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Guantanamo: les accusés du 11-Septembre sortent de leur mutisme

15/10/2012 05:30 EDT | Actualisé 15/12/2012 05:12 EST

Les accusés des attentats du 11-Septembre sont sortis de leur mutisme lundi pour leur retour devant la justice militaire d'exception à Guantanamo, qui doit statuer sur le secret qui entoure les tortures endurées pendant leur détention.

Cette audience vise à préparer le procès qui ne devrait pas s'ouvrir avant un an à Guantanamo, après onze années de rebondissements depuis les attentats et la vaine tentative de l'administration de Barack Obama de l'organiser devant un tribunal de Manhattan.

"Je ne pense pas qu'il y ait une quelconque justice dans ce tribunal", a dénoncé Khaled Cheikh Mohammed, qui a revendiqué les attaques "de A à Z".

Vêtu d'une tunique blanche, coiffé d'un turban et portant une épaisse barbe teinte au henné, M. Mohammed, alias KSM pour ses initiales en anglais, répondait aux questions du juge militaire, sur ses droits à se soustraire aux débats.

Assis sans entrave sur des bancs séparés, mais chuchotant de temps en temps entre eux pendant les cinq heures d'audience, ses co-accusés, les Yéménites Walid Ben Attach et Ramzi ben al-Chaïba, le Saoudien Moustapha al-Houssaoui et le Pakistanais Ammar al-Baluchi étaient vêtus de tuniques traditionnelles et de turbans ou coiffes blanches sur la tête.

L'un d'eux a déroulé son tapis de prière pendant une suspension d'audience, pendant que neuf proches des victimes des attentats assistaient à la scène derrière une paroi vitrée.

Ces détenus "de grande valeur", incarcérés à Guantanamo dans des conditions d'extrême sécurité, ont marqué leur première apparition devant la justice en cinq mois par une participation plus active que lors de la lecture de l'acte d'accusation le 5 mai.

Après une tentative avortée de les juger en 2008, KSM et ses acolytes avaient alors défié le juge James Pohl par leur refus obstiné de répondre aux questions.

KSM, 47 ans, qui a fait des études aux Etats-Unis et parle couramment l'anglais, a choisi de répondre en arabe lundi, à la différence de son neveu M. al-Baluchi.

Ce dernier, également appelé Ali Abdoul Aziz Ali, a répondu avec humour qu'il "ferait en sorte de laisser des notes" dans sa cellule de Guantanamo, lorsque le juge lui demandait s'il comprenait que la procédure le concernant se poursuivrait en cas d'évasion de la prison.

"S'échapper de prison?", a demandé, l'air perplexe, M. al-Chaïba, également en anglais.

Barbe noire et lunettes, le Saoudien Houssaoui, accusé d'être le financier du complot du 11-Septembre, a pour sa part précisé qu'il avait été prévenu de la tenue d'une audience "aujourd'hui, une heure avant de partir".

Accédant à une demande de la défense, le juge a autorisé les accusés à se faire excuser et à ne pas assister aux débats, mais ils doivent "comprendre leurs droits et leurs options", a-t-il souligné.

Le colonel Pohl a pris cette décision, effective dès mardi, après un bref bras de fer avec un avocat qui désirait "parler de la torture" endurée par les accusés pendant quatre ans et demi.

Le capitaine Michael Schwartz, défenseur militaire de M. Ben Attach, un proche d'Oussama ben Laden qui dirigeait le camp d'entraînement d'Afghanistan où deux des pirates de l'air ont été formés, a estimé qu'il fallait parler des "intimidations physiques et émotionnelles" pour décider de leur présence ou absence au tribunal. Mais le juge s'y est opposé catégoriquement, refusant d'entendre "un argument sans fondement".

Avec 11 des 25 recours consacrés à la censure, l'audience, qui doit s'étaler sur cinq jours, sera centrée sur le secret que le gouvernement veut maintenir sur les déclarations des accusés, en raison de mauvais traitements assimilés à de la torture qu'ils ont subis dans des prisons de la CIA.

Le gouvernement invoque la sécurité nationale tandis que la défense, soutenue par 14 médias et l'association de défense des libertés civiles Aclu, demande la publicité et la transparence des débats.

Cette audience, initialement programmée en juin, a été retardée plusieurs fois. La semaine dernière, le juge a refusé de la reporter à la demande des avocats qui dénonçaient la présence de rats, de moisissure et d'excréments de rongeurs dans les bureaux où ils s'entretiennent avec leurs clients.

chv/are

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