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L'Iran accuse de plus en plus durement le poids des sanctions économiques

12/10/2012 08:01 EDT | Actualisé 12/12/2012 05:12 EST

Exportations pétrolières en chute libre, effondrement de la monnaie, inflation galopante, production industrielle en baisse, chômage en hausse, mécontentement populaire: l'Iran accuse le poids des sanctions occidentales contre son programme nucléaire controversé.

Après avoir longtemps nié l'effet des sanctions, les dirigeants commencent à admettre l'ampleur des dégâts, dénonçant depuis l'été une "guerre économique" contre l'Iran.

Vendredi, les ambassadeurs de l'UE se sont ainsi mis d'accord sur un important renforcement des sanctions, visant les transactions financières avec les banques iraniennes, l'interdiction d'importations de gaz et le commerce, a-t-on appris de sources diplomatiques.

Ces sanctions seront entérinées lundi par les ministres des Affaires étrangères.

Téhéran continue cependant de réaffirmer qu'il n'abandonnera jamais son programme nucléaire, soupçonné malgré ses démentis de dissimuler un volet militaire.

"Le peuple iranien saura faire échec aux sanctions barbares" imposées par les Etats-Unis et l'Union européenne, a répété mercredi le Guide suprême de la République islamique, l'ayatollah Ali Khamenei.

Le pays a été secoué début octobre par l'effondrement de sa monnaie, qui a perdu près de 40% de sa valeur en quelques jours sur le marché libre des changes, provoquant des manifestations à Téhéran.

Jeudi, le dollar cotait environ 33.000 rials, contre 22.000 fin septembre et 13.000 au début de l'année. Cette chute a provoqué une hausse brutale des prix de nombreux produits de consommation courante, accélérant une inflation évaluée à 27% en août mais probablement deux fois plus élevée.

Cette crise est largement due à l'embargo bancaire imposé depuis deux ans par les Occidentaux, qui freinent le rapatriement des pétrodollars iraniens.

L'embargo pétrolier décidé au début de l'année par les Etats-Unis et l'Union européenne a divisé par deux les exportations de brut iranien, tombées à environ 1 million de barils par jour cet été. En septembre, l'Iran ne produisait plus que 2,7 mb/j, contre environ 3,5 mb/j en début d'année, selon les estimations de l'OPEP.

Les sanctions bancaires ont touché de nombreuses industries importatrices de matières premières ou de pièces détachées, à l'image du secteur automobile dont la production a baissé de 42% depuis que Peugeot, l'un de ses principaux partenaires, a arrêté en mars toute exportation vers l'Iran.

Toute la filière automobile, qui emploie 500.000 personnes, a été touchée, provoquant licenciements et fermetures d'usines chez des sous-traitants.

Il est difficile d'évaluer l'impact industriel et social des sanctions, sur lequel les médias iraniens, sommés de ne plus publier d'informations "contraires à l'intérêt national", observent le silence.

Mais le Fonds monétaire international, qui travaille sur la base d'indicateurs officiels, prévoit une baisse de 0,9% du PIB iranien en 2012 et une hausse de 25% du chômage entre 2011 et 2013.

Cette dégradation de la situation a ravivé les tensions parmi les factions conservatrices au pouvoir, les opposants au président Mahmoud Ahmadinejad multipliant les critiques contre l'incapacité du gouvernement à juguler la crise.

Le récent effondrement monétaire a été amplifié par "des erreurs de gestion", a accusé mercredi l'ayatollah Khamenei.

Les dirigeants américains et britanniques ont espéré que cette crise amène l'Iran à plus de souplesse dans les négociations nucléaires avec les grandes puissances, au point mort depuis trois ans.

Pour autant, la survie du régime n'est pas encore menacée parce que l'Iran reste un pays riche, estiment la plupart des analystes.

"Les gens ne sont pas contents de la situation économique" mais, même avec des revenus pétroliers réduits de moitié, "le régime a de quoi survivre", résume Thierry Coville, de l'Institut français des relations internationales et stratégiques.

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