BIEN-ÊTRE

Relaxviews : Xavier Terlet (XTC), "l'uniformisation mondiale alimentaire n'est pas pour demain"

17/10/2012 04:52 EDT | Actualisé 17/12/2012 05:12 EST

Du dimanche 21 au jeudi 25 octobre, 5.900 industriels de l'agro-alimentaire, venus de cent pays différents, exposeront leurs innovations gourmandes, au Salon international de l'alimentation (Paris Nord Villepinte). Spécialiste du genre, Xavier Terlet livre à Relaxnews son point de vue sur la mondialisation de l'alimentation.

Le produit alimentaire idéal, unique, vendu en masse partout dans le monde, relève du fantasme à la Big Brother. Un seul produit, une seule recette, une seule unité de production, un seul emballage, une seule communication... La vie d'industriel serait tellement plus simple... et celle du consommateur tellement ennuyeuse.

La mondialisation n'a pas eu l'effet escompté par certains en matière de grande consommation, et particulièrement dans l'alimentation. Si le Samsung Galaxy 3 ou l'iPhone 5 sont identiques partout dans le monde - même produit, même emballage, même notice, même circuit de commercialisation -, si Toyota ou Volkswagen vendent à peu près les mêmes voitures aux chinois et aux finlandais, il n'en est pas de même en ce qui concerne nos pratiques alimentaires. Le phénomène de mondialisation paraît même avoir l'effet inverse quand il s'agit de produits de notre quotidien. Plus les échanges internationaux se multiplient, plus nous voyageons, plus nous sommes confrontés à d'autres cultures, plus nous découvrons de nouveaux produits... et plus nous les transformons, les adaptons à nos habitudes, à nos goûts et usages.

De fait, cette mondialisation entraîne une formidable créativité innovatrice et dope l'offre produit dans chaque pays en un développement exponentiel. En Europe, nous avons essayé il y a une quinzaine d'année le wasabi en découvrant les sushi et autres sashimi. Aujourd'hui, nous l'utilisons pour varier les goûts de nos chips, graines salées et même du chocolat, pour le plus grand étonnement de nos amis japonais. En fin de compte, une découverte remarquée ici, c'est peut-être de multiples innovations adaptées ailleurs.

C'est ainsi, même sans aller si loin ! Nos voisins allemands, espagnols et anglais ne consomment pas le même pain que nous, et il y a fort à parier que cela ne changera pas demain. Nos goûts, nos habitudes, nos appétits différents nous guident en matière de grande consommation. Ce qui est vrai en matière de recettes l'est tout autant en matière d'emballages. Le café peut être présenté en sachet dans certains pays et en paquet dans d'autres. La couleur qui correspond au décaféiné est bleue ou rouge selon l'endroit. Le verre de la bouteille de vin de qualité varie encore en fonction des continents : vert foncé chez nous, brun en Amérique du sud presque noir en Russie. De la même manière, la "box" en libre-service, qui connaît un formidable succès chez nous, n'est pas transposable aux Etats-Unis, où le rayon traiteur est quasi inexistant et où le surgelé est roi. Et que dire du plastique (PET), qui n'a pas vraiment séduit les consommateurs de bière français ?

Comment imaginer un conditionnement universel pour un New-Yorkais aux multiples prises alimentaires quotidiennes et pour nous, qui respectons peu ou prou le sacro-saint triptyque petit déjeuner, déjeuner, dîner ? Pourquoi proposer le même produit au Français à la cuisine spacieuse suréquipée, qui fait ses courses une fois par semaine, et au Japonais, qui se ravitaille quotidiennement et dont l'appartement est petit et les placards minuscules ?

Décidément, l'uniformisation mondiale alimentaire n'est pas pour demain, et le consommateur et passionné d'innovation que je suis s'en réjouit !

Xavier Terlet est spécialiste des tendances et de l'innovation pour le Salon international de l'alimentation (Sial), qui se tient à Paris Nord Villepinte, du 21 au 25 octobre. Il est par ailleurs Président du cabinet XTC World Innovation.