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Syrie: comment les rebelles ont gagné la bataille de Maaret al-Noomane

11/10/2012 10:48 EDT | Actualisé 11/12/2012 05:12 EST

C'est une avancée majeure pour les rebelles: en deux jours de combats acharnés, ils sont parvenus à couper sur plusieurs kilomètres l'autoroute stratégique reliant Damas à Alep (nord), et à prendre le contrôle de la ville de Maaret al-Noomane.

Lundi en début d'après-midi, le conseil militaire de Maaret al-Noomane lançait l'attaque contre les huit positions que l'armée conservait dans la partie est de cette ville de 125.000 habitants.

En 48 heures, les rebelles parviennent à s'emparer de ces huit bâtiments à des carrefours stratégiques de la ville, immeubles publics reconvertis en caserne, comme l'ancienne prison ou le centre culturel, raconte Firaz Abel Alhadee, responsable local des médias pour la rébellion.

En pénétrant dans le centre culturel, à peine évacué par des membres des renseignements militaires, seize rebelles sont fauchés par une mine.

Dans les sous-sols, les rebelles racontent, images à l'appui, avoir découvert les corps ensanglantés de près de 70 prisonniers, exécutés par leurs geôliers quelques minutes avant leur retraite.

Les victimes sont en majorité des sympathisants présumés de la révolution, ou des soldats soupçonnés par leur hiérarchie d'avoir voulu déserter, selon un survivant de la tuerie, miraculeusement protégé par les corps tombés sur lui.

Il faut parfois plusieurs heures pour chasser les loyalistes de leurs barrages. Dans l'ancienne prison, une trentaine d'entre eux échappent de justesse aux rebelles en s'habillant en civil.

Sur la position d'Al-Khaima en revanche, "deux tirs de lance-roquette RPG ont suffit à faire décamper 50 soldats", raconte Firaz en riant.

Mercredi, toutes les positions loyalistes dans cette ville située à 280 km au nord de Damas sont finalement enlevées. Les forces fidèles à Bachar al-Assad ont trouvé refuge dans deux bases militaires à quelques kilomètres en périphérie est et sud-est de Maaret al-Noomane, celles de Hamdieh et Wadi Daïf, la plus grande de la région.

Pour l'armée, l'enjeu n'était pas tant de conserver le contrôle de la cité, dont toute la partie ouest était tenue depuis des mois par la rébellion, que de protéger l'autoroute reliant Damas à Alep.

Cette langue de bitume sur quatre voies, qui longe tout l'est de la ville, était un axe de ravitaillement capital pour le régime vers la grande métropole du nord, où une bataille capitale fait rage depuis maintenant trois mois.

Jeudi, les rebelles contrôlaient une portion de près de cinq kilomètres de cette autoroute. Les combats se poursuivaient plus à l'est, autour des bases de Wadi Daïf et Hamdieh, cernées par les insurgés qui affirment par ailleurs avoir repoussé les colonnes de chars envoyées en renfort depuis Damas, Idleb (nord) et Alep.

Nuit et jour, obus de mortiers et roquettes s'abattent sans discontinuer sur la ville, survolée dans un rugissement infernal par les chasseurs-bombardiers MiG gouvernementaux. Cibles des rafales des rebelles impuissants, les avions piquent à intervalles réguliers pour larguer leurs engins de mort, dont les énormes explosions secouent toute la ville.

De nombreux immeubles ont été complètements soufflés ou défigurés par les éclats. Les rues désertées sont jonchées de bris de verre, immondices et pneus calcinées.

Les mots d'ordre des rebelles, appels à la mobilisation et annonces des victoires sont relayées par les haut-parleurs des minarets des mosquées, salués dans toute la ville aux cris de "Allah Akbar".

Une bombe larguée par un MiG est tombée mardi à quelques mètres du fameux musée de la ville, endommageant une partie des collections de mosaïques et de poteries dont certaines datent de 3.000 avant Jésus-Christ.

Occupé par l'armée puis par les rebelles, le musée, réputé abriter la plus grande collection de mosaïques du Moyen-Orient, avait été jusqu'à présent relativement épargné.

Près de 300 personnes ont été tuées en trois jours à Maaret al-Noomane, selon un bilan provisoire des rebelles: 53 civils, dont 27 occupants d'un même immeuble bombardé qui s'est effondré comme un château de cartes, 46 rebelles et 190 militaires.

Des cadavres de soldats en putréfaction et gonflés par la chaleur jonchent encore certaines rues de la ville près du centre culturel.

Les caves du bâtiment, aux murs criblés de balles et maculés de sang, témoignent encore du massacre de prisonniers perpétré par les militaires avant leur fuite précipitée.

hba/vl

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