Les journalistes tunisiens observaient une grève nationale mercredi après trois mois de tensions croissantes avec le gouvernement, dirigé par les islamistes d'Ennahda, qui est accusé de s'en prendre à la liberté de la presse et de chercher à contrôler les médias.

Les médias publics, en tête de la contestation depuis l'été, observaient très largement le mouvement, alors que leurs rédactions accusent le pouvoir depuis des mois de chercher à contrôler leur ligne éditoriale notamment en nommant des directions subordonnées aux autorités.

La radio publique tunisienne publiait ainsi en Une de son site son logo barré d'un ruban noir et du slogan "grève générale des journalistes: la liberté de la presse et les droits des citoyens".

L'agence de presse d'Etat TAP a pour sa part diffusé à ses abonnés un message soulignant qu'elle n'assurera qu'un "service minimum couvrant uniquement les évènements d'extrème urgence".

Le groupe de presse Dar Essabah, fer de lance du mouvement depuis le mois d'aôut et la nomination d'un directeur controversé, observait aussi le débrayage alors que plusieurs journalistes y ont repris une grève de la faim la semaine dernière après l'échec de négociations avec les autorités.

Le journal en français du groupe, Le Temps, relève dans son édition du jour, rédigée mardi, que cette grève est "un message très clair adressé aux responsables du pouvoir".

Le Quotidien relève lui dans un éditorial que "la liberté de la presse, fraîchement conquise, risque plus que jamais de se retrouver, encore une fois, sous la botte du pouvoir".

Pour les médias, la guerre est encore longue

"La grève d'aujourd'hui n'est qu'une bataille, La guerre est encore longue", martèle-t-il.

Les médias en ligne n'étaient pas en reste à l'instar du site businessnews.com.tn dont la page d'accueil est titrée : "pas de démocratie sans médias indépendants".

La radio privée Mosaïque FM a pour sa part prévu de ne diffuser que trois bulletins succincts d'informations dans la journée, au lieu d'un journal toutes les heures.

Un rassemblement de journalistes est par ailleurs prévu vers 12H00 GMT au siège du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT), l'organisateur du mouvement.

Les journalistes tunisiens réclament, outre l'annulation des nominations controversées à la tête des médias publics, la mise en place d'une instance indépendante chargée de la réforme du secteur, un projet affiché depuis la révolution mais qui n'a toujours pas été mis en place.

Le gouvernement a démenti à maintes reprises s'attaquer à la liberté de la presse, y voyant un acquis inaliénable de la révolution, et assure avoir pour objectif de purger un secteur encore contrôlé par les tenants du régime du président Zine el Abidine Ben Ali, renversé à l'issue de la révolution en janvier 2011.

Les autorités relèvent d'ailleurs qu'elles sont sans cesse critiquées par les médias, les accusant même de servir les intérêts de l'opposition.

Un mouvement de jeunes pro-Ennahda, Ekbess, a dès lors appelé à un boycott des médias tunisiens jeudi en représailles de la grève.

Plusieurs affaires de liberté d'expression ont défrayé la chronique ces derniers mois.

Ainsi, le patron d'une chaîne de télévision critique du pouvoir, Sami Fehri a accusé le gouvernement d'avoir fait pression sur lui en août pour arrêter une émission satirique de Guignols. Peu après, il était placé en détention dans le cadre d'une affaire de corruption remontant à l'époque de Ben Ali.

Ses partisans manifesteront vers 13H00 GMT face au ministère des Droits de l'Homme à Tunis.

Par ailleurs, l'instance tunisienne chargée de réformer le secteur des médias s'est sabordée début juillet en accusant le gouvernement dirigé par les islamistes d'user d'"outils de désinformation et de censure".