POLITIQUE

Lino Zambito confronté à ses déclarations

16/10/2012 08:06 EDT | Actualisé 16/12/2012 05:12 EST
PC

L'ex-entrepreneur en construction Lino Zambito a terminé son témoignage et est présentement contre-interrogé devant la Commission d'enquête sur l'octroi et la gestion des contrats publics dans l'industrie de la construction.

L'avocat de l'Association des constructeurs de routes et grands travaux du Québec, Me Houle, a été le premier à contre-interroger M. Zambito.

Un peu plus tôt, le Parti libéral du Québec s'est vu accorder le statut de participant, mais ses questions devront se limiter au financement des partis politiques et aux questions relatives à l'octroi et à la gestion des contrats.

Radio-Canada.ca propose une couverture en direct des travaux de la commission Charbonneau.

La commissaire Charbonneau a en outre refusé que les avocats du PLQ interrogent M. Zambito sur le témoignage qu'il a livré sous interdit de publication les 3 et 4 octobre dernier, ce qui inclut les portions qui ont été rendues publiques depuis.

Le PQ a déjà le statut de participant à la commission, une décision motivée par le fait qu'il a exercé le pouvoir au cours de la période qui fait l'objet des travaux de la commission (1996-2011). La CAQ et Québec solidaire ont plutôt le statut d'intervenant.

Les participants ont la prérogative de contre-interroger directement les témoins; les intervenants doivent plutôt soumettre leurs questions aux procureurs de la commission, qui les posent en leur nom.

Devant la nature des révélations faites par M. Zambito, il est vraisemblable que sa crédibilité sera testée.

Fin du témoignage de Zambito

En début de journée, le procureur de la commission qui mène son interrogatoire, Me Denis Gallant, a notamment demandé à Lino Zambito des précisions sur certains aspects de son témoignage.

Il a notamment déposé des registres téléphoniques démontrant que M. Zambito parlait régulièrement à trois joueurs faisant partie d'un système de collusion à Montréal, soit Nicolo Milioto, de Mivela Construction, et les ingénieurs Luc Leclerc et Gilles Surprenant de la Ville de Montréal.

M. Zambito a aussi évoqué qu'il avait déjà participé une activité de financement organisée au profit de l'ex-chef péquiste André Boisclair. Il a acheté pour l'occasion un billet au coût de 1000 $, à la demande de Michel Lalonde du groupe Séguin.

Il a aussi évoqué une participation à deux autres activités de financement, cette fois pour l'ex-ministre libérale du Travail et députée d'Anjou Lise Thériault. Il s'agit d'un cocktail et d'un second événement pour lesquels il a payé chaque fois 1000 $ par chèque.

Zambito a aussi reconnu qu'il a prêté un tracteur Kubota au directeur général de l'arrondissement Saint-Laurent, Robert Fortin, en 2003, pour l'aider à se construire un chalet dans les Cantons-de-l'Est. M. Fortin a déjà plaidé coupable d'abus de confiance dans ce dossier.

La commissaire France Charbonneau a en outre demandé à Lino Zambito ce qu'il conviendrait de faire pour empêcher les entrepreneurs en construction de se livrer à de la collusion.

L'ex-entrepreneur a répondu que la Régie du bâtiment du Québec devrait avoir des lois plus sévères, que les villes devraient vérifier plus attentivement les antécédents des entrepreneurs qui présentent de soumissions et que le ministère des Transports du Québec devrait faire davantage appel à des ingénieurs à l'interne plutôt qu'à des firmes privées de génie.

L'ordonnance sur l'ordonnance est levée

L'ordonnance de non-publication qui empêchait de dire pourquoi une partie du témoignage de Lino Zambito livré les 3 et 4 octobre est sous le coup d'une ordonnance de non-publication a été levée.

L'ordonnance levée aujourd'hui avait été demandée par le Directeur des poursuites criminelles et pénales parce que des éléments de son témoignage touchent à des faits relatifs au dossier de la construction de l'usine d'épuration des eaux à Boisbriand pour lequel M. Zambito fait face à des accusations criminelles de collusion, de fraude et d'abus de confiance.

C'est Infrabec, l'ancienne compagnie de M. Zambito, qui avait obtenu le contrat de 28 millions de dollars.

Des révélations en série

Lundi, Lino Zambito a déclaré qu'au début des années 2000 les entrepreneurs versaient au maire de Laval, Gilles Vaillancourt, 2,5 % de la valeur des contrats accordés. Le maire a nié ces allégations plus tard en journée.

M. Zambito a raconté qu'après avoir obtenu un premier contrat, il a dû verser 25 000 $ comptant au maire Vaillancourt par l'intermédiaire de Marc Gendron, un employé de la firme de génie-conseil Tecsult. Cette firme a depuis été achetée par Aecom.

Lino Zambito dit par ailleurs avoir versé 30 000 $ en argent comptant à l'ex-organisateur libéral Pierre Bibeau dans la foulée d'une activité de financement organisée au profit de l'ex-ministre de l'Environnement du Québec Line Beauchamp, au printemps 2009. Pierre Bibeau a tenu à « dénoncer vivement » ces allégations plus tard en journée.

L'ex-propriétaire d'Infrabec a aussi épinglé Bruno Lortie, l'ex-directeur de cabinet de l'ex-ministre des Affaires municipales Nathalie Normandeau. Il a dit que ce dernier lui avait aussi réclamé 30 000 $ au profit de sa patronne en octobre 2009. L'affaire a avorté après que M. Zambito eut fait l'objet d'un reportage d'Enquête en octobre 2009.

Enfin, l'ex-entrepreneur a dévoilé des stratagèmes mis en place par les firmes de construction et de génie civil pour obtenir des contrats du ministère québécois des Transports.

Selon lui, neuf entrepreneurs qu'il a identifiés se partageaient une bonne partie des contrats de ce ministère dans la région de Montréal.

Lino Zambito a aussi établi un lien entre les firmes d'ingénierie et le financement des partis politiques. Il a précisé que les firmes d'ingénierie recevaient des « commandes » des partis politiques, et qu'elles se tournaient le plus souvent vers les entrepreneurs en construction pour y répondre.

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