L'ex-entrepreneur en construction Lino Zambito a terminé son témoignage et est présentement contre-interrogé devant la Commission d'enquête sur l'octroi et la gestion des contrats publics dans l'industrie de la construction.

L'avocat de l'Association des constructeurs de routes et grands travaux du Québec, Me Houle, a été le premier à contre-interroger M. Zambito.

Un peu plus tôt, le Parti libéral du Québec s'est vu accorder le statut de participant, mais ses questions devront se limiter au financement des partis politiques et aux questions relatives à l'octroi et à la gestion des contrats.

Radio-Canada.ca propose une couverture en direct des travaux de la commission Charbonneau.

La commissaire Charbonneau a en outre refusé que les avocats du PLQ interrogent M. Zambito sur le témoignage qu'il a livré sous interdit de publication les 3 et 4 octobre dernier, ce qui inclut les portions qui ont été rendues publiques depuis.

Le PQ a déjà le statut de participant à la commission, une décision motivée par le fait qu'il a exercé le pouvoir au cours de la période qui fait l'objet des travaux de la commission (1996-2011). La CAQ et Québec solidaire ont plutôt le statut d'intervenant.

Les participants ont la prérogative de contre-interroger directement les témoins; les intervenants doivent plutôt soumettre leurs questions aux procureurs de la commission, qui les posent en leur nom.

Devant la nature des révélations faites par M. Zambito, il est vraisemblable que sa crédibilité sera testée.

Fin du témoignage de Zambito

En début de journée, le procureur de la commission qui mène son interrogatoire, Me Denis Gallant, a notamment demandé à Lino Zambito des précisions sur certains aspects de son témoignage.

Il a notamment déposé des registres téléphoniques démontrant que M. Zambito parlait régulièrement à trois joueurs faisant partie d'un système de collusion à Montréal, soit Nicolo Milioto, de Mivela Construction, et les ingénieurs Luc Leclerc et Gilles Surprenant de la Ville de Montréal.

M. Zambito a aussi évoqué qu'il avait déjà participé une activité de financement organisée au profit de l'ex-chef péquiste André Boisclair. Il a acheté pour l'occasion un billet au coût de 1000 $, à la demande de Michel Lalonde du groupe Séguin.

Il a aussi évoqué une participation à deux autres activités de financement, cette fois pour l'ex-ministre libérale du Travail et députée d'Anjou Lise Thériault. Il s'agit d'un cocktail et d'un second événement pour lesquels il a payé chaque fois 1000 $ par chèque.

Zambito a aussi reconnu qu'il a prêté un tracteur Kubota au directeur général de l'arrondissement Saint-Laurent, Robert Fortin, en 2003, pour l'aider à se construire un chalet dans les Cantons-de-l'Est. M. Fortin a déjà plaidé coupable d'abus de confiance dans ce dossier.

La commissaire France Charbonneau a en outre demandé à Lino Zambito ce qu'il conviendrait de faire pour empêcher les entrepreneurs en construction de se livrer à de la collusion.

L'ex-entrepreneur a répondu que la Régie du bâtiment du Québec devrait avoir des lois plus sévères, que les villes devraient vérifier plus attentivement les antécédents des entrepreneurs qui présentent de soumissions et que le ministère des Transports du Québec devrait faire davantage appel à des ingénieurs à l'interne plutôt qu'à des firmes privées de génie.

L'ordonnance sur l'ordonnance est levée

L'ordonnance de non-publication qui empêchait de dire pourquoi une partie du témoignage de Lino Zambito livré les 3 et 4 octobre est sous le coup d'une ordonnance de non-publication a été levée.

L'ordonnance levée aujourd'hui avait été demandée par le Directeur des poursuites criminelles et pénales parce que des éléments de son témoignage touchent à des faits relatifs au dossier de la construction de l'usine d'épuration des eaux à Boisbriand pour lequel M. Zambito fait face à des accusations criminelles de collusion, de fraude et d'abus de confiance.

