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Syrie: Atmé, base-arrière de la rébellion

17/10/2012 06:09 EDT | Actualisé 17/12/2012 05:12 EST

Sur les hauteurs d'Atmé, une localité devenue une base-arrière des rebelles dans le nord-ouest de Syrie, une dizaine de nouvelles recrues du "bataillon 309" lisent le coran, assis en cercle autour d'un vieil imam.

Les premières heures de la matinée ont été consacrées au jogging quotidien. Après l'enseignement religieux, ce sera l'entrainement sur un mini-parcours du combattant, puis les cours de tactique. Le "bataillon 309" est l'un des cinq groupes rebelles installés au grand jour à Atmé.

A un jet de pierre de la frontière turque, ce gros bourg agricole de 6.000 habitants avant-guerre, 14.000 aujourd'hui avec les déplacés, vit au rythme de la rébellion et de ses "Katibas" (bataillons) en armes.

Ici bat le coeur de la révolution contre le régime de Bachar al-Assad. "Tous nos chefs passent par là, politiques, militaires, islamistes", résume un notable pro-rebelle.

Le "bataillon 309" a pris ses quartiers à la sortie nord. Le "bataillon des Faucons de l'islam" (Nossour al-islam) tient un check-point à une autre entrée de la localité. Les "Aigles de Damas" (Soqour al-Cham) occupent l'école. Les jihadistes du Front al-Nosra sont installés discrètement en centre-ville.

A pied ou à bord de leur 4X4, les rebelles en armes sont partout, comme des poissons dans l'eau au milieu d'une population entièrement acquise à la cause de la révolution.

La cohabitation entre différentes unités, notamment l'Armée libre syrienne (ASL) et les islamistes, se passe visiblement bien. "Nous avons le même ennemi", explique le chef de la "309", Abou Mahmoud. La plupart de ces hommes sont originaires du bourg ou de la région, à l'exception notable des jihadistes.

Les "bataillons" d'Atmé vont de quelques dizaines de combattants --35 pour le "309"--, à plus d'une centaine pour le Front al-Nosra. Les troupes se relaient sur les différents fronts de la province d'Idleb et à Alep, revenant à intervalles réguliers à Atmé pour se reposer et faire le plein de munitions.

La ville abrite des hôpitaux, garages et ateliers d'armes clandestins... Atmé est également une étape incontournable vers la Turquie voisine, que l'on passe illégalement sous les barbelés, ou via le poste-frontière voisin de Bab al-Hawa, où sont là aussi installées plusieurs katibas.

La police a quitté les lieux il y a huit mois. Les administrations sont fermées. Cinq comités ont été mis en place, en charge notamment des réfugiés et de la santé. Comme avant la révolte, les différends familiaux et les litiges privés se règlent devant les "cheikhs" (notables) ou l'imam du quartier.

Des tribunaux islamiques

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Deux tribunaux islamiques, issus des katibas Nossour al-islam et Soqour al-Cham, rendent la justice pour les faits les plus graves.

Le village n'a pas connu de crime ou de fait divers majeur depuis des mois. Composée chacune de huit juges experts en charia (loi islamique), ces cours statuent donc sur le sort des prisonniers ramenés du front, soldats et chabbihas (miliciens pro-gouvernementaux) présumés.

Une dizaine de ces chabbihas ont ainsi été jugés ces derniers mois, après avoir été longuement auditionnés. Huit ont été libérés, deux ont été jugés coupables, condamnés et fusillés, selon Ahmad Mohamad Najeeb, président du conseil des Oulémas syriens, à la tête de l'une de ces cours, mais aussi leader de la "katiba Nossour al-islam".

Dans le village, le Front al-Nosra (Jabhat al-Nosra) est un cas particulier. Une centaine de membres de ce groupe, réputé proche d'Al-Qaïda et responsable de sanglants attentats suicide contre le régime, ont pris leurs quartiers dans une villa à deux pas du centre-ville.

Ils dorment à la belle-étoile, dans le jardin du bâtiment. Un barbu vêtu de noir à la mine patibulaire, keffieh noir sur la tête, surveille en permanence les abords de la villa.

Ces combattants du jihad ne se cachent pas. On les voit parfois se promener en début de soirée sur l'avenue principale, le front ceint d'un bandeau noir marquée de la profession de foi du prophète.

La rumeur dans le village affirme qu'ils sont tous Syriens ou arabes. Le hasard vous fait parfois surprendre des conversations en anglais ou croiser des faciès --notamment africains-- manifestement pas de la région.

"Ils sont très polis, discrets et ne font aucun problème", explique un habitant. Pour autant, ils ne se mélangent guère aux villageois, si ce n'est le vendredi à la mosquée.

Pour le reste, rien ou presque ne se sait sur leurs activités. "Ils vont au combat, ils sont là. C'est tout", coupe court un voisin.

hba/hj

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