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Trop tôt pour suspendre Matricule 728

11/10/2012 11:50 EDT | Actualisé 11/12/2012 05:12 EST
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Les agissements de la policière Stéfanie Trudeau lors d'une intervention menée le 2 octobre dernier à Montréal sont « troublants », mais il est néanmoins trop tôt pour la suspendre, affirme le porte-parole du Service de police de la Ville de Montréal, Ian Lafrenière.

« Après l'avoir visionnée, l'avoir entendue [...] ce que je peux vous dire, c'est que c'est troublant. Il n'y a pas un policier qui est fier de ça » a réagi M. Lafrenière, dans la foulée de la diffusion par Radio-Canada d'une vidéo montrant une intervention particulièrement musclée dans laquelle l'agente Trudeau, aussi connue sous le nom de « Matricule 728 », joue un rôle-clé.

« C'est pour ça que, rapidement, on a agi. Donc, la policière a été retirée des opérations. Présentement, il y a une enquête qui a lieu », a poursuivi Ian Lafrenière. Stéfanie Trudeau a été officiellement « retirée des opérations », mais n'est pas suspendue et continue d'être rémunérée.

« Ce qui nous préoccupe beaucoup, c'est les paroles, les gestes de la policière, dans quel état elle a fait ça, la façon dont elle agit. C'est là-dessus que notre enquête va porter », a précisé M. Lafrenière, en entrevue à Radio-Canada.

Selon M. Lafrenière, la police n'a pas encore réussi à déterminer à qui l'agente Trudeau parlait lorsqu'elle tenait des propos dégradants pour les citoyens impliqués.

Sur l'enregistrement audio obtenu par Radio-Canada, on entend la policière traiter les civils en cause de « rats », « d'ostie de carrés rouges », de « mangeux de marde » de « trou de cul » et de « caves ».

« On va déterminer à qui elle parlait exactement. On n'a pas la confirmation et c'est pour ça qu'on fait une enquête », indique M. Lafrenière. « Ce n'est pas juste une enquête pour bien paraître , assure-t-il.

Le porte-parole du SPVM défend entre-temps la décision de son organisation dans le dossier. « Elle est déjà coupée de tout ça [des services d'ordre, NDLR]. Pour nous elle est sortie de la route présentement », souligne-t-il.

M. Lafrenière n'a pu épiloguer sur les motifs de l'intervention policière, qui demeurent nébuleux. Il souligne que les citoyens concernés ont toujours la possibilité de contester le constat d'infraction qu'ils reçoivent.

« Cela ne justifie en aucun temps ce qui s'est passé par après. Je ne suis pas ici ce matin pour essayer de justifier l'injustifiable », précise-t-il.

Entre-temps, l'enquête concernant les quatre civils soupçonnés d'entrave à un agent de la paix, de voies de fait et d'intimidation dans la foulée de l'opération suit aussi son cours. « Dans ce cas-là, on n'a aucune plainte de citoyen », indique-t-il.

Le porte-parole du SPVM profite de la situation pour faire valoir que les citoyens interpellés par des policiers doivent toujours s'identifier. « La personne a refusé de s'identifier. Et ça ne justifie pas ce qui s'est passé », dit-il.

« Ce que je veux envoyer comme message ce matin, c'est que quand on reçoit un constat, ce n'est pas une bonne idée de refuser de s'identifier ».

Des propos « inadmissibles »

L'expert en opérations policières Mathias Tellier est d'avis que les propos de la policière Trudeau sont « inadmissibles ». Selon lui, la grande majorité des policiers « sont en total désaccord » avec les propos de l'agente Trudeau.

« Même à l'interne, les confrères s'attendent à une intervention des autorités en place, pour que ce soit corrigé d'une manière ou d'une autre », dit-il.

Selon lui, l'enregistrement diffusé par Radio-Canada révèle « l'analyse qu'elle fait elle-même de ce qui vient de se passer, à sa conception des gens qui ont fait l'objet de son intervention ». Il deviendra du coup « un outil très important pour être capable de mettre en place des mesures qui vont corriger ou éliminer son comportement ».