C'est Infrabec, l'ancienne compagnie de M. Zambito, qui avait obtenu le contrat de 28 millions de dollars.

Des révélations en série

Lundi, Lino Zambito a déclaré qu'au début des années 2000 les entrepreneurs versaient au maire de Laval, Gilles Vaillancourt, 2,5 % de la valeur des contrats accordés. Le maire a nié ces allégations plus tard en journée.

M. Zambito a raconté qu'après avoir obtenu un premier contrat, il a dû verser 25 000 $ comptant au maire Vaillancourt par l'intermédiaire de Marc Gendron, un employé de la firme de génie-conseil Tecsult. Cette firme a depuis été achetée par Aecom.

Lino Zambito dit par ailleurs avoir versé 30 000 $ en argent comptant à l'ex-organisateur libéral Pierre Bibeau dans la foulée d'une activité de financement organisée au profit de l'ex-ministre de l'Environnement du Québec Line Beauchamp, au printemps 2009. Pierre Bibeau a tenu à « dénoncer vivement » ces allégations plus tard en journée.

L'ex-propriétaire d'Infrabec a aussi épinglé Bruno Lortie, l'ex-directeur de cabinet de l'ex-ministre des Affaires municipales Nathalie Normandeau. Il a dit que ce dernier lui avait aussi réclamé 30 000 $ au profit de sa patronne en octobre 2009. L'affaire a avorté après que M. Zambito eut fait l'objet d'un reportage d'Enquête en octobre 2009.

Enfin, l'ex-entrepreneur a dévoilé des stratagèmes mis en place par les firmes de construction et de génie civil pour obtenir des contrats du ministère québécois des Transports.

Selon lui, neuf entrepreneurs qu'il a identifiés se partageaient une bonne partie des contrats de ce ministère dans la région de Montréal.

Lino Zambito a aussi établi un lien entre les firmes d'ingénierie et le financement des partis politiques. Il a précisé que les firmes d'ingénierie recevaient des « commandes » des partis politiques, et qu'elles se tournaient le plus souvent vers les entrepreneurs en construction pour y répondre.

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  • Avril 2009

    Les premiers appels en faveur d'une commission d'enquête publique sur la construction sont lancés à l'Assemblée nationale.

  • Septembre 2009

    L'hôtel de ville de Montréal annule le plus gros contrat de son histoire, une entente de 355 millions $ pour l'acquisition de compteurs d'eau, après la découverte d'irrégularités. Des rumeurs circulent selon lesquelles d'influents politiciens auraient séjourné sur le yacht de l'un des entrepreneurs ayant remporté une partie du contrat.

  • Octobre 2009

    La controverse prend du poids après que l'émission <em>Enquête</em> révèle l'ampleur de la corruption dans l'industrie de la construction, notamment dans les processus d'appel d'offres. Un groupe d'entrepreneurs de la région de Montréal, surnommé le «Fabulous Fourteen», agirait comme un cartel en se divisant les contrats, bloquant ainsi la voie aux compétiteurs, selon les journalistes de Radio-Canada. Un ancien sous-ministre des Transports soutient pour sa part que la mafia contrôle 80 pour cent des contrats de construction accordés dans la région et entretient des liens avec les entreprises du secteur. Les montants versés pour les projets de construction au Québec sont plus élevés qu'ailleurs au Canada, conclut <em>Enquête</em>.

  • Octobre 2009

    Quelques jours avant les élections municipales à Montréal, le magazine Maclean's publie son édition de novembre avec le titre «Corrompue, en ruine et criminalisée, Montréal est une honte» sur sa couverture.

  • Octobre 2009

    Québec annonce le déclenchement de l'Opération Marteau, une unité policière provinciale établie pour faire la lumière sur la corruption et la collusion dans le domaine de la construction.

