Étude : la SRC serait trop centré sur le Québec et ne remplirait pas son mandat

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OTTAWA - Une critique de longue date du «Québec-centrisme» des services d'information de langue française de Radio-Canada a refait surface alors que le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) examine la demande de renouvellement de licence du diffuseur d'État.

Le sénateur Pierre de Bané, un ancien ministre au sein du gouvernement Trudeau, a commandé une étude exhaustive qui laisse supposer que les téléspectateurs québécois pourraient être exposés à une «vision non représentative de la réalité canadienne».

Un échantillon de bulletins du «Téléjournal» datant de 2010, recueilli par un chercheur de l'Université Carleton, a permis de découvrir que 42 pour cent des nouvelles se concentraient sur le Québec, un tiers des nouvelles touchaient plutôt la scène internationale, et que seuls 20 pour cent s'attardaient aux nouvelles «nationales» canadiennes.

Les nouvelles régionales se concentrant sur les 11 autres provinces et territoires représentaient moins de six pour cent du contenu du «Téléjournal» sur une période d'un mois.

En comparaison, l'émission «The National», diffusée sur les ondes de la CBC, consacrait 37 pour cent de sa programmation aux nouvelles nationales, 36 pour cent aux événements internationaux et les 27 pour cent restants aux provinces et territoires.

Et avec pratiquement autant de journalistes au sein du Service français que dans l'ensemble du réseau anglais de la Société d'État, M. De Bané dit être incapable de comprendre pourquoi «Le Téléjournal» et Radio-Canada ne couvrent pas davantage l'ensemble du pays.

La société de la Couronne confirme qu'au mois d'août, la CBC disposait de 687 «postes reliés à la transmission de nouvelles», dont 43 au Québec, alors que Radio-Canada en comptait 604, dont 377 au Québec.

«Les conclusions de cette étude portent à croire qu'il existait un déséquilibre criant dans la couverture de l'édition nationale du «Téléjournal» de Radio-Canada des différentes régions géographiques du Canada en 2010», conclut l'auteur de l'étude commandée par le sénateur De Bané, Vincent Raynauld, un docteur en journalisme et en communications de l'Université Carleton.

«Les Canadiens syntonisant l'édition nationale du "Téléjournal" sont généralement exposés à une vision partiale et potentiellement non représentative de la réalité canadienne», est-il écrit dans le rapport.

Dans un document déposé auprès du CRTC, M. De Bané affirme que Radio-Canada ne répond pas au mandat qui lui est attribué dans la Loi sur la radiodiffusion, soit de «refléter le Canada et ses régions au public national et régional», pas plus qu'il ne contribue à «partager la conscience et l'identité», tel que stipulé dans la loi.

Angus McKinnon, le directeur des communications corporatives pour CBC/Radio-Canada, affirme que la société d'État discutera des arguments du sénateur devant le CRTC.

Il a toutefois souligné que Radio-Canada avait des employés dans 19 communautés à travers le Canada, de Vancouver à Halifax.

«Utiliser un seul programme, le "Téléjournal" dans ce cas, comme mesure de la représentation des nouvelles régionales de Radio-Canada est fallacieux», a écrit M. McKinnon dans un courriel, après avoir exigé que les questions lui soient envoyées par écrit.

M. McKinnon souligne que malgré des compressions de 115 millions $ imposées cette année au 1,162 milliard $ versé par le gouvernement fédéral en 2011-2012 et la perte d'un «fonds d'amélioration locale» de 40 millions $ du CRTC, le diffuseur public avait «fait de son mieux pour protéger et augmenter les services régionaux».

Le sénateur De Bané soutient malgré tout que rien n'a changé durant les années où des études répétées ont été effectuées. Il a suggéré que le diffuseur public devrait être appelé Radio-Québec, et non pas Radio-Canada.

«Afin de savoir ce qui se passe dans mon pays, je — comme plusieurs, plusieurs Canadiens-Français du Québec ou d'ailleurs qui regardent Radio-Canada — passe à ''The National'' quand vient le temps des nouvelles», a déclaré le sénateur De Bané lors d'une entrevue.

Il a également expliqué que quatre millions de francophones québécois unilingues ne pouvaient pas simplement changer de poste pour écouter «The National».

Dans le cadre du premier véritable examen de la licence de Radio-Canada par le CRTC en plus d'une décennie, M. De Bané voudrait que l'organisme fédéral de réglementation impose des conditions à la société d'État.

La recherche de M. Raynauld note que de nombreuses études, datant d'au moins les années 70, ont maintes fois illustré la tendance «Québec-centriste» de Radio-Canada.

Déjà, en 1977, un rapport du CRTC indiquait avoir découvert des «disparités importantes» entre la couverture médiatique de Radio-Canada et celle de la CBC, qui «contribuaient au renforcement des différences entre les valeurs le long des frontières linguistiques au sein du public canadien», écrit M. Raynauld.

Par ailleurs, un rapport basé sur la couverture de nouvelles de 1988 a constaté que Radio-Canada «privilégiait fortement les nouvelles sur le Québec», selon M. Raynauld, et un autre, en 2009, a découvert que les «nouvelles au sujet des autres provinces et territoires recevaient aucune ou très peu d'attention, même si elles étaient plus ''importantes'' pour une variété de raisons».