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Les droits de la personne au coeur du Sommet de la Francophonie

13/10/2012 10:35 EDT | Actualisé 13/12/2012 05:12 EST

KINSHASA, République Démocratique Du Congo - Démocratie et droits de la personne ont pris toute la place à l'ouverture du 14e Sommet de la Francophonie à Kinshasa, dans les discours des chefs d'État, mais aussi dans le malaise ambiant qui semblait régner sur l'estrade où ils étaient installés en rang d'oignon.

L'hôte du sommet, la République démocratique du Congo (RDC), est en proie à des violences et des exactions dans l'Est du pays, toujours impunies. Les dernières élections, qui ont mené Joseph Kabila à la tête du pays, ont souffert d'un manque de transparence et ont été marquées par la fraude.

Sur le podium, le premier ministre canadien Stephen Harper, le président français François Hollande, et M. Kabila lui-même ont évoqué l'incontournable thème.

«Les pays de la Francophonie, ont des liens basés sur l’amour d’une langue et aussi sur le partage de plusieurs grandes valeurs. En ce sens, je ne pourrais passer sous silence, cette année, les violations des droits de la personne», a noté M. Harper.

Son ministre de la Francophonie, Bernard Valcourt, avait déjà fait part de la position canadienne sur ces enjeux à la RDC lors d'une visite cet été, a-t-il rappelé.

«Et cette position est très claire. Tous les gouvernements, sans exception, doivent garantir à leurs citoyens la bonne gouvernance, l’État de droit et le respect des droits de la personne.»

Plus direct que son homologue canadien, François Hollande a quant à lui immédiatement mis cartes sur table. Celui qui avait envisagé un moment de boycotter le sommet a justifié sa présence en expliquant que la France voulait ainsi témoigner de son soutien au «peuple congolais, qui aspire comme chaque peuple à la paix, à la sécurité, à la démocratie».

«La francophonie doit porter la démocratie, les droits de l'homme, le pluralisme, le respect de la liberté d'expression, l'affirmation que tout être humain doit pouvoir choisir ses dirigeants», a-t-il tranché.

Le président s'en est pris par ricochet au Rwanda, accusé par des observateurs de soutenir les rebelles du Nord-Kivu et de créer l'instabilité, en réaffirmant le caractère «intangible» des frontières de la RDC.

Le Rwanda —qui se défend de ces allégations— n'était pas représenté par son président Paul Kagamé, mais par sa ministre des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo.

Quant à Joseph Kabila, il a voulu souligner que son pays est en transition démocratique et en période de consolidation de la paix depuis à peine une décennie. «Une oeuvre de longue haleine, un processus particulièrement exigeant», a-t-il décrit.

Il a assuré de la volonté de la RDC «d'être un État de droit respectueux des principes de démocratie et de droit et liberté fondamentaux, conformément à la Charte de l'organisation internationale de la Francophonie».

Pendant son allocution, un malaise était perceptible parmi les délégués, mines sévères, avares d'applaudissements. Assis juste à côté de M. Kabila, François Hollande a évité son regard, visiblement inconfortable.

Société civile

M. Harper, tout comme la première ministre du Québec l'avait fait un peu avant lui, s'est fait un point d'honneur de rencontrer des représentants des partis d'opposition et de la société civile.

Ces entretiens étaient d'une certaine façon essentiels pour légitimer la présence du Canada dans le pays de Joseph Kabila. «La participation du Canada au Sommet de la Francophonie en effet nous donne l'opportunité de soulever des questions importantes liées aux droits de la personne, incluant la situation ici», a fait valoir M. Harper dans son entretien avec quelques politiciens et représentants d'organismes non-gouvernementaux.

Il a également déploré «les actes barbares de violence sexuelle contre les femmes» perpétrés à la frontière du pays. «Je dois vous dire que la situation qui s'aggrave à l'Est du pays nous préoccupe beaucoup, les populations y sont particulièrement vulnérables», a-t-il noté.

Ottawa a profité de l'occasion pour annoncer l'octroi de 18,5 millions $ sur trois ans pour lutter contre la violence sexuelle en RDC, notamment en y fournissant des soins médicaux, ainsi que de l'aide psychologique et juridique aux victimes.

Interrogée après cette rencontre, la député d'opposition Ève Bazaiba, a tenu à témoigner des lacunes démocratiques de son pays.

«En réalité, nous n'avons pas de démocratie, car elle n'existe que dans l'enceinte du Parlement. Hors du Parlement, il n'y a pas de démocratie», a-t-elle indiqué, ajoutant qu'il n'y avait pas de réelle liberté de presse.

«Si quelqu'un parle de la réalité du Congo, il sera arrêté», a-t-elle conclu.

Le Sommet de la Francophonie se terminera demain, par une déclaration commune ainsi que le choix du prochain pays hôte.

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