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Guantanamo: le secret imposé aux accusés du 11-Septembre au coeur des débats

15/10/2012 08:24 EDT | Actualisé 15/12/2012 05:12 EST

Les accusés du 11-Septembre comparaissent lundi devant la justice militaire d'exception à Guantanamo, qui doit déterminer si le secret qui plane sur leurs déclarations, portant notamment sur les tortures qu'ils disent avoir subies, doit être levé.

L'architecte auto-proclamé des attentats du 11 septembre 2001, le Pakistanais Khaled Cheikh Mohammed, alias KSM, et de ses quatre co-accusés comparaissent sur la base américaine de Guantanamo pour la première fois depuis leur mise en accusation en mai.

Au cours de cette nouvelle audience, qui doit durer cinq jours, le juge militaire James Pohl devra déterminer s'il soumet au secret toutes leurs déclarations au nom de la sécurité nationale, comme le demande le gouvernement, ou s'il assure la publicité et la transparence des débats comme le réclame la défense, soutenue par 14 médias et une association de défense des libertés civiles.

Avant leur transfert à Guantanamo en 2006, le Pakistanais Khaled Cheikh Mohammed, alias KSM, qui a revendiqué "de A à Z" les attaques de 2001, et ses quatre acolytes, ont été incarcérés dans des prisons secrètes de la CIA où il est de notoriété publique qu'ils ont subi des tortures.

"Le gouvernement a déclassifié le fait que M. Mohammed a été soumis à des techniques d'interrogatoire musclées après sa capture et à un traitement sévère, y compris 183 séances de simulation de noyade", a déclaré le capitaine Jason Wright, l'avocat de KSM, regrettant que le gouvernement cherche désormais à revenir en arrière.

Onze des 25 recours qui doivent être examinés seront consacrés peu ou prou à la censure et à la classification de tout ce qui concerne les cinq détenus "de grande valeur" en vue de leur procès, qui ne s'ouvrira pas avant un an.

"Les méthodes de notre gouvernement ne sont pas un livre ouvert", a estimé de son côté le procureur en chef, le général Mark Martins. Les accusés, qui sont détenus "légalement", ont connaissance de sources d'informations et de méthodes du gouvernement que nous ne pouvons pas nous "permettre de révéler au grand public", a-t-il ajouté lors d'une conférence de presse dimanche soir.

L'"ordonnance conservatoire", que le gouvernement demande au juge de prendre, reviendrait à imposer le secret sur "les connaissances, les pensées et le passé" des accusés, pointe pour sa part Hina Shamsi, l'avocate de l'Union américaine de défense des libertés civiles (Aclu) qui doit plaider devant le tribunal.

Pour James Connell, défenseur civil du Pakistanais Ammar al-Baluchi, un neveu de KSM, il est évident que la censure que le gouvernement veut imposer ici montre son "embarras sur les erreurs qui ont été faites" pendant les 4 ans et demi où les accusés étaient détenus au secret dans les "trous noirs" de la CIA.

Pour preuve, l'audience commencera par une séance à huis clos, croit savoir l'avocat, qui martèle que "le gouvernement n'est pas propriétaire de la voix de ceux qu'il a emprisonnés".

"C'est une absolue nécessité" pour la défense de s'emparer de cette question au moment où les cinq hommes encourent la peine capitale pour le meurtre de 2.976 personnes le 11 septembre 2001 , a renchéri James Harrington, l'avocat du Yéménite Ramiz ben al-Chaïba.

Quatorze organes de presse et l'Aclu protestent contre le différé de 40 secondes imposé systématiquement lors des débats à Guantanamo. Ce délai permet à un censeur de brouiller la retransmission des informations sensibles, y compris pour les journalistes et le public qui suivent l'audience derrière une paroi vitrée.

Parmi les autres questions que devra trancher le juge, il devra décider si les accusés sont tenus d'assister aux débats ou s'ils sont autorisés à porter une combinaison orange, un treillis paramilitaire ou une tenue traditionnelle pakistanaise, que l'accusation leur a interdits, les accusant de faire ainsi de la propagande.

chv/jca

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