au rythme des reportages et témoignages dénonçant l'existence d'un cartel d'entrepreneurs, pour la plupart d'origine italienne, régnant sur l'industrie du bâtiment.

Face à l'apparente ampleur du système mafieux, une Commission spéciale a ainsi été instituée.

sab/lor

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