Matricule 728: les personnes bousculées attendent encore un appel du SPVM

Publication: Mis à jour:
SPVM POLICE MONTREAL
PC

MONTRÉAL - Par solidarité, Serge Lavoie et Rudi Ochietti ont accompagné vendredi leur ami Simon Pagé, le premier à avoir fourni ses empreintes digitales dans un poste de police en raison des plaintes qui l'affligent, dix jours après que lui et ses amis eurent été malmenés par la policière Stéfanie Trudeau.

Serge Lavoie, que la désormais célèbre «matricule 728» tenait fermement au collet lors de l'intervention policière devenue virale, admet ne pas avoir digéré l'événement.

«J'ai la gorge sensible un peu, je l'ai encore de travers [l'intervention]», affirme-t-il calmement.

À propos des excuses publiques du directeur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Marc Parent, il ajoute que celles-ci n'ont «pas été un si grand baume, parce que les accusations sont maintenues».

«Tant mieux, il [Marc Parent] a eu un bon mot pour la population. Mais le SPVM devrait passer de la parole aux actes. [...] Je trouve ça invraisemblable qu'il y ait encore des accusations contre nous. Elles devraient être retirées immédiatement», croit-il.

Le SPVM n'a toujours pas offert d'excuses personnelles aux trois hommes, pas plus qu'il ne leur a demandé leur version des faits. En fait, un seul contact a été établi: en entrevue avec La Presse Canadienne, Rudi Ochietti a indiqué qu'un représentant du SPVM avait téléphoné à Serge Lavoie pour la première fois ce vendredi afin de connaître «leurs intentions», une expression dont aucun des trois individus n'est certain de saisir le sens. M. Ochietti précise cependant que ses amis et lui-même n'avaient encore pris aucune décision quant à un éventuel recours juridique contre la policière ou le SPVM, bien qu'ils aient écarté l'idée d'aller devant le Comité de déontologie au terme d'une longue réflexion.

«En fouillant les dossiers pendant nos huit jours de huis-clos après l'incident, on a constaté que les plaintes en déontologie ne fonctionnent pas. On a revu cette agente-là patrouiller, on s'est dit que le SPVM ne faisait rien», a laissé tomber M. Ochietti devant le poste de police, pour expliquer la décision du trio de transmettre aux médias les images de l'événement et l'enregistrement des propos de la policière.

«J'espère que le coup de tonnerre [l'essor médiatique] va saisir les gens de tous horizons pour comprendre que c'est très important d'avoir une police intègre qui sert les citoyens, et non pas elle-même seulement.»

La comparution des trois hommes est prévue mercredi prochain. Ils font l'objet de plaintes de voies de fait contre un policier et d'entrave au travail des policiers. MM. Lavoie et Pagé pourraient aussi faire face à des accusations d'intimidation.

Rudi Ochietti, Serge Lavoie et Simon Pagé ont fait l'objet d'une arrestation fort musclée, le 2 octobre dernier, dans un local d'artistes qu'ils partagent avec d'autres créateurs sur la rue Papineau à Montréal. Les images ont été diffusées à la télévision et sur les réseaux sociaux. L'enregistrement d'une conversation subséquente de la policière avec ce que l'on croit être un superviseur, également largement diffusé, démontre que celle-ci véhicule de multiples préjugés et un langage ordurier à l'endroit, notamment, des artistes, des habitants du Plateau Mont-Royal et des sympathisants du mouvement étudiant du printemps dernier.

Au milieu du tourbillon médiatique, M. Ochietti ne se fait pas d'illusions sur le sort qui aurait été réservé à leur cas s'il n'avait pas été médiatisé. Selon lui, le maintien en poste de cette femme en dépit des multiples plaintes à son endroit démontre clairement l'existence d'un problème systémique au sein du corps policier et d'une culture de protection des policiers entre eux. Il illustre également l'inefficacité du système de surveillance actuel des policiers.

«Il faut que la façon dont sont traitées les plaintes change parce que l'agente 728 accumule les plaintes en déontologie depuis 1995», observe M. Ochietti.

C'est ce dernier qui a déclenché l'intervention de la policière Stéfanie Trudeau. Une bière à la main, il est allé ouvrir la porte du local à Simon Pagé qui arrivait avec sa contrebasse. L'agente a alors estimé qu'il consommait de l'alcool sur la voie publique et elle a procédé à l'intervention qui fait à présent sensation sur les réseaux sociaux.

Sur le Web, justement, Simon Pagé a par ailleurs senti le besoin d'intervenir sur une page Facebook dénonçant la policière au matricule 728 pour rappeler que celle-ci «est d'abord et avant tout un être humain» qui mérite la dignité et le respect.

M. Pagé se dit dégoûté par le fait que des gens aient pu divulguer l'adresse personnelle de la policière et tenu des propos discriminatoires à son égard. M. Pagé ajoute «qu'il est tout à fait inapproprié de tenter de faire sa propre justice dans ce dossier».

Une manifestation regroupant une centaine de personnes s'est tenue vendredi soir dans le centre-ville de Montréal, les gens réclamant entre autres le renvoi de Stéfanie Trudeau. Partis du parc Émilie-Gamelin, les manifestants se sont rendus vers le quartier général du SPVM, sis rue Saint-Urbain. Ils sont restés quelques minutes devant l'édifice avant d'emprunter la rue Sainte-Catherine vers l'ouest.

Sur le web

Tout le Quebec en Parle: On mayoralty, Marceau and matricule 728

Matricule 728 : un peu de sincérité

Matricule 728: les personnes impliquées attendent encore un appel du SPVM

Le matricule 728, un cas de conscience pour la police

Matricule 728: «Inacceptable et troublant», selon Michael Applebaum

SPVM: la matricule 728 frappe à nouveau

Le projet Matricule 728 Remix!

L'agente au matricule 728 suspendue

Agente 728: le SPVM présente ses excuses

La nouvelle controverse impliquant «Matricule 728»