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Rétablir la sécurité, tâche titanesque pour les rebelles syriens à Minbej

12/10/2012 06:08 EDT | Actualisé 12/12/2012 05:12 EST

Les rebelles ont bouté les redoutables services de sécurité syriens hors de la ville de Minbej, dans le nord de la Syrie, en juillet, mais lorsque le calme est revenu dans la localité, les criminels y sont revenus aussi.

Les rebelles qui contrôlent désormais la ville s'attellent à reconstruire progressivement la police pour combattre une criminalité en hausse, vols ou meurtres. Une tâche de titan, étant donné le manque de fonds et d'équipements.

Une unité formée de 50 "policiers révolutionnaires" a été créée pour restaurer l'état de droit à Minbej, proche de la frontière turque et à 80 km de la métropole du nord, Alep, enjeu d'importants combats depuis mi-juillet.

Cet embryon de police est dirigé par Abou Mohammed, un responsable de la police déserteur venu d'une autre région de Syrie.

"Certains citoyens pensent que liberté signifie 'pas d'institution' mais non!", clame Abou Mohammed à l'AFP dans un bureau du principal centre administratif de la ville.

"Evidemment, entre la libération de Minbej et aujourd'hui, il y a eu des erreurs, des violations et des crimes, et le nombre de criminels commence à croître en l'absence d'une autorité pour les arrêter", souligne-t-il.

"L'idée, c'était donc d'organiser une force de police, révolutionnaire, pour combattre les crimes et les atteintes au droit".

Les membres de cette nouvelle force faisaient partie des services de sécurité du régime et ont tous déserté. Ils n'ont pas été impliqués dans des "actions contre les manifestants, contre le peuple", souligne Abou Mohammed.

Seuls peuvent rejoindre cette unité de police ceux qui ont déjà une expérience et il n'y a pas encore de possibilité de former de nouvelles recrues, ajoute-il.

 

Pas d'armes et pas de salaire

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Outre les effectifs, ce sont aussi les fonds et les équipements qui manquent à la police.

L'un des policiers, Samit Khalaf, explique: "il y a une voiture, une Toyota LandCruiser, mais elle consomme beaucoup d'essence. Et nous n'avons pas d'armes". "Il n'y pas de salaire" non plus.

Un nouveau système judiciaire a été mis sur pied pour accompagner le travail de la police, avec un parquet, des juges et une prison de fortune installée dans le sous-sol d'un hôtel.

Le mépris pour le régime est affiché d'entrée, avec des images du président Bachar al-Assad collées au sol du hall de l'hôtel et au sous-sol, pour que les passants le piétinent.

La procédure judiciaire adoptée est inspirée du droit français, avec des modifications pour être plus rapide, explique un avocat devenu l'un des magistrats du parquet.

"Notre système judiciaire est civil, notre sanction c'est la prison", ajoute Me Mohammed Othman, assis derrière un bureau dans le hall d'entrée.

Il y a un "groupe d'avocats pour les poursuites, pour les enquêtes, et pour les jugements, et nous avons des cheikhs (dignitaires religieux, NDLR) dans le comité d'arbitrage", a-t-il ajouté.

Mais lui aussi déplore le manque de fonds disponibles pour faire face à l'énorme défi que représente le rétablissement de la sécurité dans cette ville, qui comptait environ 100.000 habitants -- dont un grand nombre ont pris la fuite depuis le début du soulèvement contre Bachar al-Assad il y a 19 mois.

"Notre problème est financier. Les policiers ont une famille à nourrir, ils ont besoin d'argent et ils n'en ont pas", insiste-il.

Au sous-sol, un homme est interrogé par des enquêteurs au sujet de vols de motos. Un peu plus loin, dans une pièce cadenassée, 10 prisonniers sont assis ou allongés sur des matelas au sol.

Dehors, la situation est calme --au contraire d'Alep, où troupes loyalistes et brigades rebelles s'affrontent. Des enfants jouent dans la rue. Un jeune homme range les paquets de cigarettes qu'il est en train de vendre. Des hommes âgés fument leur cigarette, installés devant les bacs à légumes d'un magasin.

Selon Ghiyath al-Hassan, un habitant de 23 ans, la sécurité a retrouvé son niveau d'avant la prise de la ville par les rebelles. Mais si les combats ont cessé, la ville doit encore faire face aux frappes aériennes du régime.

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