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Le Nobel de la paix attribué à l'Union européenne en pleine crise économique

12/10/2012 06:52 EDT | Actualisé 12/12/2012 05:12 EST

OSLO - OSLO (Sipa) — Le prix Nobel de la paix a été attribué vendredi à l'Union européenne pour son action pour promouvoir la paix et la démocratie en Europe, alors qu'elle traverse sa pire crise depuis sa création depuis 1957.

L'UE a reçu la prestigieuse récompense pour avoir, depuis 60 ans, "contribué au progrès de la réconciliation, la paix, la démocratie et les droits de l'Homme en Europe". "Le rôle de stabilisation joué par l'Union européenne a aidé à transformer une Europe déchirée sur un continent en guerre en un continent de paix", a expliqué le président du Comité du Nobel, Thorbjörn Jagland.

"Ce prix montre que les valeurs de solidarité, de confiance réciproque et autres peuvent amener un monde meilleur", a réagi l'ancien président français de la Commission européenne Jacques Delors. "On a toujours des doutes quand on mène une action (...) Aujourd'hui ces doutes ont été en partie balayés par ce message venant de la Norvège", a-t-il souligné sur BFM-TV.

"La Norvège est un grand pays européen aussi", a-t-il ajouté, notant l'ironie que le prix Nobel de la paix soit justement décerné à Oslo, dans un pays a refusé par deux référendums d'adhérer à l'UE, en 1972 et en 1974.

L'Union européenne est née des cendres de la Deuxième guerre mondiale, avec la conviction que des liens économiques plus forts empêcheraient des ennemis ancestraux de se retourner l'un contre l'autre à l'avenir.

La concrétisation a débuté le 9 mai 1950 par le discours du ministre français des Affaires étrangères Robert Schuman, qui a proposé que la France et la République fédérale d'Allemagne (RFA) mettent en commun leurs ressources en charbon et en acier dans une nouvelle organisation, à laquelle d'autres pays européens pourraient se joindre (Communauté européenne du charbon et de l'acier, CECA officialisée en 1951). Partie de six pays en 1957 -France, Allemagne, Belgique, Luxembourg, Pays-Bas, Italie-, l'Union en compte aujourd'hui 27.

"C'est un grand honneur pour toute l'UE et ses 500 millions de citoyens", a commenté le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, sur Twitter.

Quant à Martin Schulz, président du Parlement européen, il s'est déclaré "profondément touché et honoré" par le Nobel de la paix, soulignant sur le site de micro-blogging que "l'UE est justement une question de réconciliation". Ce prix "peut servir d'inspiration". "L'UE est un projet unique qui a remplacé la guerre par la paix, la haine par la solidarité", a-t-il poursuivi, confiant ressentir "une immense émotion".

La commissaire européenne à la Justice, aux droits fondamentaux et à la citoyenneté, Viviane Reding, a salué par la même voie électronique "une reconnaissance bienvenue du rôle de l'UE en tant qu'unique force motrice pour la paix et la stabilité des 27 pays et de leurs plus de 500 millions de citoyens".

Parmi les rares voix discordantes s'est élevée celle du député eurosceptique néerlandais Geert Wilders, qui s'est indigné: "Le prix Nobel pour l'UE. Au moment où Bruxelles et toute l'Europe s'effondrent dans la souffrance. Et après? Un Oscar pour Van Rompuy", s'est-il exclamé.

Le-dit Herman Van Rompuy, président permanent du Conseil européen, a pour sa part salué un Nobel qui récompense "l'effort unique d'Etats européens toujours plus nombreux pour surmonter la guerre et les divisions et définir ensemble un continent de paix et de prospérité".

La présidence française s'est félicitée de cet "immense honneur" fait à l'UE, soulignant que "ce prix Nobel confère à l'Europe une responsabilité encore plus grande, celle de la préservation de son unité, de la capacité à promouvoir la croissance et l'emploi, et de la solidarité dont elle doit faire preuve à l'égard de ses membres". "Cette récompense nous engage tous à poursuivre vers une Europe plus unie, plus juste, plus forte et porteuse de paix", a déclaré l'Elysée dans un communiqué.

Si l'Union européenne n'a effectivement plus connu de guerre depuis 1945 et si la France et l'Allemagne, ex-ennemis héréditaires, en sont même devenus le moteur, le bloc n'a pas réussi à empêcher des guerres d'éclater à ses frontières, quand la poudrière des Balkans a de nouveau explosé dans les années 1990. Il a fallu l'aide des Etats-Unis et de l'OTAN pour ramener la paix en Bosnie et au Kosovo, mais les conflits ont fait plus de 100.000 morts.

Par ailleurs, l'UE affronte depuis plus de deux ans une crise de la dette qui menace l'existence de son union monétaire, forte de 17 pays, engendrant des tensions politiques entre les pays du Sud et ceux du Nord et même entre Paris et Berlin. Et le chèque de 8 millions de couronnes suédoises (930.000 euros; 1,2 million de dollars) du prix Nobel ne suffira pas à régler les problèmes financiers du bloc.

st/ljg/div/AP-v-com

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