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La Syrie accuse la Turquie de "mentir" sur les armes, l'axe Damas-Alep coupé

11/10/2012 04:21 EDT | Actualisé 11/12/2012 05:12 EST

La Syrie a accusé jeudi la Turquie de "mentir" et de comportement hostile à son égard après l'annonce par ce pays d'une saisie de munitions russes à destination du régime de Bachar al-Assad à bord d'un avion de ligne intercepté la veille.

Sur le terrain, les rebelles ont marqué des points en coupant la route reliant les deux principales villes du pays, Damas et Alep, après la prise de contrôle d'une portion de près de 5 kilomètres de l'autoroute stratégique.

Les rapports entre la Turquie --majoritairement sunnite et dirigé par un gouvernement islamo-conservateur--, et la Syrie, gouvernée par une minorité alaouite (émanation du chiisme), se sont délités depuis la début de la révolte contre le régime Assad en mars 2011.

Devenues exécrables depuis la mort le 3 octobre de cinq civils turcs par des tirs syriens à la frontière, les relations entre les deux ex-alliés se sont encore envenimées après l'interception mercredi en Turquie d'un avion de ligne syrien assurant la liaison Moscou-Damas.

Le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a affirmé que l'Airbus transportait des "munitions" et du matériel militaire à destination de Damas en provenance d'un fabricant russe, ce qu'une source russe dans les services d'exportation d'armes avait exclu.

M. Erdogan "continue sa série de déclarations mensongères qui visent à justifier le comportement hostile de son gouvernement à l'égard de la Syrie", a répliqué le ministère syrien des Affaires étrangères dans un communiqué, en démentant de nouveau la présence d'armes à bord de l'avion.

Le ministère syrien de l'Intérieur a pour sa part mis au défi M. Erdogan de "montrer ces équipements et les munitions saisis", assurant que ses déclarations n'étaient "pas crédibles".

Le président français François Hollande a estimé qu'il existait un "risque" d'escalade entre la Syrie et la Turquie, dont il a "salué" la "retenue". "Créer un conflit international pourrait souder la Syrie contre un agresseur supposé venant de l'extérieur".

Sur le terrain, les rebelles ont remporté une victoire clé en prenant le contrôle, à hauteur de la ville de Maaret al-Noomane, de plusieurs kilomètres de l'autoroute internationale reliant la capitale Damas à Alep, théâtre d'une bataille cruciale depuis près de trois mois.

En deux jours, les insurgés sont parvenus à prendre le contrôle de huit positions de l'armée dans cette ville stratégique, passage obligé pour les renforts de l'armée se rendant à Alep, plus au nord.

Dans la soirée, l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) a annoncé que les rebelles s'étaient aussi emparés d'une autre position cruciale à l'ouest de Saraqeb, également au sud d'Alep, après des heures d'intenses combats qui ont tué "un grand nombre de soldats et neuf rebelles".

Dans le centre du pays, les quartiers rebelles de Homs et Qousseir étaient toujours la cible d'attaques selon l'OSDH, bien que l'armée ait annoncé il y a trois jours avoir "nettoyé" les dernières poches de résistance.

L'armée veut en finir avec ces deux villes, assiégées depuis des mois, afin de pouvoir concentrer ses forces sur le nord et y reconquérir le terrain perdu.

A Damas, une puissante explosion a secoué le bâtiment de la justice militaire dans l'ouest de la ville, selon l'OSDH, tandis que la télévision syrienne a évoqué un attentat terroriste ayant fait deux blessés dans cette zone.

A travers le pays, les violences ont fait jeudi au moins 155 morts --62 soldats, 51 civils et 42 rebelles -- selon l'OSDH, qui s'appuie sur un large réseau de militants et de médecins. Il estime à plus de 32.000 personnes le nombre de morts en Syrie depuis le début du conflit en mars 2011.

Sur le plan diplomatique, le médiateur international Lakhdar Brahimi a entamé en Arabie saoudite, un pays très critique de Damas, une nouvelle tournée régionale pour tenter de trouver une issue au conflit armé déclenché par la répression du mouvement de contestation pacifique.

M. Brahimi a rencontré le vice-ministre des Affaires étrangères, le prince Abdel Aziz ben Abdallah, fils du souverain saoudien, qui l'a exhorté à agir pour obtenir l'arrêt de "l'effusion du sang du peuple syrien", selon l'agence officielle Spa.

Parallèlement, l'Union européenne est prête à prendre lundi des mesures contre 28 partisans de M. Assad et deux sociétés, dans le cadre de son 20e train de sanctions à l'encontre du régime, selon des sources diplomatiques.

Alors que le nombre de réfugiés et déplacés ne cessent de croître, le coordinateur régional de l'ONU pour les réfugiés, Panos Mumtzis, a prévenu que les moyens pour leur venir en aide s'épuisaient rapidement.

A la frontière syro-libanaise, de nouveau rattrapée par le conflit, au moins huit personnes ont été tuées par un "groupe terroriste" qui a attaqué un bus venant du Liban et transportant des ouvriers syriens, selon la télévision officielle syrienne.

L'organisation Amnesty International a appelé toutes les parties en conflit en Syrie à protéger leurs prisonniers, assurant avoir recensé 590 cas de personnes mortes en détention dans les geôles du régime mais dénonçant le fait que les rebelles pratiquent eux aussi "la prise d'otages, les enlèvements, la torture, les mauvais traitements et les exécutions sommaires".

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