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Les Afro-Américains soutiennent-ils Barack Obama parce qu'il est Noir?

17/10/2012 01:13 EDT | Actualisé 17/12/2012 05:12 EST

WASHINGTON - Les Noirs américains tirent une fierté particulière de leurs combats contre l'esclavage, la ségrégation et la discrimination, et cela a compté dans l'élection de Barack Obama en 2008. Mais aujourd'hui, certains dénoncent une forme de racisme. Les Afro-Américains soutiennent-ils Obama parce qu'il est Noir?

Si c'est l'un des facteurs ayant déterminé leur vote, peut-on considérer ces électeurs comme racistes? Peut-on comparer les Noirs qui ont voté pour Obama aux Blancs qui choisiront Mitt Romney parce qu'il est de la même couleur qu'eux?

Ces questions hantent depuis longtemps les conservateurs, souvent taxés de racisme lorsqu'ils critiquent la politique menée par Obama.

Il y a quelques jours, Stacey Dash, jeune actrice noire de la série télévisée «Clueless», s'est attiré les foudres d'autres Afro-Américains en affichant son soutien à Mitt Romney sur Twitter. Son message, «Votez Romney. Le seul choix pour votre avenir», lui a valu d'être traitée de «traîtresse».

«Tu te fais un peu d'argent et tu oublies que tu es noire et que tu es une femme. Deux choses que Romney déteste», lui a reproché sur Veronica Scott-Miller, étudiante en première année à l'université Hampton. Pour elle, les républicains ont tendance à nourrir des «préjugés» contre les Noirs, à «généraliser» et à les accuser de «vivre des allocations».

La plupart des auteurs de ces message estiment qu'il faut être stupide, soumise, voire les deux, quand on est noire, pour préférer un républicain blanc à un démocrate noir.

Pour Russel Simmons, un homme d'affaire noir du milieu du hip-hop et partisan d'Obama, la mésaventure de Stacey Dash relève du «racisme». «Si elle avait été blanche, ça ne serait pas arrivé», a-t-il déploré dans l'émission «The View».

L'acteur Samuel L. Jackson et le rappeur Snoop Dogg ont tous les deux affiché leur soutien à Obama, en mettant en avant sa couleur de peau. «J'ai voté pour Barack parce qu'il est Noir», a dit Samuel L. Jackson au magazine «Ebony». «Parce que c'est comme cela qu'on choisit pour qui on vote: parce qu'il nous ressemble.»

Snoop Dogg a repris sur son compte Twitter une liste des raisons de voter pour Barack Obama. Numéro 1: «Il est noir». La première raison de ne pas voter pour Mitt Romney: «Il est blanc».

Twitter est loin d'être représentatif de la population américaine, et beaucoup de sympathisants d'Obama ont immédiatement dénoncé les attaques contre Stacey Dash. Mais pour Antonio Luckett, un Noir de Milwaukee, les gens se battent surtout pour défendre un symbole de progrès en soutenant Obama.

«Nous sommes toujours dans une mentalité de défense des droits civiques, alors que nous ne sommes plus dans un monde de droits civiques», dit M. Luckett. «Ce que nous voulons dire, c'est: tu es noir, donc tu dois soutenir les Noirs», ajoute-t-il. Il reconnaît par ailleurs avoir voté Obama aux primaires du Parti démocrate en 2008 contre Hillary Clinton, parce qu'Obama est Noir. Est-ce pour autant du racisme? «C'est voter pour quelqu'un qui comprend votre point de vue», rétorque Antonio Luckett.

Une telle logique peut-elle s'appliquer aux Blancs qui voteraient Mitt Romney parce qu'il est Blanc? Ron Christie, un républicain noir qui a travaillé pour l'ancien président George W. Bush, trouve les deux points de vue inacceptables. «Ce n'est pas cette vision que les pionniers de la défense des droits civiques avaient en tête», estime-t-il.

Dans les années 1950, le pasteur Martin Luther King Jr avait combattu les lois de ségrégation raciale qui privaient les Noirs de droits politiques, alors que les démocrates du Sud les avaient maintenues. Mais les électeurs noirs ont basculé dans le camp démocrate après que le président Lyndon Johnson eut fait adopter les lois sur les droits civiques dans les années 1960, alors que les républicains récoltaient les voix des électeurs blancs opposés à ce texte.

Depuis, les démocrates ont systématiquement courtisé les voix des électeurs noirs, et la stratégie a payé tous les quatre ans. En 1992, Bill Clinton avait recueilli les voix de 83 pour cent des électeurs noirs, et 84 pour cent en 1996. En 2000, Al Gore a obtenu 90 pour cent de leurs suffrages. En 2004, John Kerry en avait collecté 88 pour cent et, en 2008, Obama a bénéficié de 95 pour cent des voix des électeurs noirs. Deux millions d'électeurs afro-américains supplémentaires étaient allés aux urnes cette année-là, même si certains avaient reproché à Obama de ne pas être «assez noir» ni représentatif de l'histoire des Noirs américains.

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