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La Corée du Sud lève l'interdiction qui pesait sur un roman du marquis de Sade

15/10/2012 05:49 EDT | Actualisé 15/12/2012 05:12 EST

PARIS - Même si la mort du marquis de Sade remonte à près de deux siècles, l'écrivain français n'a toujours pas perdu son talent pour susciter des controverses.

La Corée du Sud a récemment levé une interdiction qui pesait depuis un mois sur son roman «Les 120 journées de Sodome» après que la commission responsable de la censure dans le pays eut consenti à réévaluer le sulfureux récit.

Écrit à Paris en 1785 mais seulement publié au début du XXe siècle, le livre met en scène quatre riches Français qui s'enferment avec d'innocentes victimes dans un château pour s'adonner à un hiver de perversions allant des orgies au viol, en passant par la pédophilie.

La traduction coréenne du bouquin est arrivée en librairie au mois d'août, soit plus de 220 ans après la rédaction du manuscrit original. «Les 120 journées de Sodome», qui a été accusé par Séoul de susciter une «excitation trop violente», a été banni le 6 septembre par la Commission sur l'éthique des publications du pays et retiré des tablettes.

Certains résidants de la capitale sud-coréenne ont également signé une pétition contre le roman, qui comprend des scènes d'inceste et de cruauté envers les animaux, en raison de son contenu à caractère sexuel et obscène.

L'éditeur ayant provoqué un tollé au nom de la liberté d'expression, la Commission a accepté de se pencher de nouveau sur «Les 120 journées de Sodome». Lors d'une rencontre avec des écrivains et des universitaires sud-coréens, elle a reconnu la valeur littéraire du livre et annulé sa précédente décision le 11 octobre.

Un représentant de la Commission, Jang Tag-Hwan, a déclaré lundi que l'organisation avait décidé que le texte, écrit par le marquis alors qu'il était emprisonné à la Bastille, explorait aussi les aspects moins reluisants mais néanmoins réels de la nature humaine et tentait de fouiller le côté obscur de l'avidité des hommes.

Selon un spécialiste français de la littérature du XVIIIe siècle, la courte mise au ban du bouquin témoigne de la force des écrits de Donatien Alphonse François de Sade.

«Cette interdiction décrétée par la Corée du Sud longtemps après l'écriture du roman montre sa force, sa puissance morale et sexuelle», a affirmé Jean M. Goulemot, qui a souligné au passage que «Les 120 journées de Sodome» avait déjà été interdit aux États-Unis et même en France. «Mais aujourd'hui, nous devons nous demander de quoi nous avons peur exactement.»

Depuis les dernières années, les oeuvres du marquis de Sade, dont le nom est à l'origine des mots «sadisme» et «sadique», ont été traduites dans plusieurs langues et fréquemment censurées.

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