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Guantanamo: retour des accusés du 11-Septembre devant la justice militaire

15/10/2012 10:40 EDT | Actualisé 15/12/2012 05:12 EST

Les accusés du 11-Septembre ont comparu lundi devant la justice militaire d'exception à Guantanamo, qui doit déterminer si le secret qui plane sur leurs déclarations, portant notamment sur les tortures qu'ils disent avoir subies, doit être levé.

Le Pakistanais Khaled Cheikh Mohammed, alias KSM, qui a revendiqué "de A à Z" les attaques de 2001, est apparu un turban blanc sur la tête, lisant de temps à autre un journal, en caressant son épaisse barbe teinte au henné.

Assis à distance les uns des autres, ses co-accusés, les Yéménites Walid Ben Attach et Ramzi ben al-Chaïba, le Saoudien Moustapha al-Houssaoui et le Pakistanais Ammar al-Baluchi, un neveu de KSM, étaient tous vêtus de tuniques traditionnelles et coiffés de turbans ou de coiffes blanches.

Après une tentative avortée de les juger en 2008, KSM et ses acolytes, qui encourent la peine de mort pour le meurtre de 2.976 personnes le 11 septembre 2001, ont été formellement mis en accusation en mai lors d'une audience de treize heures au cours de laquelle ils ont défié la justice militaire par leur mutisme et leurs prières.

Les cinq hommes, considérés comme des détenus "de grande valeur" à Guantanamo, avaient refusé de porter un casque de traduction simultanée. C'est donc avec son interprète à ses côtés que le Saoudien Houssaoui a accepté de répondre aux questions du juge James Pohl, au début de l'audience. Barbe noire et lunettes, le Saoudien s'est contenté, après avoir invoqué "le nom d'Allah", de donner celui de l'avocat civil dont il voulait désormais s'entourer.

Cette nouvelle audience vise à préparer le procès qui ne devrait pas se tenir avant un an. Initialement programmée en juin, elle avait déjà été retardée à plusieurs reprises et la semaine dernière, James Pohl a refusé de la reporter à nouveau à la demande des avocats qui dénoncent la présence de rats, de moisissure et d'excréments de rongeurs dans les bureaux dans lesquels ils s'entretiennent avec leurs clients.

Vêtue d'un hijab, par respect pour son client ben Attach, l'avocate américaine Cheryl Bormann a à nouveau abordé la question lundi, assurant que les conditions dans ces espaces de travail "rendaient le personnel malade".

L'audience, qui doit se dérouler sur cinq jours, sera centrée sur le secret que le gouvernement veut maintenir sur les déclarations des accusés, en raison des tortures et des mauvais traitements qu'ils ont subis pendant leur détention dans des prisons de la CIA.

Le gouvernement invoque la sécurité nationale pour réclamer une "ordonnance conservatoire".

De son côté, la défense, soutenue par 14 médias et l'association de défense des libertés civiles Aclu, demande au juge d'assurer la publicité et la transparence des débats.

Onze des 25 recours qui doivent être examinés seront consacrés peu ou prou à la censure et à la classification de tout ce qui concerne les accusés.

Avant leur transfert à Guantanamo en 2006, les cinq membres présumés d'al-Qaïda ont été incarcérés dans des prisons de la CIA où il est de notoriété publique qu'ils ont subi des tortures.

"Le gouvernement a déclassifié le fait que M. Mohammed a été soumis à des techniques d'interrogatoire musclées après sa capture et à un traitement sévère, y compris 183 séances de simulation de noyade", a déclaré le capitaine Jason Wright, l'avocat de KSM, regrettant que le gouvernement cherche désormais à revenir en arrière.

"Les méthodes de notre gouvernement ne sont pas un livre ouvert", a estimé de son côté le procureur en chef, le général Mark Martins.

Pour James Connell, défenseur civil de M. Baluchi, il est évident que la censure que le gouvernement veut imposer ici montre son "embarras sur les erreurs qui ont été faites" pendant les 4 ans et demi où les accusés étaient détenus au secret dans les "trous noirs" de la CIA.

Quatorze organes de presse et l'Aclu protestent contre le différé de 40 secondes imposé systématiquement lors des débats à Guantanamo. Ce délai permet à un censeur de brouiller la retransmission des informations sensibles, y compris pour les journalistes et le public qui suivent l'audience derrière une paroi vitrée.

chv/mdm

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