  • Mars 2010

    L'ancien ministre de la Justice Marc Bellemare accuse le gouvernement libéral d'avoir accepté de généreuses contributions politiques visant à influencer les nominations de juges. Jean Charest déclenche la commission Bastarache pour faire la lumière sur ces allégations.

  • Mai 2010

    Le député libéral et ministre de la Famille Tony Tomassi est forcé de démissionner après la diffusion d'informations selon lesquelles il utilisait une carte de crédit fournie par la firme de sécurité BCIA, firme qui a conclu des contrats avec le gouvernement. M. Tomassi fait maintenant face à trois accusations au criminel.

  • Août 2010

    La firme d'ingénierie Axor se voit imposer des amendes pour avoir illégalement donné 150 000 $ aux trois plus importantes formations politiques du Québec, dont 113 000 $ aux libéraux.

  • Octobre 2010

    «Mafia Inc.», un livre des journalistes d'enquête André Noël et André Cédilot, révèle que jusqu'à 600 entreprises versent un montant d'argent à la mafia sur une base régulière pour être «protégées».

  • Octobre 2010

    Le Maclean's fait encore des vagues, cette fois en qualifiant le Québec de «province la plus corrompue au Canada». La couverture du magazine montre l'emblématique Bonhomme Carnaval tenant un porte-document débordant d'argent.

  • Novembre 2010

    La Fédération des travailleurs du Québec (FTQ) s'affiche en faveur d'une commission d'enquête publique sur la construction, laissant les libéraux de Jean Charest virtuellement seuls à s'y opposer.

  • Novembre 2010

    Les libéraux survivent à une motion de non-confiance à l'Assemblée nationale grâce à leur majorité. Le premier ministre reporte un voyage en France avec deux ministres pour s'assurer que son gouvernement ne tombe pas.

  • Janvier 2011

    La commission Bastarache conclut à l'absence de népotisme dans la nomination des juges au Québec.

  • Février 2011

    Sept personnes, dont une ex-mairesse de Boisbriand, des cadres d'entreprises de construction, un ingénieur et deux consultants, sont arrêtées dans le cadre de l'Opération Marteau. Ils sont accusés de fraude, d'extorsion, d'avoir proféré des menaces et d'abus de confiance.

  • Février 2011

    Québec annonce la création de l'Unité permanente anti-corruption, bâtie sur le modèle des services d'enquête de la ville de New York.

  • Septembre 2011

    La fuite du rapport explosif de Jacques Duchesneau, patron de l'Unité anticollusion, met le feu aux poudres. L'ancien chef de police conclut que le ministère des Transports est impuissant face à la collusion et que le crime organisé et les entreprises de construction sont responsables des coûts très élevés payés par l'État pour ses projets de construction. Une partie du magot serait ensuite transférée vers les caisses électorales des partis politiques, affirme le rapport Duchesneau.

  • Septembre 2011

    Après la comparution de Jacques Duchesneau devant une commission parlementaire, le gouvernement montre des signes d'ouverture à l'idée de déclencher une commission d'enquête en partie publique, en partie à huis clos.

  • Octobre 2011

    Jean Charest annonce la création d'une commission d'enquête sur l'industrie de la construction présidée par la juge France Charbonneau. Mais le fait que la commission ne relève pas de la loi sur les commission d'enquête et n'accorde pas l'immunité aux témoins suscite un tollé.

  • Octobre 2011

    Le gouvernement Charest complète son recul en annonçant que la commission Charbonneau aura tous les pouvoirs requis et relèvera de la loi sur les commissions d'enquête.

  • Février 2012

    Dans un message vidéo pré-enregistré, la juge France Charbonneau lance un appel aux Québécois afin qu'ils fournissent de l'information à sa commission.

  • 1er octobre 2012

    L'entrepreneur Lino Zambito affirme qu'une cote de 2,5% des contrats publics devait être remise à la mafia, et une autre de 3% au parti Union Montréal, de Gérald Tremblay.