M. Tellier est d'avis que l'assignation de la policière à des travaux administratifs « peut être une solution » en attendant le résultat complet de l'enquête, mais il s'attend à ce que d'autres mesures soient prises par la suite. « C'est certain qu'à quelque part, il y aura des conséquences [...] à cette intervention là », croit-il.

Le dossier personnel de Stéfanie Trudeau pourrait aussi jouer un rôle dans l'enquête interne. « S'il y a eu d'autres cas semblables ou plus ou moins similaires qui sont plus ou moins clairs, là, on se rend compte qu'il y a une personne qui a un problème de comportement », observe-t-il.

Le spécialiste des questions policières souligne lui aussi que les citoyens interpellés par la police ont des droits, tant pendant l'intervention qu'après. « La police peut utiliser la force nécessaire pour mettre un terme à une menace ou à une violence quelconque, mais ils doivent le justifier en tout temps », note M. Tellier.

« Un citoyen qui se fait interpeller comme ça, il a des droits, il peut porter plainte, et c'est comme ça que ça avance. Si personne ne parle, personne ne le sait jamais, et le policier ou la policière qui agit mal va continuer de le faire parce qu'il n'est pas corrigé dans son attitude », affirme-t-il, en soulignant que la policière semble être intervenue pour une infraction municipale.

Selon lui, les citoyens impliqués seront rencontrés dans le cadre de l'enquête interne du SPVM, « et il n'est pas exclu qu'à la lumière de ce qu'ils vont recueillir, le procureur qui a autorisé les accusations soit rencontré à nouveau et qu'il y ait des modifications » apportées aux accusations portées contre eux.

Une enquête publique?

Le ministre québécois de la Sécurité publique, Stéphane Bergeron, estime pour sa part que la policière Trudeau a eu un comportement « pas très édifiant », mais que le SPVM a posé « les gestes appropriés dans les circonstances ».

« Je pense que chaque personne qui a vu le reportage a constaté qu'il y a un niveau d'agressivité, un niveau de langage qui n'est peut-être pas approprié, qui n'était certainement pas approprié dans le cadre de cette intervention-là », a-t-il dit sur les ondes du Réseau de l'information.

« Il y a des autorités au SPVM qui vont poser les gestes requis en terme disciplinaire et, le cas échéant, la cause sera portée en déontologie policière, mais je ne peux pas m'immiscer dans le processsus, vous le comprendrez bien », a dit M. Bergeron.

« Bien que je sois le ministre de la Sécurité publique, ce n'est pas dans mes responsabilités que de commenter publiquement chacun des comportements des policiers de quelque corps de police sur le territoire ».

Lorsqu'on lui demande s'il est inquiet que le lien de confiance entre les policiers et la population soit rompu, particulièrement dans la foulée des évènements qui ont marqué le conflit étudiant le printemps dernier, le ministre indique qu'il a reçu « plusieurs demandes » l'invitant à déclencher une enquête publique et qu'il évalue cette demande.

« Je dois voir si le système actuel nous permet d'atteindre l'objectif poursuivi, [qui] est de deux ordres : nous assurer d'une part que celles et ceux qui ont commis des gestes répréhensibles soient sanctionnés, et nous assurer d'autre part de rétablir le lien de confiance entre la population et ses corps policiers », explique Stéphane Bergeron.

« Je suis de ceux qui croient que, dans leur immense majorité, les policiers et les policières lors des évènements du printemps dernier ont fait leur travail avec tout le professionnalisme auquel on est en droit de s'attendre d'eux », ajoute-t-il.

« Ceci dit [...] leur image a été souvent indûment entachée à travers ces évènements-là, et l'important, c'est de rétablir cette image et de rétablir le lien de confiance avec la population », conclut-il.

Écoutez la policière Trudeau parler de l'intervention avec son supérieur dans une conversation enregistrée par mégarde dans son véhicule de patrouille (Mise en garde: langage grossier) :

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