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Les faits et gestes des accusés du 11-Septembre classés "top secret"

16/10/2012 12:33 EDT | Actualisé 16/12/2012 05:12 EST

Les débats sont entrés dans le vif du sujet mardi à Guantanamo au deuxième jour de l'audience des accusés des attentats du 11-Septembre, centrée sur la classification secret défense de tous leurs faits et gestes.

"Quelle information est en réalité classée secret défense ?", a demandé l'un des avocats James Connell. Comme "toutes les déclarations des accusés sont présumées contenir des informations top secret", parle-t-on aussi de "ce qu'ils vont avoir à manger à midi"?

La question a été posée en l'absence de trois des cinq accusés, qui ont choisi mardi de ne pas assister à l'audience, après y avoir été autorisés la veille par le juge militaire.

Cette audience, la première depuis la mise en accusation des cinq hommes en mai, est destinée à préparer le procès "du siècle", selon les experts, qui ne s'ouvrira pas avant un an sur la base navale américaine, située à Cuba, à des milliers de kilomètres de Manhattan où le président Barack Obama voulait initialement les juger.

Le Pakistanais Khaled Cheikh Mohammed, le "cerveau" des attentats les plus meurtriers de l'histoire américaine, qui les a revendiqués "de A à Z", était absent du tribunal mardi, ainsi que son neveu Ammar al-Baluchi et le Saoudien Moustapha al-Houssaoui.

Seuls les Yéménites Walid Ben Attach et Ramzi ben al-Chaïba, vêtus de tuniques blanches traditionnelles et coiffés de turbans, beige pour le premier et rouge pour le second, ont fait acte de présence.

Le juge James Pohl les avait autorisés la veille à se faire excuser.

Le colonel Pohl leur a aussi accordé mardi le droit de porter les attraits de leur choix à l'audience, à l'exception des uniformes de la US Navy ou de tenues "incompatibles avec leur statut de prisonniers".

Une polémique avait surgi en juin à Guantanamo quand le directeur de la prison leur avait interdit de porter un treillis paramilitaire, la célèbre combinaison orange ou une veste afghane traditionnelle, craignant que ces vêtements ne deviennent un outil de propagande.

Estimant que cette interdiction n'était fondée que sur "un avis personnel" du directeur, le juge a autorisé M. Mohammed à se présenter devant lui vêtu de la tenue de camouflage qu'il portait sur le champ de bataille en Bosnie et en Afghanistan contre l'occupation soviétique.

Une dizaine de proches des victimes du 11-Septembre assistaient aux échanges derrière une paroi vitrée, où les mots leur parviennent avec 40 secondes de différé. Ce délai permet à un censeur de bloquer toute déclaration jugée sensible.

La défense, soutenue par 14 médias et l'organisation américaine de défense des libertés (Aclu), proteste contre cette censure et réclame la transparence des débats.

"Quel rôle joue la présomption de classification", un système selon lequel toutes les déclarations des accusés sont considérées "top secret" ?, a encore demandé Me Connell, avocat de M. Baluchi, qui réclame de mettre fin à ce système.

En jeu, les mauvais traitements assimilés à de la torture que les accusés ont endurés lors de leur détention dans des prisons secrètes avant leur transfert à Guantanamo en 2006.

"Comme les accusés ont été détenus et interrogés selon le programme de la CIA, ils ont été exposés à des sources, des méthodes et des activités classifiées (...) et sont en position de révéler cette information publiquement", argue le gouvernement américain, qui réclame "une ordonnance conservatoire" pour maintenir le caractère secret des déclarations des accusés au nom de la sécurité nationale.

La procureure Joanna Baltes a estimé que "l'ordonnance que le gouvernement veut est presque la même" que dans le système judiciaire de droit commun.

Kevin Bogucki, avocat de M. al-Chaïba, a parlé de "l'immense parapluie" qui vise à dissimuler "tous les souvenirs et le passé" des accusés. Il a évoqué une note rédigée par son client qui a mis deux mois pour lui revenir estampillée par la censure.

"Je ne peux même pas dire aux enfants de mon client: votre père veut que vous obéissiez à votre mère", a-t-il protesté.

Onze des 25 recours qui doivent être examinés au cours des cinq jours d'audience, seront consacrés peu ou prou à la censure.

chv/are

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