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"Pétrole et sable": un film prémonitoire sur la révolution de 1952 en Egypte

17/10/2012 09:30 EDT | Actualisé 17/12/2012 05:12 EST

Quelques mois avant le renversement de la monarchie en Egypte en 1952, des membres de la famille royale réalisaient un film prémonitoire sur un coup d'Etat: 60 ans plus tard ces images ont été ressuscitées pour un documentaire présenté au festival du film d'Abou Dhabi.

"Pétrole et sable", dont les acteurs sont pour la plupart des membres de l'aristocratie égyptienne, raconte l'histoire d'un monarque tentant de reprendre le trône après en avoir été évincé par un coup d'Etat.

Les scènes du film de 1952 ont été incorporées dans un documentaire en anglais, réalisé par Wael Omar et Philippe Dib, présenté en première mondiale au festival.

Le réalisateur du film en noir et blanc, tourné en 16 mm, était Bulent Raouf, époux de la princesse Fayza, l'une des soeurs du roi Farouk, dernier souverain d'Egypte.

Le tournage avait commencé peu après l'incendie du Caire, en janvier 1952, qui avait sonné le glas de la monarchie.

Les studios Misr avaient confectionné une version en couleur et parlante du film, qu'ils avaient l'intention d'offrir à la princesse Fayza. Ils l'ont détruite après le renversement de la monarchie.

Ce n'est que soixante ans plus tard que les pellicules originales ont été retrouvées par l'historien Mahmoud Sabit, dont le père était un cousin du roi Farouk, dans le grenier de la maison familiale au Caire.

"C'est une sorte de +home movie+ élaboré. Ils étaient stressés, le couvre-feu avait été imposé, ils cherchaient quelque chose à faire", explique Mahmoud Sabit dont les parents jouent dans le film.

Dans la plus pure tradition hollywoodienne, le film comprend une scène de bataille dans le désert, dans laquelle des dizaines de bédouins ont été mobilisés comme figurants, une jeune fille enlevée et une scène de bal finale.

Sabit est le narrateur de ce documentaire empreint de nostalgie qui s'inspire également du journal de sa mère, l'Américaine Frances Ramsden, à la brève carrière d'actrice à Hollywood, qui figure dans le film.

Mahmoud Sabit va à la recherche des acteurs encore en vie, retrouvant notamment la princesse Nevine Abbas Halim, vivant aujourd'hui dans une villa décrépite d'Alexandrie, dans le nord de l'Egypte, et qui joue dans le film le rôle de la jeune fille enlevée par des bédouins.

Il retourne sur les lieux du tournage, dont une villa près des pyramides de Sakkara. Mais il tente sans succès de pénétrer dans le palais de la princesse Fayza, faisant aujourd'hui partie d'une école publique du Caire, et dont la salle de bal avait abrité la dernière scène du film, témoignant du train de vie d'une aristocratie insouciante jusqu'au dernier moment.

Pour Sabit, cet ancien film "prémonitoire" est aussi un clin d'oeil à l'histoire: un diplomate britannique en poste au Caire y joue le rôle d'un responsable de son pays, appuyant le monarque évincé, et son collègue américain y incarne un diplomate des Etats-Unis, soutenant les putschistes.

Le roi Farouk était soutenu par les Britanniques. Quant aux Officiers libres qui ont renversé la monarchie, l'historien se déclare convaincu qu'ils étaient "appuyés par les Etats-Unis, qui craignaient de voir des communistes renverser le roi".

Le documentaire se termine par des images, également retrouvées par M. Sabit, d'une sortie en mer de membres de la famille royale au large d'Alexandrie dans la nuit du 22 au 23 juillet 1952.

A leur retour à l'aube, ils découvrent que des militaires, dont un certain Gamal Abdel Nasser, ont renversé le roi Farouk, le poussant avec le reste de sa famille à l'exil.

hi-at/sw

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