NOUVELLES

11-Sept: les cinq accusés de retour devant le tribunal militaire de Guantanamo

15/10/2012 04:42 EDT | Actualisé 15/12/2012 05:12 EST

GUANTANAMO, Cuba - Cinq détenus de Guantanamo accusés pour les attentats du 11 septembre 2001 étaient de retour devant le tribunal militaire lundi, renonçant à leur mouvement de protestation qui avait transformé la précédente audience en spectacle de 13 heures.

Mais l'apparente coopération de Khalid Cheikh Mohammed, considéré comme le cerveau du pire attentat perpétré sur le territoire des États-Unis, et de ses quatre coaccusés, n'a pas permis d'accélérer les procédures, empêtrées dans un bourbier juridique et politique depuis des années.

Khalid Cheikh Mohammed, la barbe teinte au henné et coiffé d'un turban, a bien fait comprendre son profond dédain pour les procédures en cours, en affirmant: «Je ne crois pas qu'il y ait de justice dans cette cour».

Les avocats de la défense ont passé des heures à faire valoir que leurs clients ne devraient pas être obligés d'assister aux audience préliminaires, affirmant que cela leur rappelait des souvenirs des mauvais traitements subis durant leur détention dans les prisons secrètes de la CIA.

Les cinq accusés sont restés tranquillement assis à la table de la défense, sous la surveillance étroite de gardiens militaires et de plusieurs proches des victimes des attentats, à la base militaire américaine de Guantanamo, à Cuba.

Tous les accusés semblaient coopérer avec leurs avocats, dans une salle de haute technologie spécialement conçue pour censurer une partie des débats afin que les spectateurs placés derrière une vitre n'entendent pas la diffusion d'informations classifiées.

Le déroulement ordonné de l'audience de lundi contrastait avec la mise en accusation formelle des cinq hommes en mai pour meurtres et terrorisme. Lors de l'audience, l'un des détenus avait dû être maîtrisé brièvement parce qu'il faisait des pitreries, tandis qu'un autre s'était lancé dans une diatribe incohérente. Les cinq accusés avaient ignoré le juge et refusé d'utiliser le système de traduction de la cour. À un certain moment, deux d'entre eux s'étaient levés pour prier.

L'avocat Jim Harrington, qui représente Ramzi Binalshibh, accusé d'avoir fourni un soutien aux pirates de l'air du 11 septembre 2001, a déclaré à la cour que les accusés pourraient vouloir boycotter les prochaines audiences parce qu'ils ne reconnaissent pas l'autorité du gouvernement des États-Unis, ou parce que leur transport de leur cellule à la salle de cour pourrait leur rappeler les mauvais traitements subis lors de leur détention par la CIA avant leur arrivée à Guantanamo, en septembre 2006.

Les procureurs voulaient que les cinq hommes assistent à toutes les audiences préliminaires. Mais le juge, le colonel James Pohl, a statué que Khalid Cheikh Mohammed et ses coaccusés pouvaient ne pas assister aux audiences qui se dérouleront jusqu'à la fin de la semaine. Le juge a toutefois souligné que les accusés pourraient être forcés d'assister aux prochaines audiences préliminaires et qu'ils devront être présents à leur procès, qui doit commencer d'ici un an environ.

Le juge a questionné chaque accusé individuellement pour s'assurer qu'ils comprenaient bien les conséquences de leur absence lors des audiences préliminaires. Khalid Cheikh Mohammed a répondu brutalement par un «oui» en arabe, avant de faire son unique déclaration de la journée au sujet de la cour et de la justice.

Le juge a déclaré aux accusés que le procès irait de l'avant sans eux s'ils devaient s'enfuir d'une façon ou d'une autre, une idée qui a suscité un sourire d'incrédulité de Ramzi Binalshibh. «Que je m'échappe de la détention?», a-t-il demandé en anglais.

La même question a provoqué le sarcasme d'Ali Abd al-Aziz Ali, un Pakistanais accusé d'avoir fourni de l'argent aux terroristes. «Je m'assurerai de laisser des notes», a-t-il lancé en anglais.

Les audiences de cette semaine sont en partie consacrées aux règles de sécurité imposées aux prisonniers, notamment l'interdiction qui leur est faite de révéler publiquement les traitements qu'ils ont subis lors de leur détention dans les prisons secrètes de la CIA à l'étranger.

Les procureurs ont demandé au juge d'approuver une mesure visant à empêcher la diffusion d'informations classifiées durant le procès.

Les avocats de la défense estiment que les règles de sécurité proposées nuiront à la défense des accusés. L'American Civil Liberties Union (ACLU), qui conteste les règles de sécurité imposées aux détenus, affirme que ces restrictions sont trop larges et empêcheront le public de savoir ce que les accusés ont à dire au sujet de leur captivité.

«Ce que nous contestons, c'est la censure du témoignage des accusés basé sur leur connaissance personnelle de la torture et de leur détention», a déclaré Hina Shamsi, une avocate de l'ACLU.

La mesure proposée, également contestée par une coalition de médias dont fait partie l'Associated Press, est trop large «parce qu'elle considère la connaissance personnelle des détenus, leurs pensées et leur expérience comme des informations classifiées», a expliqué Hina Shamsi.

Le gouvernement américain a déjà reconnu qu'avant leur transfert à Guantanamo, les détenus avaient été soumis à des «techniques d'interrogatoire renforcées», qui comprennent notamment la simulation de noyade.

Les avocats de la défense ont indiqué que ces mauvais traitements constitueraient la base de la défense des accusés, mais que les règles proposées limitent leur capacité à défendre leur position devant la cour et l'opinion publique.

«C'est une méthode par laquelle le gouvernement peut cacher ce qu'il a fait à ces hommes durant la période de détention par la CIA», a déclaré le capitaine Jason Wright, un avocat nommé par le Pentagone pour représenter Khalid Cheikh Mohammed. «Je crois que nous devons faire la lumière sur ces questions.»

Le procès ne pourra avancer tant que le juge n'aura pas pris sa décision sur ces règles de sécurité. La décision pourrait ne pas être annoncée cette semaine.

Les proches des victimes du 11 septembre 2001 qui assistent aux audiences de cette semaine à Guantanamo ont été choisis par un tirage. Les autres proches et le public peuvent assister à la retransmission des procédures à New York, dans le New Jersey, le Massachusetts et le Maryland.

PLUS:pc