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Québec songe à obliger le privé à accueillir des élèves en difficulté

12/10/2012 04:56 EDT | Actualisé 12/12/2012 05:12 EST
PC

Le gouvernement du PQ envisage d'obliger les écoles privées qui touchent du financement public à abandonner les examens d'admission pour accueillir aussi des élèves en difficulté d'apprentissage. Le privé est prêt à discuter, mais se défend de ne pas collaborer.

En entrevue à Radio-Canada, la ministre de l'Éducation a rappelé la position adoptée par le PQ en congrès selon laquelle il n'est pas normal que ces écoles se réservent le droit de n'accueillir que les élèves les plus forts alors que le réseau public doit supporter presque seul tous les élèves en difficulté.

« En Ontario, les écoles privées ne sont pas subventionnées par l'État. Chez nous, elles le sont à hauteur de 60 %. Notre position c'est de dire : "elles peuvent le demeurer, mais nous pensons qu'elles doivent également accueillir tous les élèves, parce qu'actuellement, les élèves en difficulté sont presque uniquement dans le réseau public" », précise Marie Malavoy.

Concédant qu'une telle mesure constituerait une petite révolution dans le milieu de l'éducation au Québec, Marie Malavoy a assuré ne pas avoir l'intention de décréter quoi que ce soit pour l'instant. Elle compte aborder la question avec les écoles privées, qui doivent, selon elle, collaborer aussi pour alléger la tâche qui incombe au réseau scolaire public québécois.

La ministre Malavoy ajoute cependant que son gouvernement n'a pas l'intention de se précipiter dans ce dossier, qui n'est pas, selon elle, une priorité pour le moment.

« C'est un débat que je veux amorcer en précisant mon opinion et celle de mon parti, mais certainement pas en amorçant des changements demain matin », assure la ministre de l'Éducation.

« Notre priorité, je vais parler bientôt de maternelle à 4 ans. Ça, c'est vraiment dans la mire pour septembre prochain », a conclu la ministre.

Le privé prêt à s'asseoir avec la ministre

Consciente du débat sur le financement public de ses écoles, la Fédération des établissements d'enseignement privés se dit prête à aborder la question avec le gouvernement du Québec.

Mais selon Alexandre Cusson, membre du conseil d'administration de la fédération, l'idée que les écoles privées se réservent les élèves les plus forts en imposant des tests d'admission est une fausse perception.

Il soutient que beaucoup de ces écoles n'imposent pas de tests d'admission et accueillent tous les élèves qui s'y inscrivent.

« La très grande majorité des établissements privés, on parle de 85 %, ne sélectionnent pas leur clientèle. Il peut y avoir des tests de classement, des entrevues de classement (...) On rencontre chaque élève avant, histoire de mieux le connaître, de travailler à développer son plein potentiel », explique M. Cusson, en rappelant que certaines écoles publiques imposent aussi des tests d'admission.

Reconnaissant par ailleurs que les écoles privées du Québec accueillent moins de 10 % des élèves en difficulté, Alexandre Cusson a expliqué qu'elles n'ont pas les ressources financières pour s'offrir du personnel spécialisé pour s'en occuper.

« Il faut oublier cette idée que les écoles privées sont des machines à faire de l'argent. » -- Alexandre Cusson, membre du conseil d'administration de la Fédération des établissements d'enseignement privés.

« Au niveau de l'enseignement privé, les services complémentaires ne sont pas financés », a rappelé M. Cusson à la ministre Malavoy lors d'une entrevue à la télévision de Radio-Canada.

« Si l'école privée n'est pas soutenue, ça va devenir tout simplement un milieu pour les gens favorisés financièrement et ce n'est pas du tout ce que l'on souhaite développer (...) Vous savez, les écoles privées sont en très grande majorité des organismes sans but lucratif. » -- Alexandre Cusson.

La CSQ applaudit, la FNEEQ demande une réflexion

La Centrale des syndicats du Québec (CSQ), qui regroupe environ 130 000 membres du personnel de l'éducation, a accueilli favorablement la proposition de la ministre. « Nous voyons donc d'un bon oeil que la ministre de l'Éducation ouvre cet important chantier, car il est à la base de la réussite des élèves », a déclaré la présidente de la CSQ, Louise Chabot.

« Nous sommes convaincus, et les grandes enquêtes internationales le confirment, que l'école publique peut à la fois favoriser l'équité et l'excellence. », a plaidé Mme Chabot pour qui il faut « reconsidérer le financement public des écoles privées ».

Elle estime également qu'il faut revoir le financement des écoles publiques, en raison de la forte « pression » qui s'exerce sur l'école publique, qui doit accueillir « une part importante d'élèves HDAA (élèves handicapés ou en difficulté d'adaptation ou d'apprentissage) ».

De son côté, la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ-CSN), qui regroupe 30 000 membres, estime que la proposition de la ministre Malavoy nécessite une profonde réflexion en associant tous les acteurs du secteur de l'éducation.

Pour Caroline Quesnel, vice-présidente de la FNEEQ, « les élèves ayant des besoins particuliers ne sont pas une exclusivité du réseau public. Au contraire, les enseignantes et les enseignants qui oeuvrent dans les établissements privés doivent composer avec des classes nombreuses dans lesquelles on retrouve de plus en plus d'élèves qui nécessitent un encadrement et un soutien accrus, et ce, souvent sans ressources supplémentaires. »