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Plan Nord : le Conseil du statut de la femme craint des conséquences négatives

17/10/2012 10:01 EDT | Actualisé 17/12/2012 05:12 EST
Radio-Canada.ca

Le Conseil du statut de la femme craint que le Plan Nord ne provoque une augmentation des agressions sexuelles, de la prostitution et du décrochage scolaire dans les communautés touchées.

Dans un avis qui sera publié jeudi et dont Radio-Canada a obtenu copie, le Conseil met en garde le gouvernement contre les conséquences négatives du Plan Nord et formule 14 recommandations.

Le travail par rotation qu'on appelle « fly in fly out », dans le cadre duquel les travailleurs ne font que passer dans les villes, est particulièrement préoccupant.

Une jeune femme témoigne que « les travailleurs mettent les femmes enceintes puis repartent et les laissent seules et sans argent ».

Ceux qui luttent contre les agressions sexuelles affirment que « des jeunes filles se réfugient au CALACS [Centres d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel, NDLR] après avoir été ramassées par des adultes qui leur avaient donné de la drogue pour pouvoir abuser d'elles ».

Le Conseil craint aussi que la prostitution ne se développe près des mines.

Ce serait un effet « bien peu souhaitable et particulièrement néfaste aux femmes ».

Une préoccupation qui trouve écho à la Fédération des femmes du Québec (FFQ).

« Lorsqu'il y a de grandes concentrations d'hommes dans des communautés lointaines, loin de leur tissu social il y a tendance à y avoir augmentation de la violence envers les femmes, de façon générale », souligne Alexa Conradi, présidente de la FFQ.

La question de l'augmentation du décrochage scolaire inquiète également.

Un directeur de commission scolaire déplore que les entreprises « recrutent leur personnel parmi les élèves du secondaire et ont tendance à les choisir de plus en plus jeunes ».

En corollaire, les jeunes filles vivraient aux dépens de leur copain et, quand elles tombent enceintes, abandonneraient l'école.

Le conseil réclame une campagne de sensibilisation contre le décrochage scolaire, l'intégration des femmes dans les emplois de production des mines et une étude sur les incidences du « fly in fly out » sur les communautés du Nord.

Il est impératif d'agir, selon la Fédération des femmes.

« On ne peut pas développer de grandes politiques économiques sans tenir compte du développement économique et social des femmes, sinon on tend à reproduire les injustices », indique Mme Conradi.

Le Québec pourrait peut-être s'inspirer de Terre-Neuve-et-Labrador. Depuis cinq ans, la province demande un programme d'accès égalitaire aux emplois pour les projets d'exploitation des ressources naturelles.

Le programme n'est pas contraignant, mais les résultats sont publics et permettent au gouvernement de refuser des contrats aux entreprises qui ratent leur cible.

Avec le reportage de Sébastien Bovet