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L'armée syrienne affaiblie par la multiplication des fronts

12/10/2012 09:13 EDT | Actualisé 12/12/2012 05:12 EST

L'armée syrienne subit des revers importants dans le nord du pays car sa puissance de feu face à des rebelles moins bien armés se trouve diminuée par la multiplication des attaques insurgées et l'étendue du front, selon des analystes.

Les insurgés ont ainsi choisi de combler leur faiblesse en armement en augmentant leurs assauts à la roquette, à l'arme automatique et au mortier sur plusieurs fronts, ce qui leur a permis récemment de s'emparer d'un grand nombre de positions militaires et d'infliger des pertes record à l'armée.

Ils ont notamment coupé cette semaine l'axe reliant Damas à Alep, théâtre depuis trois mois d'une bataille cruciale, soit la principale voie d'approvisionnement de l'armée vers la métropole du nord.

"Le ravitaillement de l'armée est une question centrale dans ce conflit", affirme Emile Hokayem, expert de Moyen-Orient à l'International Institute for Strategic Studies (IISS) de Londres.

L'approvisionnement en munitions et en carburant des troupes qui bataillent sur de nombreux fronts à travers le pays est "devenu avec le temps extrêmement difficile" en raison des attaques rebelles, selon lui.

Pour Rami Abdel Rahmane, président de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), "le nombre de fronts s'est tellement multiplié qu'on n'arrive plus à les recenser".

"Les forces régulières combattent dans des centaines d'endroits. Avant, la bataille était concentrée à Homs (centre), aujourd'hui elle touche Alep, le littoral, la frontière turque, la province de Damas et Deir Ezzor (est)".

Une caricature postée sur Facebook représente cette situation sous la forme d'une corrida: un taureau essoufflé sur lequel est écrit "régime" est entouré de six "toreros" portant au cou le drapeau de la révolte syrienne et qui agitent devant lui une cape rouge. Au-dessus de chacun sont écrits les noms des différentes régions théâtre de combats.

"Dans plusieurs cas, les forces du président Bachar al-Assad ont dû abandonner le champ de bataille ou se rendre en raison du manque de munitions et d'essence pour leurs blindés. C'est ce qui s'est passé à Maaret al-Noomane", souligne M. Hokayem.

Cette ville stratégique, passage obligé pour les troupes acheminées vers Alep, est tombée mardi aux mains des rebelles car "aux barrages, les soldats n'avaient plus d'essence et étaient complètement isolés", selon M. Hokayem.

D'après les analystes, la supériorité militaire et notamment aérienne n'est plus déterminante dans le conflit, car les troupes régulières sont démoralisées après 19 mois de révolte, minées par les défections et privées de renforts.

"Les forces d'Assad ont toujours l'avantage technologique mais cet atout perd de sa valeur car les troupes sont fatiguées", explique M. Hokayem.

"Quand vous avez des centaines d'insurgés qui attaquent par surprise un barrage et infligent des pertes énormes à l'armée, ce ne sont pas les raids aériens qui changent la donne", indique M. Abdel Rahmane.

Pour les experts, la supériorité en nombre de l'armée --350.000 soldats-- est théorique car une partie a déserté, une autre est cantonnée dans les casernes et seules les unités d'élite considérées comme sûres sont aux combats.

"Les raids aériens, ça sert surtout à insuffler du courage aux troupes au sol (...) mais ils ne donneront pas la victoire à Assad", dit M. Hokayem.

Selon une source des services de sécurité syriens, l'armée voudrait réduire au plus vite les poches de résistance à Homs, ce qu'elle n'a pas réussi pour le moment, afin d'envoyer le gros des troupes à la reconquête du nord, quasiment perdu.

Les soldats, perçus désormais comme une "force d'occupation" selon M. Hokayem, doivent aussi faire face au moral d'acier des rebelles.

"Les loyalistes sont morts de peur à chaque fois que nous les attaquons", affirme le colonel Abdel Jabbar al-Oqaidi, chef des rebelles à Alep. "La nuit, ils dorment dans leurs chars tellement ils ont peur".

"Nous combattons dans nos propres villes et villages, nous en connaissons les moindres recoins, alors que les soldats qui débarquent d'autres provinces n'ont aucune idée du terrain", dit-il.

"Le régime est idiot car plus il détruit et tue, plus des civils vont prendre les armes. Notre moral est très haut", assure l'officier rebelle.

ram/sk/sbh

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