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Le cerveau du 11-Septembre livre une violente diatribe contre les Etats-Unis

17/10/2012 06:00 EDT | Actualisé 17/12/2012 05:12 EST

Une fois n'est pas coutume, le juge militaire de Guantanamo a laissé la parole mercredi au cerveau des attentats du 11-Septembre, qui a livré une violente diatribe contre les Etats-Unis, les accusant de tuer et de torturer "au nom de la sécurité nationale".

"Le président (américain) peut assassiner légalement au nom de la Sécurité nationale, pour les citoyens américains", a fustigé Khaled Cheikh Mohammed, assis à la table des accusés d'un tribunal militaire à Guantanamo.

Souvent considéré comme provocateur, M. Mohammed, appelé KSM pour ses initiales en anglais, a été autorisé à prendre la parole, après discussion entre les parties, sous la protection d'un différé de 40 secondes qui aurait permis à la censure de brouiller ses propos, s'il avait abordé des questions sensibles.

Depuis sa détention dans une prison secrète de la CIA, de 2002 à 2006, où il a subi des mauvais traitements assimilés à de la torture, le gouvernement américain craint que KSM ne délivre des informations classifiées. Il a subi 183 simulations de noyade à cette époque, a reconnu le gouvernement.

"Chaque dictateur peut choisir sa définition" de la sécurité nationale, a-t-il prévenu. "Avec cette définition, beaucoup peuvent tuer des gens au nom de la sécurité nationale, beaucoup peuvent torturer au nom de la sécurité nationale et détenir des enfants au nom de la sécurité nationale", a-t-il déclaré calmement en arabe.

Il attendait que chacune de ses phrases soit traduite en anglais, et, fort de son bon niveau d'anglais après des études aux Etats-Unis, corrigeait de temps à autre l'interprète.

Coutumier des diatribes virulentes, KSM, qui avait revendiqué "de A à Z" les attentats du 11-Septembre, s'est exprimé au troisième jour d'une audience préliminaire visant à préparer le procès où il encourt la peine de mort.

"Au nom de Dieu", a-t-il dit, "quand le gouvernement est triste parce que 3.000 personnes ont été tuées le 11-Septembre, on devrait se sentir désolé que le gouvernement américain (...) ait tué des millions de personnes au nom de la sécurité nationale".

"Le président peut prendre quelqu'un et le jeter à la mer au nom de la sécurité nationale", a-t-il également déclaré, en référence au numéro 1 de l'organisation terroriste Al-Qaïda, Oussama ben Laden tué il y a un an par les Etats-Unis au Pakistan.

Barbe épaisse teinte au henné et turban blanc, KSM, considéré comme un proche de Ben Laden, avec lequel il avait préparé les attentats du 11-Septembre, a conclu: "Votre sang n'est pas fait d'or et le nôtre n'est pas fait d'eau".

Cette diatribe terminée, sans interruption ni censure, le juge James Pohl a prévenu que le principal des cinq accusés comparaissant cette semaine ne serait plus autorisé à prendre ainsi la parole. "C'est la première et la dernière fois", a-t-il averti.

KSM s'était déjà vu accorder la veille le droit de porter à l'audience la veste de camouflage qu'il revêtait lorsqu'il combattait comme moujahidine contre l'occupation soviétique en Afghanistan.

Cette audience, prévue pour durer jusqu'à vendredi, est destinée à préparer le procès des cinq hommes qui encourent la peine de emort pour le meurtre de 2.976 personnes.

Après avoir été reportés plusieurs fois, les débats étaient centrés mercredi sur la censure que réclame le gouvernement, au nom de la sécurité nationale, sur toutes les déclarations des accusés en raison de leur passage par des sites secrets de la CIA.

Une portion des échanges a alors été brouillée quand un avocat a "fait une référence spécifique à une technique d'interrogation hypothétique classifiée", a expliqué le juge, quand la retransmission a repris.

Pendant cet échange, KSM s'est penché vers son co-accusé et neveu Ammar al-Baluchi, lui a parlé à distance, avant de lever la main et de demander à prendre la parole.

chv/bdx

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