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Langues officielles: des plaintes au sujet de l'impact des coupes budgétaires

16/10/2012 10:33 EDT | Actualisé 16/12/2012 05:12 EST

OTTAWA - Les compressions budgétaires du gouvernement Harper ont d'ores et déjà mené au dépôt de plaintes au Commissariat des langues officielles, a indiqué mardi le commissaire Graham Fraser qui craint que le bilinguisme ne soit malmené.

Ainsi, certains fonctionnaires craindraient de faire valoir leur droit de travailler dans la langue de leur choix, ou encore évitent carrément de parler anglais ou français au travail, a-t-il rapporté.

Et cela, par crainte d'être ciblés et de perdre leur emploi dans le cadre du complexe processus d'abolition de 19 000 postes dans la fonction publique fédérale, une des mesures choisies par le gouvernement pour réaliser les compressions budgétaires.

Ce processus cause un stress énorme à bon nombre de fonctionnaires qui se retrouvent en compétition avec leurs collègues pour conserver leur boulot. Dans un tel contexte, plusieurs préfèrent se taire plutôt que de faire valoir leurs droits linguistiques et courir le risque d'être qualifiés de trouble-fête.

Le droit des Canadiens d'être servis dans la langue de leur choix pourrait aussi pâtir, selon le commissaire Fraser.

Il a aussi relevé dans son rapport annuel 2011-2012 que certaines organisations ont décidé de centraliser les services à l'extérieur des régions désignées comme bilingues, ce qui peut diminuer les services offerts à la population en anglais et en français, en plus de fragiliser le droit des fonctionnaires d'avoir un environnement de travail dans les deux langues.

Sans vouloir préciser le nombre de plaintes reçues à ce jour, M. Fraser a souligné que la situation l'inquiète.

Mais il n'a toutefois pas mis l'accent sur cet aspect dans son rapport 2011-2012.

Il avait pourtant fait une sortie l'an dernier pour lancer un avertissement au gouvernement avant que le processus de mises à pied ne soit entamé.

Mardi, M. Fraser a évité de se lancer dans des statistiques ou de grandes conclusions.

«Je ne veux pas m'aventurer parce qu'on continue de les recevoir (les plaintes) et on continue à recevoir aussi des indications de certains employés qui se sentent brimés dans leurs droits et qui hésitent à même utiliser le français et qui seront davantage réticents à déposer une plainte», a expliqué M. Fraser.

«L'impact pourrait être considérable», a-t-il toutefois déclaré.

M. Fraser s'est aussi aventuré sur un terrain délicat en commentant — en réponse à un journaliste — le projet évoqué dans les rangs péquistes d'étendre la Loi 101 aux cégeps. Il se dit inquiet de l'impact qu'une telle décision pourrait avoir sur des institutions qui sont très importantes en situation minoritaire.

Il croit de plus que la nouvelle ministre de l'Éducation péquiste, Marie Malavoy, est «dans l'erreur» lorsqu'elle a récemment qualifié l'anglais de «langue étrangère».

Par ailleurs, son rapport fait état qu'Air Canada continue de faire l'objet de plaintes de voyageurs qui ne réussissent pas à se faire servir dans la langue de leur choix, même si elles sont moins nombreuses cette année. Elles sont passées de 71 en 2008-2009 à 26 en 2011-2012.

On ne peut toutefois conclure de ces chiffres que le service s'est amélioré, mais seulement que moins de voyageurs ont porté plainte. C'est le service en français qui fait la plupart du temps défaut, bien que des anglophones aient aussi porté plainte auprès du commissaire.

M. Fraser a également indiqué que plusieurs citoyens n'ont pas été en mesure de se faire servir dans la langue officielle de leur choix le jour du scrutin, lors des dernières élections fédérales. Il y a eu 26 plaintes au sujet du scrutin du 2 mai 2011.

Le chien de garde des langues officielles reconnaît la difficulté d'Élections Canada à recruter du personnel bilingue, mais juge que les efforts doivent être faits compte tenu de l'importance de l'exercice du vote.

Selon le Nouveau Parti démocratique (NPD), le rapport de M. Fraser démontre que le gouvernement n'accorde pas assez d'importance au bilinguisme.

«Il parle encore d'Air Canada, il parle encore de Parcs Canada. Ça ne change pas, là», déplore le porte-parole du NPD en matière de langues officielles, Yvon Godin.

Quant à la controversée nomination du vérificateur général unilingue anglophone, Michael Ferguson, elle a donné lieu à un nombre important de plaintes, soit 43.

«La controverse entourant ces nominations (celles de M. Ferguson et celle d'un juge unilingue à la Cour suprême) a démontré que les Canadiens, les francophones comme les anglophones, ont des attentes plus grandes, estime M. Fraser. La barre a été élevée. Les Canadiens s'attendent à ce que les responsables seniors au pays soient bilingues.»

Et pour satisfaire à la fois à la demande de travailleurs bilingues et par ricochet assurer un plus grand respect de la loi sur les langues officielles, le commissaire recommande au gouvernement d'augmenter le financement pour accroître le nombre d'échanges linguistiques pour les étudiants. Il suggère d'ailleurs que les universités proposent des cours dans la langue seconde de la minorité linguistique de la province afin de favoriser l'apprentissage.

«Moi je dis à Graham Fraser: de quoi je me mêle dans cette situation-là? Je pense que le gouvernement du Québec est capable de prendre en main la destinée du français et de l’anglais au Québec», a vivement critiqué le chef bloquiste Daniel Paillé.

Cette année, 518 plaintes ont été déposées au commissariat.

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