NOUVELLES

Tunisie: des enregistrements du chef d'Ennahda jettent le trouble

13/10/2012 10:53 EDT | Actualisé 13/12/2012 05:12 EST

TUNIS, Tunisie - Des enregistrements sur lesquels le chef du parti islamiste Ennahda au pouvoir évoque une possible instauration de la charia, suscitent la controverse en Tunisie. Les fuites laissent craindre que la formation majoritaire ne soit pas aussi modérée qu'elle le prétend.

Une vidéo, dans laquelle Rached Ghannouchi, le chef d'Ennahda, appelle de jeunes salafistes à la patience le temps de prendre le contrôle sur l'Etat, a d'abord inondé mercredi les réseaux sociaux tunisiens. Pour le moment, la police et l'armée ne sont pas sûrs, leur dit-il.

Une conversation téléphonique enregistrée a ensuite été diffusée, sur laquelle l'on entend Rached Ghannouchi le chef du parti Ennahda expliquer comment islamiser progressivement la société et triompher de la laïcité. Il évoque aussi une éventuelle modification du code du statut personnel, qui a aboli la polygamie et accorde l'égalité entre l'homme et la femme dans divers domaines, notamment dans l'enseignement, le travail et le vote.

Selon le parti Ennahda, la vidéo, enregistrée en février dernier, a été montée de manière à ce que Rached Ghannouchi semble adopter des positions plus extrêmes que celles défendues actuellement par sa formation. "Plusieurs phrases et parties de l'enregistrement ont été sorties de leur contexte et montées de façon à déformer leur sens", s'est défendu un responsable du parti, Ameur Larayedh dans un communiqué dénonçant "un retour déplorable aux vieilles méthodes de diabolisation utilisées par l'ancien régime".

Les enregistrements menacent les relations entre Ennahda et les autres partis au sein de la coalition gouvernementale, alors que ces derniers mois, des tensions sont apparues entre Ennahda et le président Moncef Marzouki, issu du parti Congrès pour la République (CPR).

L'opposition s'est emparée de l'affaire, expliquant que ces propos prouvaient que sous couvert de discours modérés, Ennahda dissimule une vision islamiste radicale pour la société tunisienne.

Jeudi, Noomane Fehri, membre du bloc démocratique au sein de l'Assemblée nationale constituante, a appelé à l'ouverture d'une enquête judiciaire. Selon lui, il est évident que Rached Ghannouchi "ne croit pas en la démocratie mais veut installer une nouvelle dictature".

La question de savoir qui est à l'origine de ces vidéos a fait l'objet d'importants débats en Tunisie. Elles peuvent tout autant être l'oeuvre de partis d'opposition laïcs ou au contraire de ceux plus extrémistes pour déstabiliser le "modéré" parti Ennahda.

PLUS:pc