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Corruption: les entreprises doivent être plus vigilantes, selon une experte

17/10/2012 03:33 EDT | Actualisé 17/12/2012 05:12 EST

MONTRÉAL - Les entreprises canadiennes doivent en faire plus pour s'assurer que la corruption ne s'immisce pas dans leurs affaires, affirme une avocate spécialisée en la matière.

La Commission Charbonneau sur l'industrie de la construction au Québec et le scandale de malversations qui a secoué le géant de l'ingénierie SNC-Lavalin (TSX:SNC) au début de l'année ont attiré l'attention sur des pratiques qui sont peut-être plus répandues qu'on le croyait jusqu'ici.

Selon le cabinet d'avocats McCarthy Tétrault, la Gendarmerie royale du Canada mène actuellement plus de 30 enquêtes en matière de corruption internationale. En fait, la GRC compte désormais deux équipes qui se consacrent entièrement à ce domaine

L'avocate Kristine Robidoux, du cabinet Gowlings, soutient qu'il est essentiel pour les entreprises de se doter d'un code de déontologie interdisant explicitement les pots-de-vin et le trafic d'influence.

Or, un code, aussi strict soit-il, ne résout rien s'il n'est pas appliqué, note-t-elle. Il est donc encore plus fondamental de sensibiliser les employés aux règles à suivre quand vient le temps de décrocher des contrats publics.

Les cabinets d'avocats multiplient actuellement les séminaires sur les risques de corruption au sein des entreprises. Me Robidoux en donnera justement un la semaine prochaine à Montréal. Certains y voient une façon pour les firmes de tirer profit de l'engouement actuel des médias pour ce phénomène.

Kristine Robidoux fait toutefois remarquer que les autorités policières se montrent désormais plus sévères en matière de corruption. Et elle souligne que pour une entreprise, les coûts d'un scandale sont beaucoup plus élevés que ceux découlant de la mise en place de mesures de prévention.

«On a juste à demander à SNC-Lavalin combien ça coûte», a lancé l'avocate.

En mars, une enquête interne a démontré que SNC a effectué des versements irréguliers totalisant 56 millions $ US à des intermédiaires pour des motifs mystérieux. Le grand patron de l'entreprise, Pierre Duhaime, a été relevé de ses fonctions dans la foulée de cette affaire.

Certaines entreprises canadiennes justifient leurs agissements douteux dans des pays étrangers par le fait que ceux-ci sont tolérés par les gouvernements en place là-bas.

Il en serait autrement si les entreprises stipulaient clairement que leurs employés doivent respecter les règles d'éthique tant au Canada qu'à l'étranger, relève Me Robidoux.

L'avocate franco-manitobaine ne croit pas pour autant que les entreprises devraient proscrire le recours à des intermédiaires locaux pour tenter de décrocher des contrats à l'étranger, compte tenu des connaissances et des contacts précieux que ces agents possèdent.

«Mais il faut reconnaître le risque élevé de violation de la Loi sur la corruption d’agents publics étrangers», fait-elle remarquer, en recommandant aux entreprises de passer au peigne fin leurs agents étrangers.

De Calgary, où elle travaille, Kristine Robidoux suit autant qu'elle peut les travaux de la Commission Charbonneau, qui la fascinent. Elle estime qu'il y aurait suffisamment de matière pour tenir de telles enquêtes publiques ailleurs au pays.

La raison en est simple: la tentation de céder à la corruption n'est jamais loin.

«Pour vraiment faire diminuer la corruption dans les affaires, il faut qu'il y ait une volonté réelle de la part de la direction des entreprises, affirme Me Robidoux. Ça commence là. Si les employés pensent que le plus important, c'est de signer des contrats peu importe les moyens employés, c'est que la culture de l'entreprise est déficiente. Mais si le conseil d'administration dit clairement que faire des affaires avec intégrité est plus important que l'aspect financier, c'est un tout autre message.»

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