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Le premier magazine de mode pour les Indiens d'Amérique

17/10/2012 12:14 EDT | Actualisé 17/12/2012 05:12 EST

SIOUX FALLS, Dakota du Sud (Sipa) -- Kelly Holmes en avait assez de ne pas se retrouver dans les mannequins, stéréotypes et articles des revues comme "Vogue", alors cette jeune Sioux vient de lancer un nouveau magazine, fait par et pour les Indiens d'Amérique. Son but: "inspirer" les femmes indiennes et aborder les phénomènes de société spécifiques à cette communauté de quelque 2,9 millions de personnes, selon le recensement de 2010.

Kelly Holmes a grandi dans la réserve indienne de Cheyenne River, dans le Dakota du Sud (nord des Etats-Unis). Plus jeune, elle feuilletait pendant des heures les magazines de mode américains comme "Vogue" ou "Seventeen", à l'affût des dernières tendances. Très vite, elle remarque que les mannequins ne lui ressemblent en rien, et que les sujets abordés dans ces revues n'ont pas grand-chose à voir avec sa vie dans la réserve, un territoire immense et peu peuplé, situé à des centaines de milliers de kilomètres du moindre magasin haut de gamme.

La jeune fille, membre de la Tribu Sioux de la Cheyenne River, aujourd'hui âgée de 21 ans, se met donc en tête de créer son propre magazine de mode: une revue qui s'adresserait directement aux Indiens d'Amériques, hommes et femmes, et à tous les Américains désireux d'en savoir plus sur leur culture. Ce sera "Native Max", un trimestriel qui aborde la culture de la population amérindienne, avec photographies léchées sur papier glacé mais sans les coiffures et les tomahawks que l'on peut parfois voir dans les médias grand public sur le sujet.

Dans le premier numéro, publié uniquement en ligne, on retrouve des interviews d'artistes, de musiciens et de mannequins amérindiens, ainsi que des rubriques santé, beauté, et sport. "Il n'y a absolument aucun autre magazine dont le propriétaire, le concepteur et le gestionnaire soient indiens. Il n'existe aucune autre revue de ce type ici. Certaines publient quelques articles s'adressant aux jeunes Indiens, mais ils sont vraiment vulgaires et osés", explique Kelly Holmes, qui vit aujourd'hui à Denver, dans le centre du pays.

La rédaction a choisi de mettre en "Une" du site Web de "Native Max" le mannequin Mariah Watchman, présentée comme l'"héroïne" de la population amérindienne. Membre des Tribus confédérées de la réserve indienne de l'Umatilla, dans l'Oregon (nord-ouest), cette jeune femme a été propulsée vers la célébrité en devenant la première Amérindienne à participer à "Top Model USA", une émission de téléréalité destinée à repérer les espoirs du mannequinat.

L'objectif du féminin est de présenter des top-modèles jouant un rôle positif et de faire passer un message positif tout en abordant des sujets controversés. Dans le premier numéro, la jeune Kelly Holmes a par exemple interrogé deux femmes venant de lancer une campagne de sensibilisation à la violence subie par les Amérindiennes. Statistiquement, une sur trois est violée au cours de sa vie et une sur quatre agressée physiquement, d'après le ministère de la Justice américain.

Rhonda LeValdo, présidente de l'Association des journalistes Amérindiens, se félicite que "Native Max" et d'autres médias s'adressant aux Indiens montrent aux Américains qu'ils sont, eux aussi, des gens bien. "Ils veulent être mannequin, star du grand écran, artiste. Je crois que cela montre que nous sommes comme tout le monde, contrairement au stéréotype de l'Indien en costume traditionnel", souligne-t-elle.

Les neuf membres de la rédaction de "Native Max" viennent de toute l'Amérique du Nord, y compris de la nation Navajo en Arizona et des nations Otomi et Yaqui au Mexique. "J'aime le fait que nous voulions impliquer un maximum de personnes de notre communauté, et qu'elles nous donnent des idées", explique la directrice de la publicité, Angelica Gallegos, âgée de 20 ans et membre de la tribu apache Jicarilla. "J'apprécie aussi de découvrir les différents artistes et personnalités indiens de notre pays, et comment ils contribuent à aider leur peuple de diverses manières."

Rhonda LeValdo, qui est aussi professeure à l'Université des Nations indiennes d'Haskell à Lawrence, dans le Kansas, souligne cependant que toute publication doit impérativement avoir un apport financier pour survivre. Il y a quelques années, l'un de ses étudiants avait lancé un magazine sur la musique indienne, mais avait dû abandonner après deux numéros faute de modèle économique fonctionnant.

Kelly Holmes, de son côté, recherche assidûment des subventions et des investisseurs, sans succès. Elle déclare avoir investi 1.000 dollars (762 euros) de ses économies personnelles pour lancer le magazine mais espère que la publicité et les ventes le maintiendront à flot. En décembre, la revue ne sortira plus que sur papier et sera distribuée par correspondance aux abonnés au prix de 10 dollars (7,60 euros) le numéro.

Pour le moment, "Native Max" ne possède que 100 abonnés mais Kelly Holmes compte sur la couverture d'événements de mode se déroulant dans tout le pays pour dynamiser ses ventes. Les osbtacles à surmonter pour diffuser son magazine n'ont pas terni son rêve: celui de posséder sa propre revue qui s'adresse aux Indiens d'Amérique.

"Chez les Indiens, il y a des personnes qui ont du talent", déclare-t-elle. "J'aimerais qu'elles inspirent les autres et leur montrent qu'i y a d'autres gens dans le monde qui font la même chose qu'eux."

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