NOUVELLES

Bani Walid déterminée à se défendre contre "les envahisseurs"

12/10/2012 07:01 EDT | Actualisé 12/12/2012 05:12 EST

"Pour entrer à Bani Walid, ils devront marcher sur nos cadavres", assure un chef militaire de la ville, un des derniers bastions des partisans de Mouammar Kadhafi, encerclé depuis une dizaine de jours par des groupes armés opérant avec l'aval des autorités.

"On vivra avec dignité ou on mourra avec dignité. Nous sommes tous des combattants et nous sommes capables de nous défendre contre les envahisseurs", ajoute Salem Al-Waer, qui conduit les opérations dans l'une des dernières villes tombées aux mains des rebelles lors de la révolte qui a renversé le régime du colonel Kadhafi en 2011.

Sur la route reliant Tripoli à Bani Walid, une vaste oasis au relief escarpé, deux check points ont été installés à 30 km de l'entrée ouest de la ville.

La réouverture de cette route depuis deux jours a permis l'entrée de produits de première nécessité et de carburant dans la ville, fief de la puissante tribu des Werfallah qui avait dénoncé un siège.

S'appuyant sur une décision des autorités, l'armée et des milices formées d'anciens rebelles encerclent depuis début octobre la ville affirmant vouloir la "nettoyer" des restes du régime kadhafiste.

L'activité semblait normale dans le centre mais des combats quotidiens opposent ces forces aux combattants de Bani Walid dans la vallée de Mardoum sur le front est de la ville, où sont positionnés la plupart des groupes armés venus de Misrata.

Le décès d'Omrane Ben Chaabane, un ex-rebelle de Misrata après sa détention durant plusieurs semaines à Bani Walid avait exacerbé les tensions entre les deux villes voisines et rivales historiques qui ont choisi des camps opposés lors du conflit l'an dernier.

Le Congrès général national (CGN), plus haute autorité politique du pays, avait exigé le 25 septembre des ministres de la Défense et de l'Intérieur qu'ils trouvent les auteurs de l'enlèvement "par la force si nécessaire".

Les combats dans la vallée de Mardoum ont fait quatre morts et plus de soixante blessés à Bani Walid en une dizaine de jours, selon le directeur de l'hôpital de la ville Salah Al-Mabrouk.

"Nous sommes en état de légitime défense", estime Salah Abdeljabbar, un chef de tribu membre du Conseil social qui dirige Bani Walid en l'absence d'institutions de l'Etat, jugeant "illégale" la décision du CGN.

"Cette décision a été adoptée par seulement 50 membres (sur 200). En plus, seule la justice peut prendre une telle décision. C'est une décision dangereuse et sans précédent dans le monde. Comment peut-on décider de punir ou de détruire une ville pour arrêter des personnes?".

"La mort de Omrane Ben Chaabane n'est qu'un prétexte. Il y a un agenda pour nous envahir", rétorque un autre membre à l'AFP. "Ce que nous voyons, ce sont les prémices d'une guerre civile".

Les habitants accusent les "milices hors-la-loi de Misrata" de bombarder aveuglément les civils et d'utiliser un "gaz toxique". L'AFP a visité trois résidences touchées par des roquettes dans la ville.

Un médecin à l'hôpital confirme avoir reçu 26 cas présentant des symptômes d'intoxication "bizarres", dont des vomissements et des tremblement.

"C'est la première fois que je vois ce genre de symptômes. Je ne peux pas conclure à ce stade qu'il s'agit d'armes toxiques. Nous ne disposons pas des moyens nécessaires pour faire des analyses", indique-t-il sous couvert de l'anonymat, affirmant que la Croix-Rouge a pris connaissance de ces cas.

"Ils veulent nous exterminer en nous accusant d'être pro-Kadhafi. Si la révolution est un honneur, alors nous en étions les précurseurs", affirme un chef de tribu, faisant allusion à la tentative de coup d'Etat conduite par des Werfallah en 1993 contre Mouammar Kadhafi. Les instigateurs avaient tous été exécutés ou arrêtés.

Pour rappeler à leurs rivaux cet épisode, les habitants de Bani Walid ont écris en gros caractères à l'entrée de la ville: "1993, l'histoire est à nous".

ila/sbh

PLUS:afp