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Les déboires de l'équipe canadienne vont bien au-delà de l'entraîneur

17/10/2012 03:14 EDT | Actualisé 17/12/2012 05:12 EST

MONTRÉAL - Congédier Stephen Hart ou ne pas le congédier, là n'est pas la question. Il va falloir faire bien plus que régler le sort de l'entraîneur pour mettre véritablement fin aux déboires de la sélection canadienne masculine en qualifications pour la Coupe du monde.

Tout d'abord, en changeant les mentalités dans les hautes sphères de l'Association canadienne de soccer.

«Il faut arrêter de blâmer les joueurs. Les gens doivent commencer à savoir que c'est beaucoup plus une question de volonté politique», a indiqué Ali Gerba, ancien attaquant québécois de l'équipe canadienne et de l'Impact de Montréal, quelques heures après la cinglante défaite de 8-1 au Honduras qui a vu le Canada être éliminé hâtivement des qualifications pour la Coupe du monde de 2014.

C'était là la sixième fois en autant de cycles de qualification que l'équipe canadienne échouait dans l'une des confédérations les plus faibles au monde, la CONCACAF. Le Canada n'a participé qu'à une Coupe du monde dans son histoire, en 1986.

Bien des gens associés de près au programme national canadien ne le diront pas ouvertement, par peur de représailles. Ils se contenteront plutôt de tourner autour du pot. Mais l'ACS a toutes les apparences, depuis 24 ans, d'un organisme qui se soucie peu des résultats de son équipe-phare sur le terrain.

Comme si l'argent amassé grâce aux inscriptions de ses joueurs juvéniles et seniors enregistrés — le membership s'approche du million maintenant — lui suffisait.

«Ce n'est pas juste sur le terrain que ça prend de la passion, il faut commencer par mettre des gens passionnés dans les bureaux», a lancé Gerba, qui a marqué 15 buts en 31 matchs avec le Canada avant d'y perdre sa place parce qu'il ne joue plus en club.

Absence de matchs préparatoires de bon niveau et camps d'entraînement minimalistes: voilà autant d'indices que le soutien de l'ACS à l'endroit de ses hommes seniors reste purement théorique. Les dirigeants sont généreux de leurs paroles mais quand vient le temps d'appuyer le tout avec des investissements sous forme d'argent sonnant, cela devient plus aléatoire.

«Ça ne fait pas sérieux de demander à des joueurs professionnels de se réunir deux jours avant un match important. Après, on leur demande de faire des miracles», a affirmé Gerba.

«Il faut absolument jouer plus de matchs amicaux pour que les joueurs puissent bien s'entendre sur le terrain, a de son côté déclaré Olivier Occéan, membre actuel de l'équipe canadienne, au cours d'un entretien de l'Allemagne. Il le faut pour avoir une philosophie de base. Quand tu vois le Canada jouer, tu n'en vois pas vraiment une. Ce n'est pas comme l'Espagne ou d'autres équipes.»

«Le plus décevant de cette élimination-ci, c'est que le Canada n'a jamais joué autant de matchs dans une année. Pour la première fois l'an dernier, il y a eu une dizaine de matchs, a noté Patrice Bernier, qui a assisté au revers de mardi au Honduras depuis le banc de la formation canadienne. Et l'ACS a aussi amélioré les conditions de voyage, notamment avec des vols nolisés. Les joueurs ont droit à plus de vols directs qu'avant.

«Reste que le Canada cherche encore son identité. Les États-Unis en ont une qui est clairement définie, tout comme les Mexicains, les Costaricains et les Honduriens», a ajouté Bernier, qui a eu droit à 36 départs en carrière avec la sélection canadienne.

Le fait qu'on se contente de sélectionneurs développés au Canada, qui n'ont qu'une expérience internationale limitée — avant Hart il y a eu Dale Mitchell —, semble également indiquer que l'ACS ne semble pas vouloir tout mettre en oeuvre pour assurer le succès de l'équipe canadienne.

Comme si on voulait avoir un simple gestionnaire à la tête de la formation, qui ne sera pas trop exigeant à l'endroit des administrateurs de l'ACS.

Depuis son arrivée, non seulement Hart semble-t-il se contenter du peu d'encadrement que lui fournit l'ACS, mais il ne semble même pas enclin à tenter de tirer le mieux des cartes qu'on lui offre.

«On a les joueurs qu'il faut, mais les décisions en conséquence ne semblent pas suivre, a déploré Occéan, qui n'a pas disputé le match au Honduras puisqu'il devait purger une suspension. Un gars comme Patrice Bernier, qui a été joueur du mois en MLS, était sur le banc face au Honduras. Tout comme Marcel de Jong, qui joue en Bundesliga. Pendant ce temps, des joueurs qui ne sont pas affiliés à un club depuis un an ont commencé le match.»

«J'étais sûr qu'on allait se qualifier sans problème, a affirmé Gerba. C'était un des groupes les plus talentueux de l'histoire du Canada.»

Occéan estime qu'il faudrait embaucher un entraîneur étranger de renom. Sauf que l'expérience a été tentée avec l'Allemand Holger Osieck par le passé. Son passage s'est avéré un échec parce que le changement de philosophie n'a pas eu d'écho dans les bureaux de l'ACS.

Par ailleurs, il est vrai que l'ACS fera toujours face à un obstacle important: plusieurs des meilleurs joueurs canadiens évoluent en Europe. Les clubs avec lesquels ils évoluent, bien souvent, voient d'un mauvais oeil le fait qu'ils doivent traverser l'Atlantique pour aller jouer pour le Canada. C'est ainsi qu'Occéan a dû longuement discuter avec ses patrons à Francfort pour les convaincre de le libérer en vue du match contre Cuba, la semaine dernière.

L'ACS aurait donc intérêt à tout mettre en oeuvre, à long terme, pour que ses meilleurs joueurs puissent revenir jouer en Amérique du Nord, nommément dans la MLS. Pour cela, il faudrait qu'elle fasse pression sur les clubs de Montréal, Toronto et Vancouver pour faire augmenter le quota minimal en terme de contenu canadien. Celui s'élève présentement à trois joueurs.

«Il faudrait que ce soit de six à huit joueurs. Il faut mettre l'accent sur les Canadiens et les inciter à revenir jouer à la maison. Ce serait alors plus facile de réunir les joueurs avec l'équipe canadienne», a noté Occéan, qui réfléchira à son avenir avec l'équipe canadienne au cours des prochaines semaines.

Bernier, lui, estime que l'avenir du soccer canadien passe par les académies de trois clubs de la MLS.

«Ça va permettre aux joueurs de passer dans les rangs professionnels à un plus jeune âge, et d'être plus aguerris quand ils le feront. Il s'agit maintenant que l'ACS se concerte avec les clubs afin qu'il y ait une ligne directrice et qu'une identité canadienne se développe», a noté le Brossardois de 33 ans, qui s'attend maintenant à devoir céder sa place à des plus jeunes, du moins à moyen terme.

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