NOUVELLES

Les Cambodgiens en deuil de l'ex-roi Norodom Sihanouk

15/10/2012 01:44 EDT | Actualisé 15/12/2012 05:12 EST

PHNOM PENH, Cambodge - De son couronnement à l'âge de 19 ans en passant par le régime des Khmers rouges, jusqu'à son abdication en 2004, l'ancien roi du Cambodge, Norodom Sihanouk, mort lundi à l'âge de 89 ans en Chine, a épousé le destin tumultueux de son pays pendant plus d'un demi-siècle.

Vénéré par ses compatriotes, symbole de l'unité du pays, Norodom Sihanouk a été premier ministre, avant de devenir un monarque implacable, un héros de l'indépendance, proche puis victime des Khmers rouges, tout en menant une vie d'excentrique.

Contraint d'abdiquer en 2004 en raison de problèmes de santé, l'ancien roi du Cambodge est mort de causes naturelles à Pékin, où il était soigné depuis janvier, a précisé le porte-parole du gouvernement cambodgien, Khieu Kanharith.

Son fils et successeur, le roi Norodom Sihamoni, s'est immédiatement rendu en Chine, accompagné du premier ministre Hun Sen, pour récupérer la dépouille de son père défunt. Les drapeaux ont été mis en berne sur les bâtiments officiels du Cambodge.

Khieu Kanharith a annoncé qu'une semaine de deuil national serait décrétée à partir de mercredi, jour du retour de la dépouille de l'ancien roi au Cambodge. Il devrait être incinéré d'ici trois mois, selon la tradition bouddhiste.

Qualifiant son décès de «lourde perte pour le Cambodge», le prince Sisowath Thomico, neveu et ancien conseiller du roi Sihanouk, a déclaré que l'ex-monarque avait consacré sa vie «au bien-être de sa nation entière, de son pays et du peuple cambodgien».

En ce jour férié au Cambodge, la capitale, Phnom Penh, semblait calme lundi. Parmi les personnes endeuillées, Yos Sekchantha, 67 ans, a expliqué les larmes aux yeux qu'elle priait pour le repos de l'âme de Norodom Sihanouk. «Je ne connais pas grand-chose à la politique, mais le roi-père était vraiment un bon dirigeant, qui se préoccupait de son pays et de son peuple», a-t-elle dit.

Souffrant notamment d'un cancer du côlon, de diabète et d'hypertension, Sihanouk avait manifesté le souhait d'être incinéré et que ses cendres soient déposées dans une urne, de préférence en or, placée dans un monument funéraire bouddhiste dans l'enceinte du Palais royal de Phnom Penh.

Les autorités cambodgiennes s'attendent à ce que plus de 100 000 personnes se massent le long de la route entre l'aéroport et le palais royal pour assister à l'arrivée du cercueil.

La plupart des Cambodgiens sont trop jeunes pour avoir connu ce roi, éclipsé par le véritable homme fort du régime, le premier ministre Hun Sen, au pouvoir depuis près de 20 ans.

Né le 31 octobre 1922, Sihanouk a connu une enfance choyée en Indochine, alors colonie française. C'est Paris qui l'installe sur le trône en 1941. Il est alors jugé plus malléable et influençable que les héritiers directs de la couronne. Après l'indépendance du pays, Sihanouk démissionne en 1955, mais il reste malgré tout présent à la tête de l'État.

Chassé du pouvoir par un coup d'État soutenu par Washington en 1970, il part en exil en Chine. Il rentre au pays et accepte de coopérer avec les Khmers rouges, en leur donnant une forme de légitimité auprès du peuple, un épisode que certains ne lui ont toujours pas pardonné.

Pourtant, Sihanouk a lui même subi le génocide perpétré de 1975 à 1979 par le régime des Khmers rouges, avec la mort de cinq de ses enfants et son emprisonnement. Condamné à mort, il ne doit la vie qu'à l'intervention du dirigeant chinois Zhou Enlai.

De nouveau contraint à l'exil en Chine puis en Corée du Nord, il retrouve son pays et le trône en 1993, au cours d'une cérémonie traditionnelle khmère.

PLUS:pc